Les rivaux de l'ex-SNCM ne désarment pas

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DERNIÈRES ROTATIONS POUR LES NAVIRES DE LA SNCM
DERNIÈRES ROTATIONS POUR LES NAVIRES DE LA SNCM

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) - Les navires de la Société nationale Corse Méditerranée (SNCM) effectuent lundi leurs dernières rotations avant le transfert mardi des actifs de la compagnie maritime au transporteur corse Patrick Rocca, qui est contraint par ses anciens rivaux à livrer une bataille incertaine entre Corse et continent.

Tous les navires seront bloqués à quai mardi avant que la flotte de l'ex-SNCM ne renaisse sous ses nouvelles couleurs.

La future compagnie, dont le nom définitif n'a pas été dévoilé par Patrick Rocca, voit cependant poindre la menace d'une concurrence accrue de deux anciens candidats à la reprise de la SNCM qui entendent lancer dès mardi une nouvelle ligne de fret entre Bastia et Marseille.

L'armateur Daniel Berrebi s'est associé au consortium d'entreprises Corsica Maritima pour poursuivre sur mer un combat perdu devant le tribunal de commerce de Marseille, qui a retenu le 20 novembre l'offre de reprise du transporteur corse. 

"Cette ligne peut venir siphonner le fret en cassant les prix puisqu'elle utilise des navires sans passagers, donc moins coûteux en exploitation. On parle déjà d'un prix à la remorque divisé par deux", précise-t-on de source proche du dossier, évoquant le risque d'un nouveau plan social dans l'ex-SNCM.

ATTAQUE FRONTALE

Objet de toutes les polémiques, le navire Stena Carrier a accosté samedi dans le port de commerce de Bastia. Ce roulier, qui navigue sous pavillon danois, doit rallier Marseille, le point de départ mardi de sa première traversée officielle.

Face à l'incertitude de la situation, un risque d'embrasement social sur le port marseillais reste possible.

La CGT a appelé les salariés de l'ex-SNCM et future "MCM" - son nom provisoire - à cesser le travail mardi pour une durée de 24 heures reconductibles, un mouvement de grève uniquement suivi par le syndicat majoritaire.

Les sept centrales syndicales de la société ont en revanche adressé une lettre commune au préfet des Bouches-du-Rhône pour dénoncer cette "ouverture de lignes régulières concurrentes" opérées "sous pavillon international".

"Cette attaque frontale va bien au-delà des recours juridiques prévus par la loi", soulignent-elles dans le courrier en date du 26 décembre dans lequel elles demandent à l'Etat de se positionner face à ce "nouveau rebondissement du dossier".

Les syndicats estiment que les engagements de l'Etat sur la sécurisation sociale et industrielle de la SNCM sont remis en cause par cette situation "qui remet totalement à plat un quelconque avenir pour les salariés de la nouvelle compagnie."

De source proche du dossier, l'élection des nationalistes à la tête de la Collectivité territoriale Corse pourrait favoriser l'initiative portée par des entrepreneurs du consortium Corsica Maritima, proches de la nouvelle majorité.

"Les compagnies maritimes traditionnelles doivent enfin comprendre qu’aucun lobby ou interlocuteur privé ou public n’imposera ses vues ou ses options par la pression à la nouvelle majorité territoriale et au gouvernement de la Corse", prévient l'Assemblée de Corse sur son site internet.

TABLE RONDE CORSE

La collectivité dénonce une "situation d’incertitude potentiellement conflictuelle" qui "ne peut perdurer en l’état sous peine de provoquer des conséquences incalculables".

Le conseil exécutif de Corse a annoncé jeudi la tenue d'une table ronde "début janvier" avec les acteurs économiques concernés et les partenaires sociaux sur les "conditions de mise en oeuvre économiques et juridiques d’une compagnie maritime corse maîtrisée par les institutions de l’île".

L'élaboration d’une nouvelle délégation de service public (DSP) maritime "recentrée autour des intérêts de la Corse, de son peuple, et des acteurs économiques et sociaux" est aussi à l'ordre du jour de cette réunion.

Le tribunal de commerce a retenu le 20 novembre l'offre de Patrick Rocca pour la reprise des actifs de la SNCM. Les syndicats de l'entreprise ont signé un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), qui entérine le licenciement de 563 des 1.500 salariés de la compagnie maritime.

Les actionnaires de la SNCM, détenue jusqu'ici majoritairement par Transdev, coentreprise entre Veolia et la Caisse des dépôts, se sont engagés à apporter 85 millions d'euros à l'appui de ce plan social.

La Commission européenne a donné son aval à cette reprise, constatant une "discontinuité économique" qui ouvre la voie à l'abandon des recours européens à l'encontre de la compagnie pour perturbation de la concurrence, soit quelque 440 millions d'euros d'aides publiques jugées illégales.

(Edité par Yves Clarisse)

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  • rodde12 il y a 11 mois

    Pour une belle faillite c'est une belle faillite.