Les retraits des banques ne touchent pas que la Grèce

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par Steve Slater et George Georgiopoulos

LONDRES/ATHENES - (Reuters) - Les épargnants grecs pourraient être saisis par "une grande peur susceptible de se transformer en panique" selon les mots du président Karolos Papoulias, mais beaucoup de Grecs ont depuis bien longtemps transféré leur argent dans des endroits jugés plus sûrs comme le Royaume-Uni, la Suisse, l'Allemagne et les pays d'Europe du Nord.

Les craintes d'une ruée dans les banques grecques ont ébranlé Athènes cette semaine, après que les épargnants ont retiré au moins 700 millions d'euros sur la seule journée de lundi, selon les commentaires de Karolos Papoulias aux responsables politiques publiés sur le site de la présidence.

Ce ne sont pas seulement les Grecs qui sont inquiets à propos de leurs économies. Les statistiques montrent que les épargnants en Belgique, en France et en Italie ont aussi retiré de l'argent des banques.

Jeudi, le gouvernement espagnol a dû démentir l'existence d'un mouvement de retraits paniques de sommes déposées à la banque en difficulté Bankia.

Les Grecs redoutent d'être frappés par une dévaluation brutale de leur monnaie si le pays devait sortir de la zone euro. Les épargnants espagnols se sont, quant à eux, affolés après la nationalisation de Bankia la semaine dernière et s'inquiètent du coût grandissant du plan de sauvetage gouvernemental du secteur bancaire.

En Grèce, des sources au sein de deux banques ont dit à Reuters que les retraits effectués mardi avaient à peu près atteint le même montant que la veille.

"Le système bancaire grec en entier est en danger : les banques font désormais face au pire, le retrait massif d'argent", a déclaré Arnaud Poutier, directeur général d'IG Markets France.

UN MOUVEMENT À L'OEUVRE DEPUIS DEUX ANS

Ces retraits ont commencé il y a au moins deux ans, alors que la crise de la dette s'approfondissait.

Les banques helléniques ont perdu 72 milliards d'euros de dépôts depuis le début 2010, soit environ 30% du total de cette époque, selon des données compilées par Thomson Reuters.

Les cinq plus grandes banques grecques ont enregistré pour 37 milliards d'euros de sortie de dépôts l'an dernier, dont 12 milliards pour EFG Eurobank et entre 8 et 9 milliards pour chacun des établissements National Bank of Greece, Piraeus et Alpha Bank.

En février, le ministre des Finances de l'époque, Evangelos Venizelos, avait dit que seulement 16 milliards d'euros avaient été transférés à l'étranger, dont un tiers au Royaume-Uni.

Les épargnants ont transféré le reste dans l'immobilier, l'or et dans d'autres établissements, ou bien ont caché leur argent chez eux.

En Grèce, ces retraits progressifs de dépôts n'ont pas causé de panique. Mais cela pourrait changer rapidement s'il devait y avoir une perte soudaine de confiance dans les banques.

En septembre 2008, les clients de la banque britannique Northern Rock s'étaient ainsi affolés du jour au lendemain pour leurs économies. Au point de faire la queue pendant des heures afin de retirer leur argent, ce malgré une garantie sécurisant la majorité des dépôts. Le gouvernement britannique avait fini par nationaliser la banque.

TRANSFERTS D'ARGENT

Les mouvements de dépôts en Europe ont été très importants l'année dernière, montrent l'analyse des données de plus de 120 banques cotées européennes.

Plus de 120 milliards d'euros ont été sortis de deux banques en Belgique, surtout au sein de la banque Dexia qui a dû être renflouée et restructurée. KBC a aussi fait face à des retraits importants.

Les banques françaises, très exposées à la Grèce, ont enregistré des retraits de dépôts de 90 millions d'euros, dont 30 millions pour chacune des banques BNP Paribas et Crédit Agricole.

Les craintes d'un éclatement de la zone euro ont également provoqué des retraits de 30 milliards d'euros des banques italiennes.

Ces retraits d'argent en Europe se sont faits au profit des banques britanniques. Plus de 140 milliards d'euros ont été déposés dans seulement quatre grands établissements financiers au Royaume-Uni. Le pays bénéficie de sa position hors de la zone euro et de l'exposition importante de ses banques en Asie, à l'image de HSBC et de Standard Chartered.

D'autres banques ont aussi connu d'importantes entrées d'argent. C'est le cas de Barclays, de Deutsche Bank, de Credit Suisse, d'UBS et des banques russes Sberbank et VTB.

Alexandre Boksenbaum-Granier à Paris, Stephen Grey à Athènes et Sinead Cruise à Londres, Blandine Hénault pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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  • T20 le jeudi 17 mai 2012 à 21:54

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