Les résultats d'entreprises en Europe vont décevoir les marchés

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par Atul Prakash

LONDRES (Reuters) - Les sociétés européennes risquent de décevoir les investisseurs lorsqu'elles vont publier ce mois-ci des bénéfices probablement plus faibles qu'espéré car le ralentissement de l'économie et les opinions de certains analystes réputés laissent penser que les consensus sont trop élevés.

Les entreprises de la distribution et de la consommation grand public semblent les plus menacées.

Le service StarMine de Thomson Reuters prévoit que les sociétés de l'indice Stoxx Europe 600 qui publient leurs résultats ce mois-ci devraient annoncer un recul de leurs bénéfices de plus de 9% au deuxième trimestre.

Cette prévision contraste fortement avec le consensus, fondé sur les déclarations financières et autres informations fournies par les entreprises, qui s'attend à des bénéfices inchangés, souligne James Butterfill, analyste chez Coutts.

"Nous ne pensons pas que les marchés reflètent encore totalement à quel point les bénéfices pourraient décevoir", ajoute-t-il.

Si les bénéfices des entreprises sont effectivement inférieurs aux prévisions, cela pourrait enterrer la timide reprise constatée sur les marchés depuis le sommet européen de la fin juin et ses résultats positifs inattendus.

Une série de données macroéconomiques décevantes et d'avertissements sur résultats des entreprises ont depuis plombé la confiance des investisseurs et le début de la saison des résultats, qui culminera lors de l'avant-dernière semaine de juillet, quand 180 sociétés publieront leurs comptes, n'a rien arrangé.

BÉNÉFICES EN BERNE

Si les bénéfices ont dans l'ensemble battu le consensus au premier trimestre, le numéro un européen de la distribution, Carrefour, a ouvert le bal du deuxième trimestre en annonçant un recul de ses ventes, en raison de la crise en Espagne et en Italie.

Pour autant, ce repli du C.A. a été limité grâce à l'Amérique latine et Carrefour a rassuré en confortant le consensus des analystes sur son résultat opérationnel annuel.

"Les prévisions de bénéfices sont en baisse constante depuis la fin du premier trimestre, les révisions des prévisions de croissance du PIB en Europe restent négatives pour 2012 et 2013. Je ne pense pas que les bénéfices du deuxième trimestre vont soutenir les cours des actions", remarque Christian Stocker, analyste chez UniCredit.

Selon lui, l'EuroStoxx 50 pourrait même retomber d'ici septembre autour de 2.000 points, son plus bas de 2011, soit une baisse d'environ 11% par rapport à son niveau actuel.

L'indice, qui a perdu 8,6% de sa valeur depuis le début du deuxième trimestre, était en légère hausse vendredi à environ 2.230 points.

Pour l'ensemble de l'année, les analystes ont déjà réduit leurs prévisions de croissance des bénéfices par action (bpa) des entreprises européennes à 2,4%, contre 8,2% en janvier, montre le service Datastream de Thomson Reuters.

Morgan Stanley estime que la tendance, qui a vu le consensus sur les bénéfices nets des sociétés européennes s'inscrire en baisse constante depuis plus de dix semaines, devrait se poursuivre et la banque prévoit désormais un recul de 8% du bpa en 2012.

RÉPONSE POLITIQUE?

Les prévisions sont encore plus pessimistes pour les pays les plus affectés par la crise de la dette, avec une chute du bpa des sociétés espagnoles estimée à 24,5%, alors qu'il était encore attendu en progression de 3,7% en janvier, selon Datastream.

D'un point de vue sectoriel, les bénéfices des entreprises technologiques pourraient reculer de 33% au lieu des -9% attendus jusqu'à présent.

Bien qu'elle ait entraîné une réduction des coûts fixes de certaines sociétés, la baisse de 20% des prix du pétrole depuis la fin du premier trimestre ne devrait pas pour autant soutenir les principaux indices européens, la plupart faisant une large place aux valeurs pétrolières.

Si l'on met de côté les financières, 27% des bénéfices européens sont générés par le secteur des matières premières, alors que les entreprises qui bénéficient le plus de la baisse du pétrole, comme les compagnies aériennes et autres transporteurs, ne représentent que 2% de la capitalisation boursière, relève UBS.

Les perspectives économiques, placées sous le signe de l'austérité budgétaire dans la zone euro, d'une croissance américaine molle et de marges limitées dans les économies émergentes, ne sont pas de nature à réconforter les investisseurs.

Dans les mois qui viennent, il est donc probable que les éventuels gains des marchés reposent principalement sur des initiatives au niveau politique et sur des informations de presse.

"Les données macroéconomiques ne donnant aucun signe d'amélioration à moyen terme, c'est la réponse macroéconomique à la crise qui pourra éventuellement redonner confiance aux marchés", conclut Ian Richards, analyste chez Exane BNP Paribas.

Tangi Salaün pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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