Les rendements négatifs ont des atouts cachés

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par Jamie McGeever et John Geddie LONDRES, 6 février (Reuters) - Des créanciers qui payent leurs débiteurs pour avoir le privilège de leur avancer de l'argent, c'est un peu le monde à l'envers. Mais, cette situation paradoxale ne cesse de prendre de l'ampleur sous l'effet des pressions déflationnistes liées aux excédents de capacités hérités de la crise financière et à la chute des cours des matières premières, pétrole en tête. Les rendements négatifs devraient en toute logique pousser les investisseurs à se tenir à l'écart des obligations concernées, mais la liquidité et la sécurité qu'elles procurent justifient de continuer à les détenir. A la fin de la semaine dernière, quelque 3.600 milliards de dollars (3.175 milliards d'euros) d'obligations souveraines offraient un rendement négatif selon la banque d'investissement JPMorgan, soit l'équivalent de 16% de l'encours des titres d'Etat représenté au travers de son Global Governement Bond Index. En prenant en compte les emprunts d'Etat à court terme, Bank of America Merrill Lynch évalue à 7.300 milliards de dollars l'encours global de titres de dette publique offrant un rendement négatif. En Europe, un quart de l'encours d'obligations souveraines, soit 2.000 milliards d'euros, se traite avec des rendements négatifs, selon RBS. La baisse des prix et le passage de l'inflation en territoire négatif dans de nombreux pays est une des raisons pour lesquelles ces titres trouvent encore preneur. En effet, si la baisse des prix dépasse le rendement négatif des titres, les investisseurs continuent de dégager un rendement réel positif. "UN PEU D'ARGENT DANS UN ENVIRONNEMENT DÉFLATIONNISTE" Or l'inflation est tombée à -0,6% en rythme annuel au sein de la zone euro et elle pourrait rester en territoire négatif tout au long de cette année. BNP Paribas s'attend à ce que l'inflation fasse aussi une incursion en territoire négatif aux Etats-Unis cette année. "Il y a plusieurs raisons qui font que vous pouvez être acheteur d'obligations à rendement négatif. Elles peuvent toujours vous rapporter un peu d'argent dans un environnement déflationniste", explique Patrik Karlsson, en charge de l'industrie de la gestion d'actifs à l'International Capital Markets Association. Les craintes de voir la zone euro sombrer dans la déflation ont poussé la Banque centrale européenne (BCE) à annoncer le mois dernier un programme de plus de 1.000 milliards d'euros d'achats d'actifs, principalement d'obligations souveraines, qui devrait encore en faire baisser les rendements. Les perspectives de plus-values induites par ces achats, qui doivent commencer en mars, font plus que compenser le manque à gagner lié aux taux négatifs. L'achat des obligations de certains émetteurs souverains est aussi une manière de spéculer sur l'appréciation de leur devise. La Banque nationale suisse (BNS), qui a annoncé le 15 janvier une baisse d'un demi-point de son principal taux directeur pourtant déjà négatif, peine à freiner l'appréciation du franc suisse depuis l'abandon du cours plancher contre l'euro à la même date. Le franc continue de s'apprécier en dépit de rendements obligataires toujours plus négatifs. Les rendements sur les titres d'Etat suisses sont négatifs sur toutes les échéances jusqu'à dix ans. Ils sont même passés sous zéro sur les échéances à 15 ans en début de semaine. LE PRIX DE LA SÉCURITÉ "Pour nos fonds référencés sur les indices de ces marchés (européens), nous sommes forcés de détenir ces titres à rendement négatif", explique Brett Pybus, responsable de la stratégie de produits obligataires du gestionnaire d'actifs BlackRock. "Il est clair qu'il y a des investisseurs qui sont près à payer le prix de la sécurité", ajoute-t-il. Pour des banques, les taux négatifs sur des titres d'Etat peuvent s'avérer moins pénalisants que ceux imposés sur les dépôts auprès de leur banque centrale. Un rendement négatif de trois points de base sur les obligations d'Etat allemandes à cinq ans est toujours mieux que les 20 points de base que coûte à l'année le dépôt au jour le jour auprès de la BCE. De même, celui de cinq points de base sur les obligations de l'Etat fédéral suisse est moins coûteux que les 75 points de base ponctionnés par la BNS sur les dépôts dans ses comptes. La baisse des rendements et la propagation des taux négatifs n'ont donc pas pour l'instant détourné les investisseurs des placements obligataires. Selon les données de la société d'analyse EPFR Global, qui suit les flux de collecte des plus grandes sociétés de gestion internationales, les fonds obligataires ont enregistré 49,4 milliards de dollars de souscriptions nettes depuis le début de cette année, tandis que les fonds actions accusaient près de 22,7 milliards de sorties nettes. Sur la seule semaine au 5 févier, les fonds obligataires ont enregistré des entrées nettes de 21,5 milliards de dollars, leur plus forte collecte hebdomadaire depuis septembre 2009. (Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

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  • M9385839 le vendredi 6 fév 2015 à 17:38

    il n y a que les banques centrale dont la bns qui claque du frique sur les oat

  • ccondem1 le vendredi 6 fév 2015 à 17:29

    En phase déflationniste ou pas, pourquoi perdre davantage qu'en laissant les liquidités dormir ???

  • M9385839 le vendredi 6 fév 2015 à 17:14

    2015 sera annee de remontée des taux...

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