Les projets d'introduction en Bourse se bousculent après le "néant" de début d'année (Skylar France)

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Les introductions en Bourse redémarrent après leur pause de début d'année.
Les introductions en Bourse redémarrent après leur pause de début d'année.

Depuis quelques semaines, les nouveaux projets d’introductions en Bourse (IPO) fleurissent après un début d’année au point mort à cause de la conjoncture très défavorable sur les marchés. À l’occasion de ce renversement de situation, nous posons nos questions à Arnaud Morvillez, cogérant du fonds  Origin, dédié à la thématique des IPO chez SKYLAR France. Arnaud Morvillez est spécialisé sur les introductions en Bourse de plus de 100 millions d’euros.

Les projets d’introductions en Bourse sont redevenus nombreux ces derniers temps après avoir disparu du paysage en début d’année. La méfiance de janvier-février a-t-elle déjà été oubliée ?

Arnaud Morvillez : Il est vrai que le premier trimestre a été marqué une baisse significative du nombre d’IPO, après une fin d’année 2015 qui avait été plutôt bonne. En fait, depuis plusieurs mois, les périodes favorables aux introductions en Bourse apparaissent comme des fenêtres de tir très dépendantes de la conjoncture des marchés. Pour autant, je pense que les investisseurs sont habitués à cet environnement changeant, et cela n’est pas pénalisant pour le bon déroulement des levées de fond qui sont menées.

L’environnement actuel est justement favorable aux nouvelles IPO. Après GeNeuro et Witbe ces derniers jours, quelles sont les prochaines introductions en Bourse attendues en France ?

A. M. : En France, on a principalement Mediawan qui est en train de lancer son introduction en Bourse. Mediawan est une entreprise cofondée par Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton, qui visent une levée de fonds de 250 à 300 millions d’euros. Cette somme permettra à Mediawan d’acheter d’autres entreprises dans le secteur des médias avec une part de levier financier, de manière à s’affirmer comme un nouvel acteur important du monde des médias.

On attend aussi fin avril le lancement de l’introduction en Bourse d’Eranove, une société française ayant ses activités en Afrique  dans la production, le transport et la distribution d’électricité, ainsi que l’assainissement et la distribution d’eau potable.

Il va également y avoir prochainement une ré-IPO de Kaufman & Broad. L’annonce de cette opération, qui va augmenter significativement le flottant, explique d’ailleurs le bond des actions Kaufman & Broad en Bourse, qui sont récemment passées de de 27 à 35 euros en début d’année.

Enfin, Maisons du monde a évoqué sa prochaine entrée en Bourse.

Et hors de France, y a-t-il des introductions en Bourse particulièrement intéressantes à suivre ?

A. M. : Oui, en Espagne la chaîne de plats à emporter Telepizza arrive sur les marchés. C’est un bel exemple de société en recovery après avoir souffert plusieurs années à cause de la crise économique espagnole. Désormais, l’activité ré-accélère et l’entreprise semble être un beau dossier pour jouer la reprise de la consommation des ménages en Espagne.

Toujours en Espagne, on va également avoir l’IPO de Parques Reunidos, numéro deux européen des parcs de loisirs derrière Merlin Entertainments. En Italie, on peut citer TechnoGym, qui fabrique des machines de fitness haut de gamme.

Surtout, aux Etats-Unis, on attend l’IPO de MGM Growth, qui devrait lever plus d’un milliard de dollars. Il s’agit d’une foncière qui utilisera les fonds levés en Bourse pour acquérir les murs de casinos et d’hôtels.

On a également assisté, l’année dernière, aux IPO de nombreuses « biotechs ». Pour vous, l’introduction en Bourse de ce type de sociétés devrait-il se poursuivre cette année ?

A. M. : Ca ne devrait pas s’arrêter. On voit un engouement encore fort des investisseurs pour les IPO de biotechs aux Etats-Unis, et cela soutient également le marché européen. Des investisseurs américains participent d’ailleurs aux levées de fonds des biotechs européennes. Il y a même quelques biotechs chinoises qui viennent se coter aux Etats-Unis et qui rencontrent un grand succès, malgré les récentes incertitudes sur l’économie chinoise.

Lorsque l’on regarde les performances boursières des entreprises introduites sur le marché en 2015 (voir liste), on observe pourtant qu’un certain nombre d’entre elles ont vu leur cours chuter après leur introduction, notamment du côté des biotechs…

A. M. : C’est le problème des biotechs, dont les cours sont très volatils. Certaines sous-performent fortement tandis que d’autres s’envolent littéralement. Il est très difficile de détecter, au moment de leur introduction en Bourse, les biotechs qui performeront le mieux. D’où l’idée, lorsque l’on veut tenter sa chance dans ce domaine, d’investir sur plusieurs biotechs dans l’espoir que les pertes réalisées sur certaines valeurs seront compensées par une ou deux belles envolées.

En-dehors des biotechs, d’autres entreprises introduites en 2015 ont simplement souffert de la mauvaise conjoncture des marchés au cours des derniers mois. C’est le cas par exemple d’Amundi qui perd 10% depuis novembre dernier. Mais nous ne sommes pas inquiets sur Amundi, car cette société de gestion d’actifs devrait continuer à collecter des fonds dans les années à venir, avec des perspectives solides du côté des résultats financiers.

De manière générale, quels sont les secteurs qui vous semblent les plus prometteurs pour les IPO à l’heure actuelle ?

A. M. : De manière générale, les secteurs de la consommation, du commerce et de la distribution sont des secteurs porteurs pour les introductions en Bourse dans la conjoncture actuelle, aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. Les entreprises de ces secteurs profitent de la bonne dynamique de la consommation des ménages de part et d’autre de l’Atlantique, comme nous l’évoquions avec l’Espagne.

On a d’ailleurs eu l’introduction d’Ollie’s Bargain aux Etats-Unis l’année dernière dans le secteur de la distribution discount, avec des perspectives fortes en termes d’ouverture de nouveaux magasins : la performance en Bourse de l’entreprise depuis son introduction est très satisfaisante.

Il y a aussi le secteur des valeurs techno qui reste particulièrement intéressant, et qui devrait être un pourvoyeur important d’IPOs aux Etats-Unis, notamment dans les domaines de la  cyber-sécurité, du big data et des éditeurs de logiciels implémentés dans le cloud.

Propos recueillis par Xavier Bargue

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