Les producteurs de foie gras se forment pour résister

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LA FRANCE FORME SES PRODUCTEURS DE FOIE GRAS
LA FRANCE FORME SES PRODUCTEURS DE FOIE GRAS

par Claude Canellas

COULOUNIEIX-CHAMIERS, Dordogne (Reuters) - Confrontée à une campagne mondiale contre le gavage des volatiles, la France, patrie du foie gras, forme ses producteurs aux nouvelles normes européennes censées couper l'herbe sous les pieds des détracteurs de cette pratique.

Une école s'est ouverte en Dordogne pour répondre aux normes de bien-être animal qui entreront en vigueur le 1er janvier 2016 : elles imposent aux professionnels de gaver oies et canards dans des cages collectives de six à neuf volailles leur permettant de battre des ailes et de se retourner librement.

Jusque-là, le gavage effectué deux fois par jour pendant douze jours se faisait dans une cage individuelle.

La formation est dispensée depuis le début de l'année dans le lycée agricole La Peyrouse de Coulounieix-Chamiers (Dordogne) par une formatrice de l'établissement, une ancienne productrice de foie gras qui délivre son enseignement d'abord aux nouveaux éleveurs, avant d'être élargie aux anciens producteurs.

"On s'est dit que pour maintenir la production, il fallait agir. Depuis que nous avons commencé, on a constaté que cette formation rassurait le futur exploitant, ainsi que les organismes financeurs, sachant qu'il faut investissement minimum de 250.000 euros pour se lancer", explique Cédric Evrard, le directeur commercial de Sanders Périgord.

Cette société d'alimentation animale, qui finance l'école, permet aussi aux élèves à être fiers de leur métier.

Il leur est ainsi "démontré" que le foie gras "n'est pas cirrhosé mais atteint de stéasose hépatique, surcharge naturelle en lipide chez les oiseaux migrateurs", ce que les défenseurs des animaux dénoncent comme une maladie grave.

"Ils doivent savoir et faire savoir que leurs produits sont réalisés dans les meilleures conditions", ajoute Cédric Evrard.

COMME AU TEMPS DE LA PROHIBITION

Les nouvelles normes, qui réclameront encore beaucoup d'efforts - à peine 30% des exploitations ont franchi le pas et il reste à investir 85 millions d'euros pour la transformation des 70% restants - ne sont pas le seul souci des producteurs.

Premier pays producteur au monde et de loin (73% des foies gras viennent de France, dont 96% issus du canard), la France, où la consommation a encore progressé de 6% en 2012, tente de résister à la vague abolitionniste du gavage.

Cette pratique est souvent carrément interdite, comme en Allemagne, en Suisse, dans les pays scandinaves, en Pologne, en Israël ou encore en Argentine.

Mais la consommation du produit est également dans le collimateur, le plus emblématique des exemples étant celui de la Californie qui a interdit depuis le mois de juillet dernier la fabrication et la commercialisation du foie gras.

En 2011, le foie gras avait été déclaré indésirable à la foire de Cologne en Allemagne, le plus grand salon agroalimentaire du pays, par crainte de représailles des "anti".

La chambre des lords britannique a décidé de retirer le foie gras de ses menus depuis le début de l'année à la demande des défenseurs des animaux et David Heath, le secrétaire d'Etat britannique à l'Agriculture, a appelé récemment les consommateurs à ne pas acheter de foie gras.

Même en France, où il fait partie de la tradition gastronomique, le foie gras fait l'objet d'attaques.

L'association L214 a manifesté en fin d'année sur les Champs-Elysées pour appeler les consommateurs à passer des fêtes "sans cruauté" et elle a trouvé des oreilles attentives auprès d'un groupe de huit parlementaires, dont l'élu écologiste français Yves Cochet, qui demandent l'interdiction de la production et de la vente du foie gras dans l'Union européenne.

Alain Labarthe, éleveur landais et président de la Fédération européenne du foie gras, ne s'en émeut guère.

"La consommation se développe en Californie comme au temps de la prohibition", ironise-t-il.

Edité par Yves Clarisse

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