Les proches des victimes de Merah parlent de dysfonctionnements

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LES PROCHES DES VICTIMES DE MERAH DEMANDENT UNE ENQUÊTE SUR D'ÉVENTUELLES COMPLICITÉS
LES PROCHES DES VICTIMES DE MERAH DEMANDENT UNE ENQUÊTE SUR D'ÉVENTUELLES COMPLICITÉS

par Johanna Decorse

TOULOUSE (Reuters) - Les avocats des familles de victimes de Mohamed Merah, qui a tué sept personnes en mars 2012 à Toulouse et Montauban, critiquent les "dysfonctionnements" dans le suivi de deux de ses proches, dont sa soeur Souad Merah, qui se sont volatilisés.

Après les départs jugés probables par le gouvernement vers la Syrie de Souad Merah et de Sabri Essid, figure de la mouvance salafiste toulousaine, ils demandent que les autorités creusent la piste d'éventuelles complicités.

Frédéric Picard et Béatrice Dubreuil, les conseils de la famille d'Abel Chennouf, l'un des deux soldats abattus par Mohamed Merah, ont déposé lundi deux demandes d'actes auprès des magistrats chargés de l'enquête sur les tueries.

Ils ont réclamé l'audition de la mère de Souad Merah ainsi que celle des proches de Sabri Essid, qui entretenait des liens étroits avec le tueur au scooter et sa famille.

"Nos clients veulent savoir quel est le climat dans cette famille qui, à l'exception d'un frère et d'une s?ur, semble fortement radicalisée. Ces investigations pourraient permettre d'établir d'éventuelles complicités", a déclaré à Reuters Frédéric Picard, qui s'étonne que Souad Merah ait pu quitter aussi facilement le territoire français et dénonce les "ratés" dans son suivi, "comme cela avait été le cas pour son frère".

Le profil de Mehdi Nemmouche, le suspect de la tuerie du Musée juif de Bruxelles le 24 mai dernier, a contribué à réveiller le débat sur l'efficacité de l'antiterrorisme français, la capacité des autorités à lutter contre la radicalisation en prison étant mise en doute.

DÉCLASSIFICATION DU DOSSIER

Souad Merah, 36 ans, pratiquante d'un islam radical, avait été filmée à son insu en 2013. Elle se félicitait dans la vidéo des actes perpétrés par son frère.

Mohamed Merah, qui se réclamait d'Al Qaïda, est mort à 23 ans lors de l'assaut de son appartement toulousain par le Raid.

Les deux avocats se sont joints pour cette demande d'audition à celui de Yaacov Monsonego, dont la fille de 8 ans a été abattue par Mohamed Merah dans l'école juive Ozar-Hatorah, et d'Eva Sandler, qui a perdu dans cette tuerie son mari, le rabbin Jonathan Sandler, 30 ans, et ses deux fils de 3 et 6 ans.

Frédéric Picard et Béatrice Dubreuil ont par ailleurs demandé la "déclassification" du dossier de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) sur Moez Garsallaoui, considéré par les services de renseignement européens comme le pivot du recrutement djihadiste venant d'Europe et qui aurait été tué en octobre 2012 au Pakistan.

"S'il s'avère que Mohamed Merah a agi avec l'onction de Moez Garsallaoui, comme le groupe dont il était un membre-clé l'a revendiqué sur internet, alors la théorie du loup solitaire n'a plus la moindre validité", estime Me Picard.

Pour l'avocat, tout tend au contraire à montrer que "Merah n'était pas seul et qu'il faisait partie d'une filière structurée" et que donc "des complicités restent à établir".

De son côté, Me Samia Maktouf, l'avocate de la famille d'Imad Ibn Ziaten, le militaire tué à Toulouse, a adressé fin mai un courrier au ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

PAS UN "LOUP SOLITAIRE"

Elle y fait part de la "stupéfaction la plus totale" de ses clients après l'annonce du départ probable pour la Syrie de Souad Merah et de Sabri Essid, qui a déjà été condamné dans une affaire de filière djihadiste irakienne.

Pour l'avocate, le fait que ces deux proches de Mohamed Merah aient pu quitter le sol français est "un nouveau dysfonctionnement grave qui vient s'ajouter à une série déjà longue dans cette même affaire".

Elle a demandé aux magistrats en charge de l'enquête que ces deux personnes fassent l'objet d'un mandat d'arrêt international et soient auditionnés.

"Sabri Essid est un élément déterminant dans la boucle des complicités", a dit Me Samia Maktouf.

"Sabri Essid et Souad ont disparu des écrans radar comme Merah l'avait fait avant de commettre ses actes horribles. Mes clients ont l'impression de revivre les mêmes prémices", a-t-elle ajouté. "Nous n'avons pas l'impression que la police et les personnes chargées de notre sécurité aient pris conscience de la gravité de la situation."

(Edité par Yves Clarisse)

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  • lorant21 le mercredi 4 juin 2014 à 16:08

    Ces personnes avaient tout à fait le droit de quitter le territoire. Il n'y a pas de délit (enfin quand on écoutait cette dame, c'était assez stup^éfiant..). Et pour surveiller 7000 personnes, il ne faut pas 7000 policiers mais 4 fois plus pour tenir compte des 35H et des congés.. si en plus il faut compter les arrêts-maladie potentiels, il en faut 35 000.

  • python75 le mercredi 4 juin 2014 à 15:48

    @M1386403 - D'accord avec vous mais quand même ceux-là auraient du être surveillés de près non??

  • M1386403 le mercredi 4 juin 2014 à 15:22

    Mais enfin Souad Merrah n'était pas interdite de quitter le territoire. Pour surveiller 700 dhiadistes il faut 7 000 policiers . Ce n'est pasle cas. Il y aura donc d'autres affaires Merah tant que les pouvoirs publics n'auront pas compris qu'il faut une législation d'exception pour traiter ces cas.