Les prix à la consommation ont cessé de baisser au Japon

le
0
STABILITÉ DES PRIX À LA CONSOMMATION EN MAI AU JAPON
STABILITÉ DES PRIX À LA CONSOMMATION EN MAI AU JAPON

par Tetsushi Kajimoto et Kaori Kaneko

TOKYO (Reuters) - Les prix à la consommation ont cessé de baisser en mai pour la première fois en sept mois au Japon, les offres d'emploi non satisfaites y sont à un pic de cinq ans et la production industrielle a connu sa plus vive accélération en deux ans le mois dernier, selon des indicateurs publiés vendredi qui ont soutenu la Bourse de Tokyo.

Toutes ces données semblent en effet indiquer que la politique de relance initiée par le Premier ministre Shinzo Abe continue de porter ses fruits même si bon nombre d'investisseurs restent sceptiques.

Il y a plus d'un mois, les chiffres du produit intérieur brut (PIB) du premier trimestre avaient montré que le Japon avait connu sur cette période une croissance plus forte que les Etats-Unis pour le deuxième trimestre consécutif. Shinzo Abe est arrivé au pouvoir en décembre 2012.

L'un des principaux objectifs des "Abenomics" est de sortir la troisième économie mondiale du phénomène de déflation qui la plombe depuis près de 15 ans.

L'action de la Banque du Japon s'inscrit au coeur de cette politique. Début avril, cette dernière a annoncé une refonte de sa politique monétaire qui, via le rachat de plus de 7.000 milliards de yens (53,8 milliards d'euros) d'obligations souveraines à long terme par mois, vise à porter le taux d'inflation à 2% en 2015.

Le mois dernier, les prix à la consommation sous-jacents (hors produits alimentaires frais mais avec l'inclusion du poste énergétique) sont restés inchangés, conformément aux attentes, après un recul de 0,4% en avril.

Ceci étant dit, si on exclut également l'énergie du calcul, les prix à la consommation ont baissé de 0,4% sur un an en mai, soit un repli moins marqué qu'en avril (-0,6%).

"Les données (en matière d'inflation) sont surtout le fait des prix de l'énergie (...) Il est possible que la BoJ assouplisse à nouveau (sa politique monétaire) en cours d'année, quand il sera avéré que l'élan pour aller vers son objectif de prix n'est pas assez porteur", a déclaré Norio Miyagawa, économiste chez Mizuho Securities Research & Consulting.

OBJECTIF AMBITIEUX

Bon nombre d'investisseurs estiment que l'objectif de la BoJ en matière d'inflation est trop ambitieux. Il y a plus de 15 jours, cette dernière s'est d'ailleurs déclarée prête à agir encore si nécessaire.

Selon une enquête menée par Reuters auprès de 24 économistes, l'inflation sous-jacente devrait augmenter de 0,3% sur l'ensemble de l'exercice fiscal se terminant le 31 mars 2014. Ils la voient ensuite aller seulement jusqu'à 0,8% en 2014-2015, en raison notamment de l'impact d'une hausse programmée de la taxe sur la valeur ajoutée.

La BoJ se montre beaucoup plus optimiste, tablant sur une hausse des prix à la consommation de 0,7% sur 2013-2014, puis de 1,4% sur 2014-2015 et de 1,9% en 2015-2016.

L'inflation n'a pas été supérieure à 2% en rythme annuel au Japon depuis le début des années 1990, juste avant l'éclatement d'une bulle immobilière.

Le ministre des Finances Taro Aso n'a pas voulu surinterpéter les données du mois de mai, estimant que l'on ne pouvait en déduire que la déflation était vaincue.

"Il est indéniable que le rythme de baisse des prix ralentit, mais ce n'est pas si facile (de mettre un terme à un phénomène de déflation)", a-t-il dit à des journalistes.

En outre, les dépenses des ménages ont, pour la première fois en cinq mois, reculé de manière inattendue en mai (-1,6%), un indicateur qui peut susciter des interrogations sur la vigueur de l'activité.

De manière générale, la batterie d'indicateurs publiée vendredi reste malgré tout positive: les ventes au détail ont augmenté de 0,8% en rythme annuel au mois de mai après une baisse de 0,2% en avril, la production industrielle a augmenté pour le quatrième mois de suite, de 2,0% alors que les économistes avaient anticipé +0,2%.

Les industriels interrogés par le ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie s'attendent à un recul de 2,4% de la production industrielle en juin, suivi d'une hausse de 3,3% en juillet.

L'activité du secteur manufacturier japonais a augmenté en juin à son rythme le plus rapide en plus de deux ans, montre vendredi une enquête auprès des directeurs d'achats.

Les mises en chantier ont augmenté pour le neuvième mois de suite, bondissant de 14,5% le mois dernier contre un consensus de +6,2%.

Enfin, le ratio emplois-demandeurs d'emplois est monté à un plus haut de cinq ans en mai, à 0,90, contre 0,89 en avril, ce qui signifie que des emplois sont disponibles pour neuf demandeurs sur dix. Le taux de chômage est resté inchangé à 4,1%.

Eric Faye et Benoît Van Overstraeten pour le service français, édité par Marc Joanny

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant