Les prises de commandes d'Eiffage en Europe restent solides

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Les prises de commandes d'Eiffage en Europe restent solides
Les prises de commandes d'Eiffage en Europe restent solides

par Gilles Guillaume et Elena Berton

ASNIERES-SUR-SEINE (Hauts-de-Seine) (Reuters) - Eiffage enregistre des prises de commandes toujours solides en France et en Europe, régions du monde qui offrent encore selon lui un potentiel de croissance et où il envisage de petites acquisitions, notamment dans les métiers liés à l'énergie.

"A fin avril, le groupe affiche un trend de prises de commandes stabilisé à un niveau élevé", a indiqué Pierre Berger, directeur général du groupe de BTP et de concessions dans une interview à Reuters.

"Nous continuons en France et en Europe à prendre des commandes à un rythme soutenu. La France est un pays qui investit traditionnellement de manière importante dans les infrastructures, en particulier en période de crise, pour relancer l'économie."

Eiffage a remporté l'an dernier le contrat de la ligne de TGV Bretagne-Pays-de-Loire, un investissement de 3,3 milliards d'euros. Pierre Berger a précisé cependant qu'un léger ralentissement se profilait en France sur le marché de l'immobilier, conséquence de la réduction de l'avantage fiscal dit Scellier et de l'attentisme provoqué par l'élection présidentielle.

Numéro trois français du secteur, et numéro quatre européen, Eiffage réalise la quasi-totalité de son chiffre d'affaires en Europe. Moins international que son concurrent Vinci, il souhaite également développer son activité hors du continent, notamment en Afrique, mais à son propre rythme.

"Le fantasme des observateurs extérieurs est qu'il faut absolument qu'un groupe comme le nôtre se développe au grand international. Mais l'Europe n'est pas fichue, la France n'est pas fichue", a dit Pierre Berger.

Eiffage axera ainsi sa croissance externe sur l'Hexagone, le Benelux et l'Allemagne, et sur les secteurs liés à la gestion de l'énergie et au nucléaire, le BTP évoluant de plus en plus de la construction pure à la rénovation et à la maintenance des équipements.

Pour financer cette ambition, qui sera présentée la semaine prochaine aux managers du groupe réunis en convention, Eiffage compte puiser dans le cash flow libéré par le refinancement récent de 3,5 milliards d'euros de dette contractée pour ses autoroutes.

"Nous allons commencer à relancer les acquisitions après une période de creux, mais de façon extrêmement prudente et ponctuelle", a-t-il ajouté.

EMBELLIE EN ESPAGNE, INTÉRÊT POUR L'AFRIQUE

Depuis qu'il a quitté Vinci début 2011 pour succéder à la direction générale d'Eiffage au leader historique Jean-François Roverato, Pierre Berger, 43 ans, a engagé une restructuration des branches travaux publics et énergie et cédé ou fermé des filiales déficitaires, notamment en République tchèque.

Interrogé sur l'intérêt que le groupe russo-autrichien Strabag manifeste régulièrement pour son groupe, Pierre Berger a répondu que les risques d'OPA lui paraissaient "en ce moment relativement faibles."

"Nos concurrents de Strabag ont fait une nouvelle tentative fin 2011, avec une approche à titre exploratoire. Mais nous n'avons pas ouvert de discussions, nous leur avons indiqué que nous ne voyions pas de création de valeur en cas de rapprochement", a-t-il ajouté.

Les salariés, les cadres et le Fonds stratégique d'investissement (FSI) détiennent à eux trois plus de 50% du capital d'Eiffage.

Le constructeur du viaduc de Millau a été confronté plusieurs années de suite à une stagnation de son activité à cause du climat économique en Europe. Conjugué à des problèmes dans l'exécution de certains contrats, notamment d'hôpitaux, cet environnement a pesé sur des marges que le groupe entend améliorer sensiblement cette année dans les travaux publics.

Pierre Berger a confirmé mardi cet objectif ainsi que ses autres prévisions pour 2012 : un rebond du résultat net et une croissance de 2% du chiffre d'affaires à 14 milliards d'euros.

En Espagne, où la crise affecte plusieurs contrats routiers, il a indiqué que les crédits bancaires débloqués fin mai pour les collectivités locales avec la garantie de l'Etat espagnol avaient permis de solder une partie des créances d'Eiffage en souffrance. "Depuis dix jours, nos activités espagnoles connaissent une petite embellie. C'est un début."

Hors d'Europe, Pierre Berger estime qu'Eiffage pourrait tripler à près d'un milliard d'euros d'ici quatre à cinq ans son chiffre d'affaires, qui représentait seulement 2% des ventes totales du groupe l'an dernier, notamment grâce à l'Afrique.

Eiffage est présent au Sénégal, où il vient de mettre en service le premier tronçon de l'autoroute "de l'avenir" Dakar-Diamniadio, et au Nigeria, où il construit une plate-forme pétrolière pour Total. Mais Pierre Berger voit aussi des opportunités dans le Nord du continent africain.

"Je crois beaucoup a la Méditerranée. Il y a quelques années, on me disait 'il faut aller absolument en Chine'. Moi, je ne crois pas à la Chine pour une entreprise de BTP. Par contre, a côté de chez nous, dans le bassin méditerranéen, il y a des pays qui sont riches, des pays qui sont proches, des pays ou l'on peut faire des choses ensemble."

Le titre, qui a gagné jusqu'à 1,5% à la suite de cette interview, progressait de 0,96% à 24,755 euros juste avant la clôture de la Bourse de Paris.

Gilles Guillaume et Elena Berton, édité par Jean-Michel Bélot

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