Les préfectures, écoles pour dirigeants afghans

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par Jean Décotte

TOULOUSE (Reuters) - Monté sur chenilles, caméra au bout d'un bras articulé, le robot "Théodore" progresse vers le colis piégé placé en bord de chaussée, à une cinquantaine de mètres de la délégation afghane qui assiste à la démonstration.

Les démineurs de la Sécurité civile de Toulouse neutralisent la bombe, qui explose en creusant un minuscule cratère dans le gazon, sous les yeux d'une poignée de hauts fonctionnaires afghans venus se former en France.

Huit vice-gouverneurs de provinces afghanes viennent de passer deux semaines dans des préfectures du Sud-Ouest où, dans le cadre d'un traité de coopération signé en janvier par Paris et Kaboul, ils ont pu étudier de près l'administration française.

Ce programme de formation de 34 hauts fonctionnaires illustre une transition du rôle de la France vers les initiatives civiles, à l'heure où les troupes françaises se retirent d'Afghanistan.

"Le but de notre voyage d'un mois, c'est d'apprendre comment fonctionne l'administration française ici et peut-être, à court ou à long terme, pouvoir transmettre ces concepts en Afghanistan", explique Abul Qasim Khidri, vice-gouverneur de la province méridionale de Nimroz.

Un premier contingent de sept de ces hauts fonctionnaires, équivalents des secrétaires généraux de préfecture, sont venus en formation dans les Alpes au printemps dernier.

Cet automne, ce sont huit vice-gouverneurs qui ont été répartis dans des préfectures proches des Pyrénées, une zone pouvant présenter des similarités avec les montagnes afghanes.

Après une semaine à Paris à l'Ecole nationale d'administration (ENA), les Afghans ont multiplié les visites de terrain sur les thèmes de l'éducation, la santé, la gestion de l'eau ou encore la sécurité, avec notamment une visite mercredi au Centre interdépartemental de déminage de Toulouse.

PINCE ET CUTTER

"Là, on va simuler une 'roadside bomb' avec contrôle à distance", leur explique le chef du centre, Eric Bourgogne, faisant allusion aux engins explosifs placés en bord de route qu'utilisent régulièrement les rebelles taliban en Afghanistan.

Une première bombe, cocotte minute remplie de sable, est neutralisée par un démineur en combinaison qui passe l'objet aux rayons-X puis l'éventre avec de l'eau sous pression.

Dissimulé sous des branchages, un autre colis piégé est désamorcé par le robot "Théodore" piloté à distance par l'équipe de déminage, sous le regard attentif de la délégation afghane.

"Ils ont besoin d'une technique, d'une méthodologie de travail, surtout", souligne Eric Bourgogne, qui revient tout juste d'un voyage de formation au Pakistan.

"Souvent, ils envoient la personne avec peu de moyens, la personne s'installe à côté du colis et sort sa pince, son cutter pour travailler dessus. Nous, notre principe de travail c'est plutôt de travailler à distance, en sécurité, en préservant la vie du démineur. Un démineur, c'est une formation très longue."

Pour Abul Qasim Khidri et son collègue de la province de Farah, Mohd Younus Rasouli, cet exercice sous le crachin toulousain fait écho à leur quotidien en Afghanistan.

"A Farah, malheureusement, la sécurité n'est pas très bonne. Il y a beaucoup de bombes en bord de route, des enlèvements et d'autres problèmes de sécurité", détaille le second par le biais d'un traducteur. "On n'a pas de matériel aussi important qu'en France. Notre matériel est très basique", déplore-t-il.

"AVENIR POSITIF"

"On a peu de routes pavées également", renchérit Abul Qasim Khidri, barbe rasée de près et imposante bague sombre.

"Ils arrivent assez facilement à mettre des mines et souvent ce sont des civils, des familles qui sont touchées (...) De retour, on va essayer de parler avec les différentes autorités, afin de se tourner vers la France et de profiter de son expérience en la matière."

La gestion de l'eau est également un point clé pour la province de Farah et celle de Nimroz. Une visite d'un barrage pyrénéen était d'ailleurs au programme de la délégation afghane cette semaine.

"Dans les deux provinces, le problème majeur de la population actuellement, c'est l'accès à l'eau, l'eau potable, l'eau pour l'agriculture", note le vice-gouverneur de Nimroz.

Cette formation de hauts fonctionnaires afghans intervient alors que l'armée française a quitté mardi la vallée de la Kapisa en Afghanistan. Ce départ scelle officiellement la fin de ses actions de combat dans le pays, conformément au calendrier de retrait accéléré annoncé par François Hollande. (voir ).

La plupart des troupes étrangères quitteront l'Afghanistan d'ici la fin 2014, après plus de dix ans de conflit. Et, à Toulouse, les hauts fonctionnaires veulent croire à un futur meilleur pour leur pays.

"Pour nous, ce voyage (en France) a créé une perspective, un avenir positif", assure Abul Qasim Khidri.

"Quand on va retourner en Afghanistan, on aura une motivation, une perspective pour l'avenir."

Edité par Yves Clarisse

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