Les pourparlers de paix sur la Syrie s'enlisent

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LES DISCUSSIONS SUR LA SYRIE PIÉTINENT À GENÈVE
LES DISCUSSIONS SUR LA SYRIE PIÉTINENT À GENÈVE

par Oliver Holmes et Khaled Yacoub Oweis

GENEVE (Reuters) - Les pourparlers de paix entre le gouvernement syrien et l'opposition n'avancent pas, ont reconnu mardi les différentes parties impliquées dans les discussions au deuxième jour de la reprise de la conférence de Genève II alors que, sur le terrain, le corridor humanitaire à Homs fonctionne difficilement.

La journée avait pourtant commencé sur une note d'espoir, les représentants du président syrien Bachar al Assad et ceux de l'opposition se retrouvant face à face pour observer une minute de silence à la mémoire des 130.000 personnes mortes en près de trois ans de conflit.

"Le début de cette semaine est aussi laborieux qu'il l'était la première semaine. Nous ne progressons pas beaucoup", a dit le médiateur international Lakhdar Brahimi lors d'une conférence de presse au siège des Nations unies à Genève.

Le diplomate algérien a annoncé son intention d'informer dans les prochaines semaines le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, et le Conseil de sécurité. Il doit rencontrer des responsables américains et russes vendredi à Genève.

Pour le vice-ministre syrien des Affaires étrangères Fayçal Mekdad, la journée de mardi a été une journée "perdue". Le porte-parole de la délégation représentant l'opposition en exil a confirmé: "pas de progrès" à signaler.

Pour tenter de débloquer la situation tout en traitant les questions de fond, Lakhdar Brahimi avait proposé aux parties d'aborder le chapitre "fin des violences" mardi et la formation d'un organe gouvernemental de transition mercredi.

Mais ces deux questions constituent autant de pierres d'achoppement, comme lors de la première série de négociations fin janvier.

C'est toujours la question du rôle de Bachar al Assad dans un gouvernement de transition qui fait débat. L'opposition, représentée par la Coalition nationale syrienne (CNS), veut qu'il quitte le pouvoir mais les représentants du gouvernement ne veulent même pas aborder le sujet.

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères a mis en cause la délégation de la CNS, affirmant qu'elle ne voulait pas discuter de la question du "terrorisme" en Syrie, laquelle doit, dit-il, être traitée en premier. Il a redit que le gouvernement considérait pratiquement tous ceux qui combattent en Syrie contre lui comme des "terroristes".

"GAGNER DU TEMPS"

"Aujourd'hui a été une nouvelle journée perdue parce que les représentants de la Coalition ont maintenu qu'il n'y avait pas de terrorisme en Syrie", a déclaré Fayçal Mekdad.

Le porte-parole de la CNS, Louay Safi, a fait part de la défiance de l'opposition.

"Il est évident que le régime essaie de gagner du temps et croit toujours à une solution militaire", a-t-il déclaré.

Il a reconnu que le gouvernement et l'opposition étaient en désaccord sur les questions de la violence et de la transition politique. L'opposition considère la création d'un organe gouvernemental de transition comme vital pour la stabilité du pays.

"Le régime essaie sans cesse de se débarrasser de l'organe de transition gouvernemental", a ajouté Anas Abdah, un autre membre de la Coalition. "Aujourd'hui, il a littéralement refusé d'en discuter."

Dans un communiqué, la CNS qualifie de très tendue la séance de négociations de mardi.

Pour l'instant, la seule avancée concrète due à Genève II a été un accord pour autoriser l'entrée de l'aide humanitaire dans Homs, où les rebelles sont assiégés depuis plus d'un an, et l'évacuation d'un certain nombre de personnes.

Les Nations unies ont fait savoir mardi que les autorités syriennes retenaient 336 hommes faisant partie des quelque 1.150 évacués de Homs et que la plupart d'entre eux étaient interrogés sans assistance directe d'une tierce partie indépendante.

Le gouverneur de Homs, Talal al Barazi, a déclaré qu'une centaine d'hommes avaient été interrogés puis libérés. Il a ajouté que les opérations d'évacuation et d'acheminement de l'aide humanitaire avaient été suspendues mardi après-midi pour des raisons logistiques mais qu'elles reprendraient mercredi.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a jugé pour sa part "partisanes et détachées de la réalité" les idées contenues dans un projet de résolution de l'Onu censé permettre à la population syrienne d'avoir un meilleur accès à l'aide, et a demandé à l'Occident de s'abstenir d'accusations partisanes contre le régime de Damas.

Le ministre russe a estimé que le Conseil de sécurité de l'Onu ferait mieux de mettre au point une résolution condamnant les activités "terroristes" en Syrie.

Avec Stephanie Nehebay et Tom Miles; Emmanuel Jarry, Eric Faye, Bertrand Boucey et Danielle Rouquié pour le service français

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