Les policiers de Lyon suspectés de corruption déférés au parquet

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LYON (Reuters) - Les treize personnes, dont sept policiers, interpellées mardi dans l'agglomération lyonnaise dans le cadre d'une affaire de corruption qui défraye la chronique en France seront déférées jeudi au parquet pour d'éventuelles mises en examen.

Sept policiers, deux délégués du procureur, deux frères d'une famille de Vénissieux, près de Lyon, ainsi que deux de leurs connaissances ont été interpellés mardi après une longue enquête dans une affaire de corruption et de trafic d'influence.

"On leur reproche des demandes de service, des services accomplis, des avantages consentis en échange de services", a déclaré le procureur de la République Marc Cimamonti lors d'un point presse. "Ils risquent dix ans de prison."

Les policiers sont soupçonnés d'avoir fait sauter des condamnations, de s'être renseignés sur l'existence de procédures dont les deux frères ou des proches faisaient l'objet et d'avoir compromis ou détourné des procédures.

Le représentant du parquet a cité un épisode dans lequel l'un des frères faisait l'objet de recherches pour l'exécution d'une peine de deux ans d'emprisonnement.

Par deux fois, en novembre 2011 et fin décembre 2011, le condamné a réussi à échapper à sa peine grâce à la non diffusion de sa fiche de recherche.

"Il a fini par être interpellé en mars 2012, mais dans des conditions très violentes, il a tiré sur un policier qui venait l'interpeller et aurait pu le tuer", a dit Marc Cimamonti, qui relève aussi des mandats d'arrêt non exécutés.

Les "services rendus" par les policiers ou délégués du procureur aux délinquants consistaient également à informer l'un d'eux qui roulait sans permis de conduire des barrages de police et contrôles d'identité organisés dans son voisinage.

Les fonctionnaires de police recevaient en échange de ces services "des invitations à déjeuner, mais également des fournitures de biens divers, parmi lesquels des téléphones portables, des téléviseurs". Un fonctionnaire avait également bénéficié du prêt d'une Porsche pour le mariage de sa fille.

"PAS UNE OPÉRATION MAINS PROPRES"

Le frère ainé de cette fratrie de quatre dirige une entreprise de téléphonie et d'informatique dont certains produits auraient profité aux policiers mais il ne semble pas que les policiers aient bénéficié directement d'argent.

Aux domiciles et dans les voitures des délinquants, âgés d'une quarantaine d'années, 400.000 euros ont été retrouvés. Ils pourraient provenir notamment d'un trafic de produits au détriment de la marque Samsung représenté par le chef de famille.

Les corrupteurs présumés affichent pour la plupart des casiers judiciaires bien remplis. Sur l'un d'entre eux figurent quinze mentions pour trafic de stupéfiants, vols avec violence et violences aggravées.

Les personnes soupçonnées, entendues dans le cadre de la garde à vue depuis mardi, nient les faits reprochés.

"La montagne accouche d'une souris", a estimé Me David Metaxas, avocat d'un des délinquants interpellés. "C'est une affaire qui est montée en épingle dans le contexte très chaud de l'affaire Neyret."

Il faisait référence à Michel Neyret, l'ancien numéro 2 de la police judiciaire de Lyon, mis en examen pour trafic de drogue et corruption et qui a été révoqué par le gouvernement.

"Il s'agit de flics de quartier qui entretiennent des relations amicales avec des personnes du quartier. Faire sauter un PV ne peut pas être assimilé à de la corruption", a ajouté David Metaxas.

Albert Doutre, directeur départemental de la sécurité publique, a souligné qu'il ne s'agissait "pas d'une opération mais propres, ni d'un coup dur pour les policiers lyonnais".

Il y a "une volonté de donner suite à des faits répréhensibles", a-t-il ajouté.

Marc Cimamonti a précisé qu'il n'existait aucun lien entre cette affaire et celle de Michel Neyret.

Il a également indiqué que la mise en lumière d'une telle affaire "n'aurait été possible il y a quelques années".

"Aujourd'hui, il est hors de question de laver le linge sale en famille", a conclu le magistrat.

L'enquête a démarré en août 2011 sur la base d'un renseignement anonyme. Elle a été menée par l'IGPN et la direction départementale de la sécurité publique et s'est poursuivie sur plus d'un an par l'intermédiaire d'écoutes téléphoniques et de filatures.

Edité par Yves Clarisse

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