Les pixels ont-ils une âme ?

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Couverture de l'essai "Magie industrielle" de Patrice Blouin (Helium).
Couverture de l'essai "Magie industrielle" de Patrice Blouin (Helium).

Dans « Magie industrielle », un essai onirique et ludique publié par Hélium, le critique de cinéma Patrice Blouin dérive aux côtés de Iron Man, Terminator et Hulk.

Un petit livre vert d’eau. On y entre avec trois pages qui illustrent, façon folioscope, le retour de Hulk à sa forme humaine – dégonflée, émouvante, vulnérable –, à mesure qu’une jeune femme avance vers lui, descendant lentement les marches de l’escalier qui les sépare. Le mouvement de ce récit élastique, dense, qui aspire dans le tunnel étroit d’un flux de conscience la mythologie bigger than life des films de super-héros, prend son élan dans ces images pixelisées dont jaillit une émotion à vif.

Précipité de chimie numérique à l’état pur, ses vapeurs se diffusent dans un rêve éveillé aux contours ductiles, que l’on peut lire comme le monologue intérieur d’une créature numérique en liberté, monceau de pixels glissant à l’envie d’un état à l’autre – de l’animal à la machine, du liquide au gazeux, de la guerre à l’amour… A moins qu’il s’agisse, comme il est suggéré en quatrième de couverture, de la voix hallucinée d’un spectateur de blockbuster en état de transe.

Portée par un narrateur égotiste qui semble échappé d’un roman d’Olivier Cadiot, cette odyssée onirico-ludique pioche ses mots et ses images chez Ovide et dans Matrix, chez Bashung et dans Iron Man, chez Chevillard et dans Terminator, etc. En réagençant cette matière à sa guise, Patrice Blouin, critique de cinéma et professeur d’histoire des idées à la Villa Arson, à Nice, pose une des grandes questions du siècle : les pixels ont-ils une âme ?

Magie industrielle, de Patrice Blouin. Helium, 88 p., 12,90 €

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