Les pays du Golfe, eldorado de l?industrie de l?aluminium

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(Commodesk) « Nous voyons le centre de gravité (de l'aluminium) se déplacer vers le Golfe », affirmait ce mois-ci Mahmoud Daylami, le secrétaire général du Conseil de l'aluminium du Golfe (GAC). De fait, la production d'aluminium dans la région s'accroît continuellement, alors même que les plus grandes compagnies internationales réduisent leurs capacités. Selon le GAC, qui représente les industriels de l'aluminium des pays du Golfe, la production locale devrait atteindre 5 millions de tonnes en 2015 contre 3,6 millions de tonnes en 2011. Elle a déjà progressé de 60% entre 2009 et 2011...

La raison de cette migration est simple : l'abondance d'hydrocarbures qui permet une production d'électricité à bas coût. Un critère essentiel, puisque l'électricité représente en moyenne autour d'un tiers du coût de production de l'aluminium, en raison des quantités nécessaires dans le procédé d'électrolyse pour la transformation de l'alumine en aluminium métal. En outre, avec la faiblesse actuelle des coûts du fret, il devient moins important d'implanter les usines à proximité des zones de consommation.

Pour les compagnies productrices, le Golfe apparaît donc comme un eldorado. Quant aux Etats de la région, ils voient dans l'industrie aluminière un moyen de diversifier leur économie, les recettes d'exportations étant dominées de manière écrasante par les hydrocarbures. L'aluminium est un moyen de valoriser les matières premières énergétiques locales tout en diversifiant les débouchés.

Cinq compagnies, presque toutes d'Etat, se partagent actuellement les capacités de production d'aluminium des pays du Golfe : Alba (Aluminium Bahrain), Dubal (Dubaï Aluminium), Emal (Emirates Aluminium), Qatalum (Qatar Aluminium) et Sohar Aluminium. A l'heure où, dans les pays occidentaux, les multinationales ferment leurs usines les moins rentables et gèlent leurs projet d'expansion, la plupart de ces entreprises ont engagé de vastes projets de développement. Alba vient ainsi de recruter BNP Paribas pour la conseiller sur le financement de la construction d'une nouvelle ligne de production dans son usine, pour 1,7 milliard de dollars. Sohar envisage, selon la presse d'Oman, d'investir 4 milliards de dollars pour faire passer la capacité de son usine à 1 million de tonnes par an, contre 375.000 actuellement. Emal annonçait en juillet 2011 un projet d'expansion de 4,5 milliards de dollars pour augmenter ses capacités de production de 750.000 tonnes annuelles actuellement à 1,3 million de tonnes fin 2014.

Ces investissements faramineux contrastent évidemment avec les difficultés affichées par les principales compagnies productrices. Dans l'annonce de ses résultats trimestriels, Norsk Hydro, qui ferme une usine australienne, réaffirme son intention de réduire ses coûts. Rio Tinto Alcan, Rusal, Alcoa, ou encore Sapa ont annoncé cette année des fermetures d'usines, notamment en Europe, en soulignant la faiblesse des prix et de la demande d'aluminium couplée à une augmentation des coûts de production.

Logiquement, les entreprises occidentales cherchent donc elles aussi à profiter des conditions idéales des pays du Golfe en y déplaçant une partie de leurs actifs. Qatalum est ainsi une joint-venture détenue pour moitié par Norsk Hydro, tandis qu'Alcan possède 20% des parts de Sohar. Enfin, l'américaine Alcoa a formé en 2009 une joint-venture, Ma'aden, avec Saudi Arabian Mining pour développer la première usine géante d'aluminium d'Arabie Saoudite. Ce complexe de production entièrement intégré, allant de l'extraction minière (l'Arabie Saoudite a la particularité par rapport à ses voisins de posséder de la bauxite, encore inexploitée, dans son sous-sol) au recyclage, doit débuter sa production en 2013 et produire 740.000 tonnes d'aluminium par an à partir de 2014.

Assisterait-on à un déplacement de la géographie mondiale de l'industrie de l'aluminium ? Le phénomène n'est en réalité pas nouveau. En 1980, la production mondiale était concentrée à 72% sur l'Amérique du Nord, l'ancien bloc soviétique et l'Europe de l'Ouest. En 2009, ces trois zones n'en représentaient plus que 36%, principalement sous l'effet de la montée en puissance de la production chinoise. Mais si la Chine est devenue en quelques années un mastodonte de la production aluminière (plus de 40% de la production mondiale), son cas est un peu à part. Il s'agit pour le pays, de très loin le premier consommateur de métaux, d'assurer son autosuffisance ; à l'inverse, l'industrie de l'aluminium des pays du Golfe est essentiellement tournée vers l'exportation.

Les difficultés actuelles des compagnies en raison des prix semblent bien toutefois accélérer le mouvement de restructuration. Selon les données de l'Institut international de l'aluminium, entre le 1er semestre 2011 et le 1er semestre 2012, la production d'aluminium primaire en Europe de l'Ouest a reculé de 8,4%, à 1,83 million de tonnes de tonnes, tandis que dans le même temps, la production chinoise progressait de 11,3% à 9,52 millions de tonnes et celle des pays du Golfe de 8,4% à 1,82 million de tonnes.

En fermant des usines de production, les grandes compagnies espéraient, outre améliorer leur rentabilité en supprimant les sites qui fonctionnent à perte, faire remonter les cours de l'aluminium, actuellement sous les 1.900 dollars la tonne sur le LME. Mais le développement de la production dans d'autres zones rend cette stratégie inefficiente, avec une poursuite de l'augmentation des volumes mondiaux malgré la faiblesse de la demande. De quoi encore accélérer les déplacements vers les régions à bas coûts de production.

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