Les pays donateurs promettent plus de $10 mds aux Syriens

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    * L'Onu réclame 7,73 milliards de dollars pour 2016 
    * Nouvel exode vers la Turquie, selon Ankara 
    * La diplomatie mise à mal par l'intensification des combats 
 
 (Actualisé avec total des promesses de dons) 
    par Estelle Shirbon et William James 
    LONDRES, 4 février (Reuters) - La conférence des pays 
donateurs organisée jeudi à Londres pour venir en aide aux 
Syriens a permis d'enregistrer plus de dix milliards de dollars 
(8,9 milliards d'euros) de promesses de dons, a annoncé le 
Premier ministre britannique David Cameron.  
    Six milliards (5,4 milliards d'euros) ont été promis pour 
2016 et cinq autres à l'horizon 2020, a-t-il précisé. Jamais une 
telle somme n'avait été réunie en une seule journée et pour une 
seule cause, s'est quant à lui félicité Ban Ki-moon, secrétaire 
général de l'Onu.   
    Les Nations unies avaient lancé un appel de fonds de 7,73 
milliards de dollars (6,9 milliards d'euros) pour subvenir aux 
besoins les plus urgents de six millions de déplacés et de 
quatre millions de réfugiés pour la seule année en cours. Les 
pays de la région réclament en outre 1,2 milliard de dollars 
(1,1 milliard d'euros) supplémentaire. 
    Illustrant la gravité de la situation, le Premier ministre 
turc, dont le pays accueille déjà 2,5 millions de Syriens, a 
annoncé le début d'un nouvel exode dû à l'intensification des 
bombardements à Alep, la grande ville du Nord.  
    "Soixante à soixante-dix mille personnes des camps du nord 
d'Alep se dirigent vers la Turquie", a déclaré Ahmet Davutoglu, 
ajoutant que 300.000 habitants de la ville elle-même étaient 
prêts à les suivre.   
    Quel que soit le coût de cette décision, les portes de la 
Turquie leur resteront ouvertes, a-t-il promis par la suite, 
accusant l'armée syrienne et l'aviation russe de chercher à 
affamer la ville.  
    Selon une source militaire syrienne, Alep, cible d'une 
grande offensive lancée en début de semaine par les forces 
gouvernementales avec l'appui de l'aviation russe, pourrait être 
très vite encerclée. La ville est divisée depuis des années 
entre loyalistes et insurgés.   
    "A voir les difficultés et la détresse que trahissent les 
yeux de mon peuple, je peux vous dire que nous avons atteint nos 
limites", a quant à lui averti le roi Abdallah de Jordanie, dont 
le pays accueille également de très nombreux réfugiés syriens, 
tout comme le Liban.  
    La situation des réfugiés est certes catastrophique, mais 
celles des villes assiégées, où on meurt parfois de faim, est 
bien pire encore, ont souligné plusieurs intervenants, dont le 
secrétaire d'Etat américain.  
    "Le fait que des gens en soient réduits à manger de l'herbe 
et des feuilles, à tuer des animaux errants pour subvenir à 
leurs besoins quotidiens doit frapper la conscience de tous les 
peuples civilisés et nous rappeler que nous avons tous le devoir 
d'y remédier", a souligné John Kerry.  
     
    "COMBIEN Y A-T-IL DE SYRIENS DANS CETTE SALLE ?" 
    La Grande-Bretagne, la Norvège et l'Allemagne, pays 
organisateurs de la conférence, ont respectivement promis 1,76, 
1,17 et 2,57 milliards de dollars (1,57, 1,04 et 2,3 milliards 
d'euros) sur trois ans. La contribution des Etats-Unis 
s'élèvera, elle, à 890 millions de dollars pour l'exercice 
budgétaire en cours, a fait savoir Washington.  
    Enfin l'Union européenne, soucieuse d'enrayer l'afflux de 
réfugiés, débloquera dès cette année trois milliards d'euros 
(3,36 milliards de dollars), notamment pour aider les pays 
voisins de la Syrie qui les accueillent en premier lieu, a 
promis Donald Tusk, président du Conseil européen. 
    Sur le front diplomatique, l'émissaire de l'Onu Staffan de 
Mistura a annoncé mercredi la suspension des négociations de 
Genève, mise à mal par l'offensive gouvernementale en direction 
d'Alep et les bombardements russes.   
    John Kerry a dit avoir évoqué le sujet avec son homologue 
russe Sergueï Lavrov. "Nous avons convenus que nous étions 
engagés dans une discussion sur les moyens d'aboutir 
spécifiquement à un cessez-le-feu ainsi qu'à certaines mesures 
de confiance immédiates pour l'acheminement de l'aide 
humanitaire", a-t-il expliqué.  
    "Les jours qui viennent doivent être mis à profit pour 
revenir à la table des négociations, pas pour gagner du terrain 
sur le champ de bataille", a quant à lui souligné Ban Ki-moon, 
secrétaire général de l'Onu.  
    Une bonne part des fonds collectés à Londres permettra 
d'assurer la scolarité des enfants de réfugiés et de trouver des 
emplois à leurs parents, ce qui est une façon de reconnaître que 
le conflit ne sera pas réglé à court terme.  
    Plusieurs représentants de la société civile syrienne venus 
assister à la conférence se sont émus que les donateurs 
s'intéressent d'abord aux réfugiés pour des raisons intérieures 
et les ont invités à faire davantage pour les Syriens restés 
dans leur pays.  
    Rouba Mhaïssen, fondatrice de l'organisation SAWA, a en 
outre regretté d'être l'un des seuls intervenants syriens. "De 
grâce, parlez-nous ! Ne parlez pas seulement de nous. Ne le 
faites pas seulement en notre nom. Combien y a-t-il de Syriens 
dans cette salle ? Levez la main, s'il vous plait. Une, deux 
personnes... C'est formidable !", a-t-elle ironisé.        
 
 (Avec Andreas Rinke et Arshad Mohammed, Jean-Philippe Lefief 
pour le service français) 
 
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