Les Pays-Bas nationalisent le groupe financier SNS Reaal

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LE BANCASSUREUR NÉERLANDAIS SNS REAAL NATIONALISÉ POUR 3,7 MILLIARDS D'EUROS
LE BANCASSUREUR NÉERLANDAIS SNS REAAL NATIONALISÉ POUR 3,7 MILLIARDS D'EUROS

par Thomas Escritt et Anthony Deutsch

AMSTERDAM (Reuters) - Les Pays-Bas ont annoncé vendredi la nationalisation du groupe de banque et d'assurances SNS Reaal, incapable de trouver des capitaux privés, une opération de sauvetage en urgence dont le coût global pour l'Etat sera proche de 10 milliards d'euros.

Cette nationalisation aura pour conséquence d'alourdir le déficit budgétaire néerlandais 2013, déjà attendu au-dessus du seuil de 3% fixé par l'Union européenne, et devrait raviver dans l'opinion publique locale les critiques récurrentes sur les milliards d'euros apportés aux banques alors que les ménages continuent de subir l'austérité.

La Commission européenne a déjà pris contact avec le gouvernement pour obtenir des précisions sur le dossier, a déclaré un porte-parole de l'exécutif communautaire à Bruxelles. Le plan de sauvetage devra être soumis aux autorités européennes, qui veilleront à ce qu'elle ne se traduise pas par une distorsion de concurrence.

L'Etat néerlandais a déjà déboursé près de 40 milliards d'euros pour sauver son secteur financier en 2008, en apportant des capitaux frais à ING, Aegon et SNS Reaal tout en nationalisation ABN Amro.

SNS Reaal se classait l'an dernier au quatrième rang du classement des principales institutions financières des Pays-Bas avec environ 134 milliards d'actifs. Mais le groupe a été affaibli par les pertes de sa filiale immobilière et s'efforce en vain depuis des mois de vendre des actifs et de trouver de nouveaux financements.

Son sauvetage par l'Etat a dû être organisé dans l'urgence, le groupe n'étant pas parvenu à présenter un plan de sauvetage viable avant l'échéance fixée au 31 janvier, a dit lors d'une conférence de presse Jeroen Dijsselbloem, le ministre des Finances.

La faillite du groupe, a-t-il ajouté, "aurait eu des conséquences importantes, inacceptables et indésirables pour la stabilité financière, l'économie néerlandaise et le contribuable néerlandais".

0,6 POINT DE DÉFICIT EN PLUS

"J'ai étudié dans le détail toutes les solutions alternatives. Mais hier soir, je n'avais trouvé aucune solution acceptable. Nous devons donc nationaliser", a-t-il ajouté.

SNS Reaal recevra de l'Etat 2,2 milliards d'euros de capitaux, 1,1 milliard supplémentaire sous forme de prêts et cinq milliards de garanties. Les autres banques néerlandaises contribueront au plan de sauvetage en 2014 par le biais d'une contribution exceptionnelle d'un milliard d'euros.

"Je peux comprendre la réticence que beaucoup ressentiront parce que cela implique beaucoup d'argent public. Je veux donc que le secteur privé contribue autant que possible à payer le sauvetage de SNS Reaal", a dit Jeroen Dijsselbloem.

ING a de son côté précisé que cette contribution lui coûterait 300 à 350 millions d'euros. Le titre du groupe perdait 0,94% en début d'après-midi à la Bourse d'Amsterdam, alors que l'indice Stoxx 600 européen des banques cédait 0,36%.

Selon les calculs du gouvernement, les 3,7 milliards d'euros de capitaux frais apportés à SNS Reaal creuseront de 0,6 point de pourcentage le déficit budgétaire 2013, jusqu'ici prévu à 3,3% du produit intérieur brut (PIB). Jeroen Dijsselbloem s'est refusé à préciser si cela le conduirait à envisager de nouvelles mesures d'austérité.

SNS Reaal, qui avait reçu 750 millions d'euros d'aides publiques en 2008, a annoncé de son côté la démission de son directeur général, de son directeur financier et du président de son conseil de surveillance, expliquant qu'ils continuaient de chercher une solution financée par des capitaux privés.

Les médias néerlandais avaient rapporté jeudi qu'un consortium mené par le fonds d'investissement CVC Capital Partners discutait en vue d'une injection de 1,8 milliard d'euros dans SNS Reaal. Mais une source proche du dossier a rapporté que les pourparlers avec des investisseurs privés n'avaient pas abouti.

L'exposition de SNS Reaal au marché immobilier, en incluant les prêts immobiliers consentis à des PME, atteignait 9,8 milliards d'euros fin septembre, dont 2,3 milliards de créances douteuses.

Le groupe a inscrit dans ses comptes 1,3 milliard de pertes nettes sur son portefeuille de crédit immobilier depuis 2009.

Avec la contribution de Sara Webb, Marc Angrand pour le service français, édité par Nicolas Delame

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