Les partisans de Sadr envahissent la zone verte à Bagdad

le , mis à jour à 22:38
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    par Saif Hameed et Stephan Kalin 
    BAGDAD, 30 avril (Reuters) - Des centaines de partisans de 
l'imam Moktada al Sadr ont envahi samedi la "zone verte" de 
Bagdad, le quartier fortifié abritant les principaux lieux de 
pouvoir, puis ont installé des tentes non loin de là pour passer 
la nuit, afin de protester contre l'absence de vote sur un 
nouveau gouvernement en Irak. 
    Les sadristes, qui s'étaient rassemblés dans la journée aux 
abords du quartier qui concentre ambassades et édifices 
gouvernementaux, ont franchi un pont sur le Tigre en scandant: 
"Les lâches se sont enfuis!", allusion aux députés qui avaient 
quitté le parlement, lequel se trouve dans la "zone verte". 
    Cette invasion de la zone verte a tout d'abord pris un tour 
pacifique, mais à la tombée de la nuit, les forces de sécurité 
ont tiré en l'air et fait usage de gaz lacrymogène pour tenter 
de dissuader une partie des militants de rejoindre la zone 
sécurisée à partir d'un pont situé non loin de l'ambassade des 
Etats-Unis. 
    On dénombre une dizaine de blessés, a-t-on dit de source 
proche de la police. 
    Les agents de sécurité irakiens et les miliciens de Sadr ont 
constitué une force conjointe destinée à contrôler les 
mouvements des manifestants, dont la plupart se sont retirés du 
parlement après y avoir fait irruption. 
    A la nuit tombée, les manifestants ont érigé des tentes sur 
un terrain où ont lieu des défilés, sous des arcs de triomphe 
constitués par des sabres croisés tenus par des mains à l'image 
de celles de Saddam Hussein, le dirigeant irakien renversé lors 
de l'invasion anglo-américaine de 2003. 
    Une unité des forces spéciales de l'armée, appuyée par des 
véhicules blindés, a été dépêchée pour protéger les sites 
sensibles, ont déclaré deux responsables des services de 
sécurité. Toutefois, aucun couvre-feu n'a été décrété. 
    Les sadristes multiplient les initiatives depuis des 
semaines pour obtenir la constitution par le Premier ministre 
Haïdar al Abadi d'un nouveau cabinet de techniciens chargé de 
lutter contre la corruption. Ils étaient des dizaines de 
milliers mardi dans les rues de Bagdad pour exiger des 
parlementaires un vote en faveur d'un remaniement.   
         
    INTRUSION SANS PRÉCÉDENT 
    Un porte-parole des Nations unies et des diplomates 
occidentaux installés dans la zone verte ont déclaré que leurs 
enceintes avaient été barricadées. Un représentant de 
l'ambassade des Etats-Unis a démenti toute évacuation de la 
mission. 
    Une telle intrusion dans le quartier sécurisé depuis 
l'invasion américaine de 2003 est sans précédent, même si cette 
zone de 10 km² a déjà été visée, il y a plusieurs années, par 
des pluies d'obus de mortier.  
    Les checkpoints et les barrières de béton coupent depuis des 
années les ponts et les rues donnant accès au quartier, 
symbolisant l'écart entre les dirigeants et le peuple irakiens. 
    Sur des images vidéo diffusées samedi, on a pu voir des 
manifestants attaquant un 4x4 blindé blanc à coup de bâtons et 
de projectiles, ou d'autres frapper un homme en costume gris. 
    A l'intérieur du Parlement, plusieurs centaines de 
manifestants ont dansé, agité le drapeau national et scandé des 
slogans en faveur de Moktada al Sadr.   
    Auparavant, l'assemblée n'avait pas atteint le quorum requis 
pour voter sur le remaniement proposé par Haïdar al Abadi.  
    Les partis irakiens résistent aux efforts déployés par le 
Premier ministre pour remplacer certains ministres, choisis en 
fonction de critères partisans, ethniques ou religieux, par des 
technocrates.  
    Peu avant l'entrée de ses partisans dans la zone verte, 
Moktada al Sadr avait lancé un message en forme d'ultimatum: "Si 
les corrompus restent avec les quotas, ce sera tout le 
gouvernement qui chutera et personne ne sera épargné." 
    Dans un discours télévisé enregistré à Nadjaf, où il a 
annoncé qu'il se retirait de la vie publique pendant deux mois, 
l'imam chiite a ajouté "attendre le grand soulèvement populaire 
et la grande révolution pour stopper la marche des corrompus". 
 
 (Avec Ahmed Saad; Jean-Stéphane Brosse et Eric Faye pour le 
service français) 
 
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