Les partis pro-austérité se dirigent vers une coalition en Grèce

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Les partis pro-austérité se dirigent vers une coalition en Grèce
Les partis pro-austérité se dirigent vers une coalition en Grèce

par Dina Kyriakidou

ATHENES (Reuters) - Les partis politiques favorables à l'aide financière internationale s'attèlent ce lundi en Grèce à la tâche de former un gouvernement majoritaire au parlement au lendemain de leur victoire aux élections législatives.

Après le blocage institutionnel provoqué par le précédent scrutin du 6 mai, le succès des conservateurs de Nouvelle Démocratie sur la Coalition de la gauche radicale (Syriza), arrivée deuxième, écarte à court terme la perspective d'une sortie de la Grèce de la zone euro et rassure les dirigeants européens et les marchés financiers.

Antonis Samaras, chef de file de Nouvelle Démocratie, a réclamé la formation d'une large coalition pour poursuivre une politique d'austérité décriée par de nombreux Grecs, confrontés depuis cinq ans à une profonde récession, mais exigée par les bailleurs de fonds internationaux en échange du versement de leur aide financière.

"Il n'y a pas de temps à perdre", a lancé dimanche soir Antonis Samaras tandis que ses partisans en liesse agitaient des drapeaux bleus, la couleur de son parti. "Un gouvernement de salut national doit ramener la croissance économique et rassurer les Grecs sur le fait que le pire est passé."

Après dépouillement de 99% des bulletins de vote, les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) sortent vainqueurs des urnes avec 29,7% des voix, devant Syriza (27%). Autrefois dominateurs, les socialistes du Pasok sont de lointains troisièmes.

En raison de la prime de 50 élus accordée au vainqueur du scrutin, Nouvelle Démocratie et le Pasok devraient disposer d'une majorité de 162 élus à la Vouli, le parlement monocaméral de 300 sièges.

Lui aussi favorable à l'aide financière internationale, le Pasok souhaite une large coalition incluant Syriza mais juge plus important de former un gouvernement pour mettre un terme à l'incertitude politique.

Des responsables du Pasok ont déclaré à Reuters que la direction du parti se réunirait ce lundi pour décider de la forme à donner au soutien aux conservateurs, soit par une participation au gouvernement, soit par une simple alliance au parlement.

SOCIÉTÉ DIVISÉE

Syriza a reconnu sa défaite et promis de poursuivre dès lundi sa bataille contre l'austérité demandée par l'Union européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne, en échange d'une aide totalisant 240 milliards d'euros et d'un effacement de dette de 107 milliards.

Son chef de file, Alexis Tsipras, a annoncé que Syriza se rangeait résolument dans l'opposition avec la certitude de parvenir prochainement à la tête du pays.

"Très bientôt, la gauche sera au pouvoir", a dit cet ancien leader étudiant de 37 ans à des partisans euphoriques réunis dans le centre d'Athènes pour célébrer la confirmation de la percée de Syriza, auparavant reléguée aux marges de la vie politique grecque.

Le résultat du vote dresse le tableau d'une société profondément divisée, alors que les deux grands partis traditionnels, ND et Pasok, totalisent moins de 50% des voix, ce qui, pour certains, rend leur probable coalition fragile.

Lors du vote, certains électeurs ont exprimé leur malaise, partagés entre leur répulsion pour ND et le Pasok et leur crainte d'entraîner une sortie de la Grèce de la zone euro, en votant pour les opposants aux mesures d'austérité.

Depuis plus de deux ans, la population grecque subit des baisses drastiques de salaires et des pensions de retraite, des hausses d'impôts, des licenciements, des baisses des dépenses publiques, alors qu'une élite économique et politique largement perçue comme corrompue semble épargnée par cette cure d'austérité.

Le taux de chômage a bondi à plus de 22%, les entreprises mettent la clé sous la porte par dizaines et les sans-abri se multiplient dans les rues d'Athènes.

Nouvelle Démocratie et le Pasok ont exprimé l'intention de renégocier les termes de l'aide internationale afin d'alléger ce fardeau et de tenter de prendre des mesures de relance de l'activité.

Signe des tensions parcourant la société grecque, le parti d'extrême droite Aube dorée a confirmé son score du 6 mai et devrait obtenir 18 élus malgré les mises en garde des responsables politiques et des médias contre ses projets.

Avec Harry Papachristou, Renee Maltezou, Greg Roumeliotis et Lefteris Papadimas, Jean-Stéphane Brosse et Bertrand Boucey pour le service français

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