Les partis pro-austérité obtiendraient la majorité en Grèce

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Les partis pro-austérité obtiendraient la majorité en Grèce
Les partis pro-austérité obtiendraient la majorité en Grèce

par Renee Maltezou et Michael Stott

ATHENES (Reuters) - Les partis grecs - Nouvelle Démocratie et Pasok - favorables aux mesures d'austérité en échange d'une aide étrangère obtiendraient une majorité parlementaire à l'issue des élections législatives de dimanche, selon une projection officielle.

La Coalition de la gauche radicale Syriza, arrivée deuxième du scrutin selon les estimations du ministère de l'Intérieur, a reconnu sa défaite et promis de poursuivre dès lundi sa bataille contre l'austérité demandée par les bailleurs de fonds d'Athènes (Union européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne), en échange d'une aide totalisant 240 milliards d'euros et d'un effacement de dette de 107 milliards.

D'après une estimation du ministère de l'Intérieur, effectuée après dépouillement de 60% des bulletins de vote, les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) sortent vainqueurs des urnes avec 30,14% des voix, devant Syriza (26,46%) et le Pasok (12,57%).

En raison de la prime de 50 élus accordée au vainqueur du scrutin, Nouvelle Démocratie (130 sièges) et le Pasok (34) disposeraient ainsi d'une majorité de 164 élus à la Vouli, le parlement monocaméral de 300 sièges. Syriza aurait 70 députés.

"Je suis soulagé. Je suis soulagé pour la Grèce et pour l'Europe. Nous formerons un gouvernement dès que possible", a déclaré à Reuters le chef de file de Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, en quittant son QG sous les cris de joie de ses partisans.

Dans un discours prononcé peu après, Antonis Samaras a assuré que son pays respecterait ses engagements vis-à-vis de ses partenaires européens.

"Le peuple grec a voté aujourd'hui pour rester dans la course européenne et rester dans la zone euro", a-t-il dit, assailli par une foule de partisans dans le centre d'Athènes.

"Il n'y aura pas d'autres péripéties. La place de la Grèce dans l'Europe ne sera plus mise en doute, les sacrifices du peuple grec porteront leurs fruits."

SYRIZA VEUT POURSUIVRE LA LUTTE

Le dirigeant de Syriza, Antonis Tsipras, 37 ans, qui a surgi au devant de l'actualité après la percée de sa coalition aux élections du 6 mai, qui n'avaient pas produit de majorité stable, a téléphoné à Samaras pour concéder sa défaite.

Le résultat du vote, toutefois, dresse le tableau d'une société profondément divisée, alors que les deux grands partis traditionnels, ND et Pasok, totalisent moins de 50% des voix.

Antonis Samaras, qui a promis de former un gouvernement dès que possible, et le chef du Pasok Evangelos Venizelos ont tous deux appelé l'ensemble des partis à rejoindre un gouvernement de coalition.

Mais l'hypothèse a été d'emblée exclue par Syriza, qui estime que le Mémorandum d'austérité signé par Athènes avec ses créanciers a contribué à condamner le pays à cinq années consécutives de récession.

Alexis Tsipras, qui avait promis d'annuler les plans d'austérité en cas de victoire, a promis "dès lundi, de poursuivre le combat".

La projection du ministère de l'Intérieur correspond à quelques sièges près à un sondage sortie des urnes commun à cinq instituts qui crédite ND et Pasok d'une majorité de 159 sièges.

RÉFÉRENDUM SUR L'AUSTÉRITÉ

Ces législatives étaient considérées, au moins pour une partie de la population, comme un référendum sur les conditions imposées à Athènes par l'UE et le FMI et qui se sont traduites par un accroissement de la pression fiscale, une hausse du chômage et une réduction parfois drastique des salaires.

Alors que les autorités politiques et monétaires du monde entier se préparaient à se protéger d'une possible tempête sur les places financières, les banques centrales des principales puissances économiques mondiales se tenaient prêtes à stabiliser les marchés et à prévenir tout assèchement du crédit.

Sitôt connues les premières projections, l'euro a brièvement bondi sur les marchés des changes, atteignant son plus haut niveau en trois semaines contre le dollar, à environ 1,2730 dollar dans les premières transactions en Asie contre 1,2655 dollar vendredi à New York.

Dans un communiqué, l'Eurogroupe a dit espérer la formation rapide d'un gouvernement et s'attendre au retour de la troïka UE-FMI-BCE à Athènes dès la formation d'un nouveau cabinet.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, tout en excluant une renégociation des programmes d'austérité, a laissé entendre que la zone euro pourrait accorder quelques concessions à Athènes sur les délais de réalisation de ses objectifs de réduction du déficit budgétaire.

Aux termes des accords avec ses créanciers, la Grèce doit ramener son déficit budgétaire à 3% du produit intérieur brut en 2014 mais Antonis Samaras a réclamé deux ans supplémentaires.

Derrière Nouvelle Démocratie, Syriza et le Pasok, les Grecs indépendants, issus d'une scission de ND et hostiles au programme d'ajustement, obtiendraient 7,43% et 20 députés, selon la projection du ministère de l'Intérieur.

Aube Dorée, parti ultranationaliste, est crédité de la cinquième place avec 6,94% et 18 élus, soulignant les divisions d'une société frappée par la crise et un taux de chômage à près de 23%.

Les rues d'Athènes sont toutefois restées calmes pendant le vote, bien que deux inconnus aient lancé une grenade - qui n'a pas explosé - devant le bâtiment abritant la chaîne de télévision grecque Skai. Beaucoup d'Athéniens ont déserté la capitale pour voter dans leurs localités d'origine, en province.

Lors du vote, certains électeurs ont exprimé leur malaise, partagés entre leur répulsion pour ND et les socialistes du Pasok, qui soutiennent le plan de sauvetage, et leur crainte d'entraîner une sortie de la Grèce de la zone euro, en votant pour les opposants aux mesures d'austérité.

"J'aurais voulu ne pas avoir à voter, mais il le fallait", a déclaré Kelly Nerantzaki, une vendeuse de 50 ans qui a voté pour l'un des deux partis soutenant le plan de sauvetage.

"Malheureusement, la seule option réaliste est de voter pour ceux qui ont provoqué les problèmes du pays. Je ne crois pas que Syriza ou les petits partis aient une chance; les Européens ne les accepteront pas."

Avec la rédaction d'Athènes; Guy Kerivel, Julien Dury et Marine Pennetier et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Marc Angrand

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