Les opposants thaïlandais commencent à paralyser Bangkok

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DÉBUT DU BLOCAGE DE BANGKOK PAR L?OPPOSITION THAÏLANDAISE
DÉBUT DU BLOCAGE DE BANGKOK PAR L?OPPOSITION THAÏLANDAISE

par Amy Sawitta Lefevre

BANGKOK (Reuters) - Des dizaines de milliers de manifestants antigouvernementaux ont entrepris lundi d'occuper certains quartiers de Bangkok, bloquant les carrefours stratégiques dans l'espoir que cette paralysie de la capitale poussera le Premier ministre Yingluck Shinawatra à la démission.

La majeure partie des trains et des ferries fluviaux circulaient cependant comme d'habitude, et la plupart des magasins étaient ouverts.

"Ne me demandez pas combien de temps cette occupation durera", a déclaré le chef de l'opposition, Suthep Thaugsuban, dans un discours à ses partisans. "Nous continuerons jusqu'à la victoire", a-t-il ajouté.

Un analyste politique, Sukum Nuansakul, a estimé que ce mouvement "ne prendra pas fin facilement, et la participation, aujourd'hui, est impressionnante; aussi semble-t-il que cette situation de blocage soit partie pour durer".

"Suthep a déclaré qu'il ne négocierait pas avec le gouvernement, mais le gouvernement a dit aujourd'hui qu'il inviterait toutes les parties en présence à la table des négociations. L'objectif du mouvement de protestation - refondre le système politique du pays - ne sera pas atteint du jour au lendemain. Cela pourrait n'être que le commencement", a-t-il ajouté.

Dans le parc Lumpini, au coeur de la capitale, les manifestants ont dressé des centaines de nouvelles tentes, anticipant ce qui risque d'être un long face à face avec les autorités.

Le gouvernement a déployé 10.000 policiers et quelque 8.000 soldats pour protéger les bâtiments gouvernementaux, mais n'a donné pour le moment aucune indication de vouloir empêcher les manifestants d'établir leurs barrages.

DES FUSILLADES DANS LA NUIT

De leur côté, les partisans de Thaksin Shinawatra, reconnaissables à leurs chemises rouges, ont commencé dès dimanche à se rassembler dans plusieurs régions du pays, mais ont évité Bangkok.

Après un bras de fer de plusieurs semaines qui ne leur a pas permis de vaincre la résistance de Yingluck Shinawatra, laquelle ne s'est engagée qu'à organiser des élections anticipées, les opposants ont promis de paralyser Bangkok, une ville de 12 millions d'habitants déjà sujette aux embouteillages.

Cette action est le dernier épisode d'un conflit qui dure en réalité depuis huit ans et qui oppose la classe moyenne et les notables royalistes de Bangkok aux partisans, souvent pauvres et vivant en zone rurale, du Premier ministre et de son frère exilé à l'étranger, l'ancien chef de gouvernement Thaksin Shinawatra.

Thaksin Shinawatra a dû quitter le pouvoir après un coup d'Etat militaire en 2006. Il a été condamné à une peine de prison par contumace pour abus de pouvoir en 2008, mais, de son domicile à Dubaï, il continue à influencer la politique de son pays, notamment via sa soeur.

Ces dernières semaines, les violences entre manifestants, la police et les partisans du pouvoir en place ont fait huit morts, dont deux policiers, et d'innombrables blessés.

Des fusillades ont encore éclaté dans la nuit de dimanche à lundi près d'un bâtiment administratif dont les manifestants s'apprêtaient à bloquer l'accès, ainsi qu'à côté du siège du Parti démocrate, la principale formation de l'opposition.

Pour désamorcer la crise, Yingluck Shinawatra a appelé à des élections anticipées pour le 2 février, que son parti Puea Thai a toutes les chances de remporter. Suthep Thaugsuban a rejeté cette initiative et la Commission électorale a suggéré que le scrutin soit repoussé au 4 mai.

Danielle Rouquié, Tangi Salaün et Eric Faye pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse

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