Les opérateurs dénoncent les restrictions sur les paris sportifs

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par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - Des opérateurs de paris en ligne se sont élevés vendredi contre l'interdiction des mises sur les matches sans enjeu de Top 14 et de Pro D2, susceptible selon eux d'alimenter la suspicion sur les compétitions sportives françaises et de nourrir l'offre illégale.

L'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) a annoncé sa décision jeudi, expliquant être "en attente des propositions sollicitées auprès des quatre autres sports concernés", à savoir le football, le handball, le basket et le volley-ball.

Après consultation de la Fédération et de la Ligue nationale de rugby, l'Arjel a interdit les paris sur les rencontres impliquant au moins un club dont la situation "ne peut plus évoluer", invoquant le souci de préserver l'éthique sportive.

Pour les opérateurs, l'argument tombe dès lors que ces matches resteront ouverts aux paris à l'étranger, donc via une offre illégale et non contrôlée de France.

"La façon dont c'est traité pose un problème, parce que ça jette une suspicion assez forte de principe sur les sportifs et l'équipe concernée", a dit à Reuters Benoît Cornu, directeur de la communication du PMU, numéro deux des paris sportifs en France derrière Betclic.

"Deuxièmement, et beaucoup plus préoccupant pour nous, on ne pourra plus 'monitorer' ces matches, ils seront traités par des opérateurs de paris à l'étranger, donc on devient complètement aveugle et l'Arjel avec nous", a-t-il souligné.

Le président de l'Arjel, Jean-François Vilotte, répond que des restrictions existent déjà sur certaines formes de paris et que les interdictions gardent donc du sens.

"La première arme de lutte contre les opérateurs illégaux est d'avoir une offre légale. Mais une offre légale pas plus vertueuse qu'une offre illégale n'aurait aucun intérêt", oppose-t-il.

"Il y a en France des éléments de jeu interdits de paris parce que soumis à beaucoup de manipulations à l'étranger."

"EST-CE QUE LE JEU EN VAUT LA CHANDELLE ?"

Pour le régulateur, la décision de l'Arjel répond à un constat : "Toutes les alertes que nous avons eues et notamment les alertes où nous avons eu des signalements pénaux ont porté sur des matches sans enjeu de championnats professionnels."

"Alors, l'intérêt des paris peut l'emporter. Si on autorisait tout et n'importe quoi (...) est-ce que le jeu en vaudrait la chandelle ? Il y a un effet sur l'image d'un club, d'un sport, est-ce que ce risque-là vaut d'être couru ?"

Ces propos et la décision prise pour le rugby renvoient aux soupçons qui entourent le match de handball entre Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine) et Montpellier en mai dernier, sur lequel une enquête est en cours et qui a plongé ce sport et ses icônes, Nikola Karabatic en tête, dans la tourmente.

Or, si une enquête est menée, soulignent les opérateurs, c'est précisément parce que la Française des Jeux - concernée dans cette affaire liée à des paris en dur, c'est-à-dire pris chez un buraliste -, a pu alerter les autorités.

"Ce qu'a montré Montpellier, c'est que le système marche, qu'il est régulé, contrôlé", juge Antonio Costanzo, directeur de la régulation et de l'intégrité sportive chez Bwin party, numéro trois du secteur en ligne.

Il ne réfute pas non plus les conséquences potentielles pour le marché des jeux en ligne, qui a explosé depuis son ouverture en France à la veille de la Coupe du monde 2010 de football.

"Il y aura certainement un manque à gagner", concède-t-il.

L'impact immédiat sera limité, parce que les matches sans enjeu ont lieu en fin de saison et que le rugby est marginal - en 2011-12, Top 14 et ProD2 réunis comptaient pour 3% du volume des mises en ligne, et 5% à 6% chez PMU.

"Le problème de ce point de vue-là, ce n'est pas seulement sur un opérateur ou un autre mais l'impact négatif sur le marché en France. Les joueurs qui veulent cette offre vont aller la chercher ailleurs", souligne Antonio Costanzo.

Si une même décision est prise sur le football, qui compte pour la moitié du marché, l'effet pourrait être bien plus lourd.

"Tout ça ressemble plus à une forme de pression sur les décisions à venir", relève Jean-François Vilotte.

Edité par Gilles Trequesser

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