Les négociations sur le nucléaire iranien dans une phase cruciale

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LAUSANNE, Suisse, 16 mars (Reuters) - Les discussions sur le nucléaire iranien sont entrées lundi dans une phase cruciale à deux semaines de la date butoir que se sont fixé les négociateurs de Téhéran et du P5+1 pour parvenir à un accord-cadre. Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, qui se sont vus à plusieurs reprises ces dernières semaines, se sont retrouvés dans la matinée à Lausanne, en Suisse. Ernest Moniz, secrétaire à l'Energie de l'administration américaine, et Ali Akbar Salehi, qui dirige l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, les accompagnent. Tous deux se sont déjà vus dimanche pour négocier les détails techniques d'une limitation du programme nucléaire iranien. L'Iran et les puissances du P5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) veulent s'entendre d'ici la fin du mois sur un accord-cadre avec l'objectif de boucler d'ici la fin juin des négociations lancées en 2003. En échange d'une levée des sanctions, l'Iran, qui affirme que son programme n'a que des usages civils, accepterait de limiter ses capacités d'enrichissement d'uranium, étape indispensable à la fabrication de la bombe atomique, et serait l'objet d'un mécanisme de vérification de ses engagements. "Nous entrons dans une période cruciale, deux semaines cruciales durant lesquelles les négociations devront trouver le terrain commun pour un bon accord", a déclaré à Bruxelles la Haute Représentante de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, Federica Mogherini. La diplomate italienne doit s'entretenir dans la journée avec Zarif puis présider des discussions auxquelles participeront également les ministres des Affaires étrangères des trois pays européens impliqués dans le processus, la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne. "Nous sommes plus proches que nous l'étions avant, mais nous avons encore un long chemin à parcourir", a déclaré le chef de la diplomatie britannique, Philip Hammond, à son arrivée à Bruxelles. PROLIFÉRATION La perspective d'un accord, treize ans après les premières révélations sur l'existence de sites nucléaires en Iran, a accentué les critiques de ses adversaires, notamment en Israël où le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui joue une partie de son avenir politique aux élections législatives de mardi, parle d'une menace contre l'existence même de l'Etat hébreu et d'un "potentiel cauchemar nucléaire". (voir ID:nL5N0W547G ) Aux Etats-Unis, les républicains, majoritaires au Congrès, sont vent debout contre l'administration Obama. "Apparemment, l'administration est sur le point de passer un très mauvais accord avec l'un des pires régimes au monde qui pourra ainsi continuer à posséder une infrastructure nucléaire", a déclaré dimanche sur CNN le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell. (voir ID:nL6N0WH0P8 ) La semaine dernière, 47 des 54 sénateurs républicains ont pris l'initiative sans précédent d'adresser une lettre ouverte à l'Iran avertissant que tout accord nucléaire conclu par Barack Obama pourrait être annulé quand ce dernier aura quitté la Maison blanche en janvier 2017. (voir ID:nL5N0WC4W6 ) L'Arabie saoudite, rival régional de l'Iran qui redoute que l'issue de la négociation ne donne à la république islamique un avantage majeur et que l'allègement progressif des sanctions qui lui ont été imposées depuis 2006 augmente ses capacités d'influence dans la région, a prévenu indirectement qu'un accord relancerait la prolifération nucléaire. "J'ai toujours dit que quelle que soit l'issue de ces pourparlers, nous réclamerions la même chose", explique lundi à la BBC le prince saoudien Turki al Fayçal, ancien chef des services de renseignement du royaume wahhabite. Le prince Turki, qui fut aussi ambassadeur de son pays à Washington et à Londres, n'occupe plus de fonction officielle dans la hiérarchie du pouvoir saoudien mais est considéré comme reflétant les analyses de la famille régnante. "Si l'Iran obtient la capacité d'enrichir de l'uranium, et quel que soit le degré d'enrichissement, l'Arabie saoudite ne sera pas la seule à demander la même chose", poursuit-il. "Le monde entier sera une porte ouverte sur cette voie qu'on pourra suivre sans inhibition, et c'est là ma principale objection au processus du P5+1." (Lesley Wroughton avec Robin Emmott à Bruxelles et Angus McDowall à Ryad; Henri-Pierre André pour le service français)

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