Les négociations de paix en Libye fragilisées par la guerre du pétrole

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* Une nouvelle session de discussions doit avoir lieu mercredi * Le parlement officiel libyen demande un report d'une semaine * Les sites pétroliers de plus en plus attaqués * Paris et Rome souhaiteraient une intervention de l'UE-Le Figaro par Ulf Laessing et Ayman al Warfalli LE CAIRE/BENGHAZI, Libye, 10 mars (Reuters) - Les discussions de paix en Libye qui doivent théoriquement reprendre mercredi sous l'égide des Nations unies dans le but de trouver un compromis entre les deux gouvernements rivaux s'annoncent difficiles avec le nouveau "front pétrolier" venu aggraver le chaos qui règne dans le pays de plus en plus morcelé. Dans ce contexte et pour aider le retour à la paix, l'Union européenne songerait à une nouvelle opération "sécuritaire" en territoire libyen ou près de ses côtes, affirme Le Figaro daté de mardi. La France et l'Italie sont à l'origine de cette initiative, quatre ans après l'opération franco-britannique contre le régime de Mouammar Kadhafi, précise le quotidien. Le Quai d'Orsay n'a pas confirmé l'opération militaire. "À l'occasion de la réunion informelle des ministres européens des affaires étrangères qui s'est tenue les 6 et 7 mars à Riga, M. Laurent Fabius et ses homologues ont discuté de l'aide que, pour soutenir un accord politique, l'Union européenne pourrait apporter à la Libye", a déclaré mardi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères lors de son point de presse quotidien. La Libye, a-t-il ajouté, sera à l'ordre du jour de la réunion des ministres français et italiens des affaires étrangères et de la défense qui se tiendra le 21 mars prochain. Le Parlement libyen reconnu par la communauté internationale, qui siège dans l'est du pays, a demandé un report d'au moins une semaine des discussions prévues mercredi d'au moins une semaine, a indiqué un porte-parole, disant avoir besoin de temps pour réfléchir à ce que serait un gouvernement de compromis. L'attaque, la semaine dernière, du gisement pétrolier d'Al Ghani situé dans le centre de la Libye, a marqué un tournant dans le conflit libyen. A Al Ghani, il ne s'agissait pas de présenter des revendications politiques ou financières comme le font d'habitude les groupes armés, mais plutôt de faire une démonstration de force, estiment les observateurs. "Ils sont venus pour brûler les sites et enlever ou tuer les employés et les gardes", affirme Ali al Hassi, porte-parole d'une des forces de sécurité pétrolière. "Ensuite, ils sont partis." "RIEN N'ARRÊTERA l'ETAT ISLAMIQUE" Dix étrangers qui travaillaient sur le site sont toujours portés disparus. Les djihadistes ont attaqué plusieurs gisements pétroliers autour d'Al Ghani, forçant le gouvernement à déclarer l'état de "force majeure" et à cesser la production dans onze champs du bassin central de Syrte. L'attaque n'a pas été revendiquée mais les autorités ont montré du doigt l'Etat islamique que "rien n'arrêtera" pour s'implanter en Libye, a déclaré la semaine dernière, l'émissaire spécial des Nations unies pour la Libye, Bernardino Leon. Les analystes se montrent très pessimistes quant à une avancée vers la paix. Ils estiment que le pays est au contraire en train de se morceler, les petits groupes armés apparaissant sur le devant de la scène, comme dans l'attaque d'Al Ghani. "Il y a trop d'intervenants et les combattants ne répondent pas nécessairement à leurs directions respectives", commente Richard Cochrane, analyste pour la société de conseil IHS Country Risk, qui participait à un forum Reuters sur le pétrole. De fait, les deux gouvernements libyens représentent des alliances d'ex-groupes rebelles qui ont contribué au renversement de Mouammar Kadhafi en 2011 mais qui se combattent désormais. Ainsi, Aube libyenne tire ses soutiens des villes de l'ouest du pays comme Misrata. Elle est soutenue par les islamistes, la minorité Amazigh et les milieux d'affaires. Le groupe a pris la capitale Tripoli en août dernier, remis en place l'assemblée législative précédente et instauré un gouvernement non reconnu par la communauté internationale. Dans l'est, où s'est réfugié le gouvernement du premier ministre Abdallah al Thinni, plusieurs tribus et des figures militaires comme le général Khalifa Haftar dominent le paysage. Les combats entre ces deux camps ont créé un vide exploité par les combattants pro-Etat islamique qui sont soutenus par les des djihadistes libyens revenus dans les villes de Derna et de Syrte après avoir combattu en Syrie. Écueil majeur pour la paix, ni les Nations unies, ni les puissances occidentales qui soutiennent les discussions n'ont de présence en Libye après l'évacuation des ambassades cet été pour des raisons de sécurité. (Danielle Rouquié pour le service français)

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