Les musulmans de France craignent un amalgame après les attaques

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* Les musulmans s'estiment "salis" * "Il y a un coût très cher à payer" * Rassemblement près du Bataclan par Ingrid Melander PARIS, 15 novembre (Reuters) - Les musulmans rencontrés dimanche à Paris redoutent les conséquences des attaques coordonnées de vendredi soir dans le centre de la capitale et à Saint-Denis, revendiqués par l'organisation Etat islamique (EI). Selon ceux qui ont été interrogés par Reuters, les attentats qui ont fait 129 morts selon le dernier bilan ne sont pas le fait de musulmans mais de "terroristes", sans lien avec l'islam. "C'est une effroyable imposture", juge Sofiane, rencontré à la sortie de la grande mosquée de Paris. "Ils se considèrent comme musulmans, alors que ce qu'ils viennent de faire c'est anti-islam, anti-religieux, anti-musulman". "Cette histoire salit l'islam et salit les musulmans. On est tous à 99,9% anti-terrorisme. On est bien en France", dit-il également. Dans les jours suivant les attaques contre Charlie Hebdo et un commerce de produits casher à Paris, en janvier, elles aussi revendiqués par des groupes djihadistes, plusieurs mosquées avaient été prises pour cible par des tirs. "C'est certain qu'il y aura des amalgames, on peut le comprendre: le citoyen pas bien informé peut très bien faire des amalgames", déplore Malika. "Malheureusement, il y a un coût très cher à payer après des événements comme ça pour des personnes qui n'ont rien à voir avec ça (...)", ajoute cette jeune femme, qui aimerait que le port du voile soit mieux toléré mais ne l'arbore pas elle-même. "UN MUSULMAN OU UN BOUDDHISTE" Vendredi soir, Nabil travaillait comme agent d'accueil au Stade de France, visé par trois kamikazes. "J'étais à 100 mètres de la première explosion et la bombe n'aurait pas fait de différence entre un musulman ou un bouddhiste par exemple", d'après cet étudiant en sciences sociales. Lui en veut aux dirigeants politiques, coupables à ses yeux d'évoquer des islamistes, et non des "terroristes", et ne pas agir avez suffisamment de fermeté contre l'islamophobie. "Les politiques ont un travail à faire envers cette communauté (...). L'islamophobie existe et doit être traitée." Dimanche, un rassemblement près de la salle de spectacle du Bataclan, où les attaques ont été les plus meurtrières, a réuni des représentants de différentes religions, notamment des musulmans et des juifs. "C'est interdit (de tuer) dans toutes les religions", a dit l'écrivain de confession juive Marek Halter, à côté de l'imam Hassen Chalghoumi. "On voulait montrer qu'il y a des imams, il y a des rabbins (...), il y a des laïcs, (...) il y a des catholiques, des protestants pour dire non". Devant le Bataclan, mais aussi sur le lieu des attaques et sur la place de République, des centaines de personnes se sont à nouveau retrouvées dimanche dans une ambiance de recueillement. Le trottoir devant le bar le Carillon (dixième arrondissement), sur lequel des anonymes avaient commencé samedi matin à jeter quelques fleurs et allumé des bougies, était couvert dimanche de ces témoignages de compassion. (Avec Morade Azzouz, édité par Simon Carraud)

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