Les mots pour le rire

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Pendant les répétitions de l'opéra contemporain Le verre dans la tête devient du verre , à Anvers, en 1990.
Pendant les répétitions de l'opéra contemporain Le verre dans la tête devient du verre , à Anvers, en 1990.

Pourquoi s’esclaffe-t-on ? Alain Vaillant propose une réponse sous forme de théorie générale. Ambitieux.

« Il faut être un mauvais comédien pour être un grand comique »… Surprenante proposition de la part d’un ardent défenseur du rire comme Alain Vaillant – du rire, et non simplement du comique, de la satire ou de l’ironie qu’affectionnent les théoriciens. Car le rire les réunit tous, et mérite de ce fait plus que l’intérêt quelque peu condescendant qu’on lui porte d’ordinaire.

De Fernandel à Dany Boon, les acteurs comiques ont beau remplir les salles obscures, aucun prestige ne leur est accordé (en France, du moins). Faut-il en conclure que l’art comique est par essence inférieur ? Bien au contraire. Aucun acteur « sérieux », souligne Alain Vaillant, « ne suscite autant d’affection sincère et profonde que les grands comiques, parce que le public a le sentiment, beaucoup plus fort qu’avec les autres stars de cinéma, d’une authentique connivence ». Or, une telle connivence a pour condition que l’acteur ne s’efface pas entièrement derrière son rôle, si bien que les spectateurs ont plaisir à le retrouver de film en film – qu’on pense à Louis de Funès.

Une tradition solidement ancrée depuis Aristote suppose que nous rions de choses laides ou grotesques. Mais loin de se réduire à un sentiment de mépris, le rire réunit plus qu’il n’oppose. Une moquerie peut bien fouetter l’orgueil, la secousse physique qui se communique de proche en proche se convertit en empathie et rapproche les individus.

Le rire prend la forme d’une agression simulée et aussitôt désamorcée, autorisant un ét...

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