Les militants de Hong Kong redoutent une campagne d'intimidation

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par James Pomfret HONG KONG, 12 décembre (Reuters) - Après avoir évacué leur dernier campement dans le centre de Hong Kong, les militants d'"Occupy Central" redoutent de voir la Chine multiplier les pressions sur la justice, les médias et les universités du territoire pour empêcher toute résurgence du mouvement de contestation. Les autorités de Pékin, disent ces activistes, n'emploieront pas la manière forte, qui représenterait un risque pour la stabilité et la prospérité de l'ancienne colonie britannique. Mais Alex Chow, l'un des leaders étudiants d'Occupy, redoute que les "méthodes chinoises" s'appliquent à Hong Kong, expression qu'il emploie pour qualifier les pressions, l'intimidation et la coercition exercées contre les adversaires du gouvernement. Hong Kong a été rétrocédé à la Chine en 1997 sous le régime "un pays, deux systèmes" qui donne au territoire plus d'autonomie et de liberté qu'au reste de la Chine communiste. "Combien de temps pourra-t-on maintenir l'indépendance judiciaire à Hong Kong?" s'interroge cependant Alex Chow. "On a déjà vu des juges prendre des décisions très discutables. Pékin pourrait faire pression sur Hong Kong pour durcir les poursuites contre (les chefs de la contestation) afin de les faire taire." Le bureau des affaires de Hong Kong et Macao, qui gère ces deux régions administratives spéciales, a déclaré vendredi que "les actions illégales d'Occupy Central n'(avaie)nt pas bénéficié d'un soutien populaire". "Nous espérons que toutes les parties de la société hongkongaise prendront cela comme une leçon, réfléchiront à tête reposée et comprendront correctement la politique d'un pays deux systèmes", a-t-il ajouté. PRÉSENCE RENFORCÉE Pendant les 75 jours du mouvement de contestation, le plus grand défi lancé au régime communiste par des militants démocrates depuis les manifestations du printemps de Tiananmen en 1989, les agences de renseignement chinoises ont renforcé leur présence à Hong Kong, indiquent deux sources en contact avec le ministère chinois de la Sécurité d'Etat. Le département du Front uni du travail, un organisme du Parti communiste chargé de diffuser les objectifs du PCC à travers des actions politiques ou syndicales, devrait également intensifier ses efforts en direction du territoire. Vendredi, le tabloïd Apple Daily a annoncé la démission du magnat hongkongais de la presse, Jimmy Lai, très critique envers le gouvernement central de Pékin, de son poste de rédacteur en chef du journal après avoir été arrêté pour avoir refusé de quitter un site de la contestation. Un proche a déclaré que cette démission n'était pas liée au mouvement et que Lai conservait le contrôle du quotidien. Mais le rôle de Jimmy Lai comme principal mécène du mouvement pro-démocratie depuis la rétrocession de 1997 fait l'objet d'un examen minutieux des autorités. Mark Simon, l'un des directeurs du groupe Next Media de Jimmy Lai, déclare que son patron figure à l'évidence parmi les cibles de Pékin mais que la Chine pourrait aussi viser les militants étudiants. "S'ils commencent à les persécuter, ce sera la fin de tout ce qui fait la spécificité de Hong Kong. Ils cherchent des boucs émissaires parce qu'ils ont très mal géré ces événements", a-t-il dit. Des pressions pourraient aussi être exercées sur les universitaires et les membres du Conseil législatif qui ont soutenu le mouvement. "Il y aura beaucoup d'intimidation sur les lieux de travail, dans les écoles, les universités, au conseil législatif", dit Kenneth Chan Ka-lok, enseignant et député. Mais rien ne se fera ouvertement, pour des raisons économiques. Après un premier mouvement de protestation à Hong Kong en 2003, Pékin avait multiplié les attentions à l'égard du territoire, en autorisant des millions de Chinois à venir chaque année y faire leurs courses et en injectant des milliards de dollars via des introductions en Bourse et des investissements. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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