Les miliciens houthis à vingt kilomètres d'Aden au Yémen

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LES MILICIENS CHIITES HOUTHIS NE SONT PLUS QU'À 20 KM D'ADEN AU YÉMEN
LES MILICIENS CHIITES HOUTHIS NE SONT PLUS QU'À 20 KM D'ADEN AU YÉMEN

par Mohammed Mukhashef

ADEN (Reuters) - Les miliciens houthis soutenus par des unités de l'armée yéménite ont pris le contrôle mercredi d'une importante base aérienne au nord d'Aden et ne se trouvent plus qu'à une vingtaine de kilomètres du grand port du Sud où s'est réfugié le mois dernier le président Abd Rabbou Mansour Hadi.

Ils ont atteint dans l'après-midi le village de Dar Saad, à une demi-heure de voiture du centre d'Aden, ont rapporté des habitants.

Un raid aérien a visé mercredi le quartier de la ville où s'est installé le chef de l'Etat et la défense antiaérienne est entrée en action.

Mohammed Meram, directeur du cabinet du président, a affirmé que les bombes et les missiles étaient tombés dans la mer. "Le président va bien et dirige la résistance populaire afin d'empêcher l'entrée des milices dans Aden", a-t-il dit.

Dans la caserne de Djebel al Hadid, au centre-ville, les soldats ont dû tirer en l'air afin d'empêcher des habitants de piller l'armurerie pour se défendre contre l'avancée des chiites, ont dit des témoins.

Après la prise de la base aérienne d'Al Anad, à 60 kilomètres d'Aden, les miliciens chiites soutenus par l'Iran ont poursuivi leur progression. Ils sont appuyés par des unités de l'armée yéménite restées fidèles à l'ancien président Ali Abdallah Saleh.

ADEN ATTEND L'ASSAUT

L'aéroport d'Aden a été fermé et tous les vols ont été annulés. Les fonctionnaires ont reçu la consigne de rentrer chez eux et certains habitants ont commencé à s'armer, a indiqué un témoin. Les parents sont allés chercher leurs enfants à l'école et la ville s'attend à un prochain assaut.

Des miliciens pro-Hadi et des combattants de tribus alliées sont déployés en force dans les rues.

Dans les faubourgs de la ville de Houta, chef-lieu de la province de Lahedj, au nord d'Aden, les combats entre partisans et adversaires du président ont fait plusieurs morts. Des corps gisent dans les rues, ont rapporté des habitants.

Les forces anti-Hadi ont largement dépassé le centre-ville de Houta et gagné les faubourgs sud afin de poursuivre leur progression vers Aden.

Les pétromonarchies sunnites du Golfe ont dénoncé le "coup d'Etat" des miliciens chiites, qui occupent Sanaa depuis septembre dernier et ont étendu leur contrôle sur la plus grande partie du pays. Elles ont évoqué ces derniers jours une possible intervention militaire pour venir en aide au président Hadi.

L'Arabie saoudite est en train de regrouper du matériel militaire lourd, notamment de l'artillerie, près de sa frontière avec le Yémen, ont annoncé des responsables américains.

Ryad a affirmé que ces dispositions étaient purement défensives. "Nous ne faisons que protéger nos frontières", a dit un responsable.

RISQUE DE CONTAGION

Le secrétaire général adjoint de la Ligue arabe, Ahmed Ben Hilli, a annoncé au Caire que l'organisation discuterait jeudi, au niveau ministériel, d'une intervention militaire pour stopper les Houthis, comme l'a réclamé le ministre yéménite des Affaires étrangères.

Des officiers de l'armée yéménite demeurés fidèles à Ali Abdallah Saleh et regroupés au sein d'un "Haut Conseil pour la préservation des forces armées et de la sécurité" ont fait part mercredi de leur "refus total" d'une intervention étrangère pour mettre fin au conflit.

L'ex-président Saleh, qui a dû quitter le pouvoir début 2012 à la suite des manifestations du "printemps arabe", a été autorisé à rester au Yémen où son influence est encore forte.

L'Arabie saoudite, qui partage 1.800 kilomètres de frontière avec le Yémen, n'est pas à l'abri d'un débordement du conflit, notamment dans sa province orientale d'Ach-Charkiya, dont la population est en partie chiite et où se trouvent les plus riches gisements pétroliers du royaume.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Saoud al Fayçal a déclaré lundi que les pays arabes prendraient les mesures nécessaires pour protéger la région contre l'"agression" houthie si une solution pacifique ne pouvait être trouvée.

En mars 2011, l'armée saoudienne et celle des Emirats arabes unis étaient intervenues dans le royaume voisin de Bahreïn qui étaient en proie depuis plusieurs semaines à des manifestations de la majorité chiite. Ryad craignait que la situation ne permette à l'Iran d'étendre son influence dans la région.

Mardi, le président Hadi a écrit au Conseil de sécurité de l'Onu pour lui demander de donner son feu vert à une intervention militaire internationale contre les miliciens chiites.

(Avec Sami Aboudi, Mohammed Ghobari et Noah Browning; Pierre Sérisier et Guy Kerivel pour le service français)

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