Les migrants continuent d'arriver en Grèce malgré l'accord UE/Turquie

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    par Karolina Tagaris  
    LESBOS, Grèce, 20 mars (Reuters) - Ils agitent les bras, 
s'étreignent et sourient, visiblement heureux de poser le pied 
sur le sol européen, dimanche, après un trajet périlleux qui 
leur a fait traverser la mer Egée, de la Turquie à l'île grecque 
de Lesbos à bord d'un canot pneumatique, comme avant eux, des 
milliers de candidats à l'exil. 
    Ces quelque 50 migrants et réfugiés sont les premiers à 
arriver sur la petite île grecque depuis qu'est entré en vigueur 
ce dimanche l'accord conclu vendredi entre les Européens et la 
Turquie. 
    Cet accord vise à freiner les arrivées de migrants et de 
réfugiés dans l'Union européenne en contrepartie d'une aide 
financière et de facilités accordées à Ankara. 
    Epuisés mais soulagés, ils ont enveloppé leurs vêtements 
humides dans des couvertures de survie tandis que des bénévoles 
leurs offraient des habits secs et des vivres. 
    Selon un responsable de la police, une douzaine de bateaux 
sont arrivés avant 6h00 du matin sur une côte située près de 
l'aéroport de Mytilène. Un journaliste de Reuters a assisté à 
l'arrivée dès l'aube de trois embarcations en l'espace d'à peine 
heure. Deux hommes ont été extirpés inconscients d'un des 
bateaux au milieux des cris de leurs compagnons de voyage. 
    L'accord conclu vendredi prévoit le retour en Turquie de 
toutes les personnes qui arriveront illégalement sur les îles 
grecques de la mer Egée à partir de ce dimanche, selon le 
principe du "un pour un": "Pour chaque Syrien renvoyé en Turquie 
depuis les îles grecques, un autre Syrien sera réinstallé de la 
Turquie vers l'UE en tenant compte des critères de vulnérabilité 
des Nations unies".   
    En échange de sa contribution au règlement de la crise 
migratoire, la Turquie a obtenu une aide financière 
supplémentaire de la part de l'Europe -- trois milliards d'euros 
en plus des trois milliards déjà accordés --, la mise en oeuvre 
anticipée de la libéralisation des visas pour les citoyens turcs 
et l'accélération du processus d'adhésion de la Turquie à l'UE. 
    Mais ceux qui ont décidé de braver les flots pour rejoindre 
l'Europe espèrent passer outre l'accord de Bruxelles. 
     
    PREMIERS RETOURS LE 4 AVRIL 
    Hussein Ali Mohammed, un Syrien dont les études de lettres 
ont été interrompues par le conflit, explique qu'il compte se 
rendre au Danemark pour y poursuivre son cursus. Interrogé sur 
sa connaissance de l'accord de vendredi, il a répondu: 
    "Je suis au courant. J'espère franchir les frontières. 
J'espère pouvoir terminer mes études ici, c'est tout. Je ne veux 
pas d'argent, je veux juste terminer mes études. Voilà mon 
message." 
    Hussein Ali Mohammed a multiplié les petits boulots en 
Turquie pour s'offrir les services d'un passeur et sa principale 
crainte aujourd'hui est d'être renvoyé de l'autre côté de la mer 
Egée. "J'ai travaillé très, très dur en Turquie. J'ai économisé 
pour venir ici." 
    Autre arrivant, Mohammed, un informaticien de trente ans 
originaire de Daraa, en Syrie. Il dit vouloir rester en Grèce 
jusqu'à ce qu'il trouve un moyen de retrouver son épouse et son 
fils en Allemagne. 
    Les premiers retours sont prévus le 4 avril, mais la 
légalité de l'accord entre l'Union et la Turquie continue de 
poser question et le sort des dizaines de milliers de migrants 
et réfugiés déjà arrivés en Grèce n'est pas clair. 
    Au moins 144.000 personnes, Syriens, Irakiens et Afghans, 
pour la plupart, sont arrivés en Grèce cette année selon des 
chiffres du HCR. Près de 60% d'entre eux sont des femmes et des 
enfants. 
    Plus de la moitié sont arrivés par Lesbos, en première ligne 
de la crise migratoire la plus importante à laquelle l'Europe 
doit faire face depuis la Seconde Guerre mondiale. 
    Très peu, voire aucun d'entre eux, n'a l'intention de rester 
en Grèce, privilégiant le nord de l'Europe, l'Allemagne 
notamment, où ils espèrent trouver davantage d'aide et de 
meilleures perspectives d'emplois qu'en Grèce où la crise 
économique reste vivace. 
    Mais avec la fermeture des frontières dans les Balkans au 
moins 47.000 migrants et réfugiés sont coincés en Grèce, dans 
des camps et dans des ports. Plus de 10.500 patientent dans des 
conditions déplorables à la frontière macédonienne dans l'espoir 
de poursuivre leur route vers le Nord. 
 
 (Nicolas Delame pour le service français) 
 
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