Les matières premières, une mauvaise idée de diversification ?

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(lerevenu.com) - Au cours des années deux mille, alors que les marchés boursiers d'actions traversaient des cycles contrastés de turbulences, la flambée de nombreuses matières premières suscitait un nouvel intérêt des investisseurs. Les sociétés de gestion ont alors proposé des placements collectifs en matières premières (fonds communs de placement, ETF, certificats, etc.) avec pour principal argument que cette classe d'actifs apportait une forme de protection d'un portefeuille, compte tenu de leurs fluctuations sans corrélation avec les marchés boursiers. Par la suite, d'autres observateurs, notamment politiques, se sont inquiétés au contraire de l'impact que pourrait avoir l'afflux d'investissements financiers vers les matières premières, en faisant flamber ou flancher leurs cours au gré de la spéculation et dans le sillage des marchés boursiers.

Dans une étude publiée le 11 juillet dernier par la Banque des règlements internationaux (BRI), les économistes Marco Lombardi et Francesco Ravazzolo ont voulu vérifier les fondements de ces observations. Leurs conclusions sont nuancées. Selon les chercheurs, l'idée que les matières premières fluctuent en sens contraire des actions n'est pas dénuée de logique : si l'on considère que les profits des entreprises dépendent de la marge par rapport à leurs prix de production, la hausse des matières premières les pénalise tandis que leur baisse les favorise. Mais ce raisonnement simpliste est balayé par la dynamique réelle des marchés : les matières premières, comme les bénéfices des entreprises, profitent surtout des pics de demande lorsque l'économie est en croissance, et, à l'inverse, souffrent des récessions. Ainsi, les travaux des économistes Kilian et Vega (2011) ont observé que, de 1983 à 2008, le cours du pétrole réagissait aux signaux macroéconomiques, mais pas systématiquement.

Les économistes ont alors cherché à savoir si l'étude des marchés d'actions pouvait aider à mieux prévoir l'évolution des matières premières ou si, inversement, l'étude des matières premières permettaient de mieux anticiper les tendances boursières. Match nul : les études de différents chercheurs se contredisent. L'étude de la BRI conclut qu'il y a bien une corrélation croissante entre l'évolution des matières premières et celle des actions, mais qu'il est impossible d'établir clairement un lien de cause à effet entre les unes et les autres. En fin de compte, les chercheurs estiment qu'il peut être intéressant d'inclure des matières premières pour doper les performances d'un portefeuille boursier, mais qu'elles augmentent sa volatilité davantage qu'elles ne la réduisent.

Pour en savoir plus : BIS working paper n°420 : On the correlation between commodity and equity returns : implications for portfolio allocation.

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