Les marges des banques de la zone euro résistent bien

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LES BANQUES DE LA ZONE EURO MAINTIENNENT LEURS MARGES
LES BANQUES DE LA ZONE EURO MAINTIENNENT LEURS MARGES

par Francesco Canepa

FRANCFORT (Reuters) - Les banques de la zone euro réalisent sur leurs prêts des marges comparables à celles qu'elles engrangeaient avant la crise financière, montrent les statistiques publiées mercredi par la Banque centrale européenne, qui contredisent les déclarations de certains banquiers sur l'impact néfaste de la politique monétaire sur leur rentabilité.

Ces données devraient conforter les partisans d'un nouvel assouplissement au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE, qui se réunit dans huit jours et pourrait, selon la plupart des observateurs, décider à cette d'une nouvelle réduction de son taux de dépôt pour tenter de relancer l'inflation.

Elles viennent aussi appuyer les déclarations de Benoît Coeuré, l'un des membres du directoire de l'institution et un proche de Mario Draghi, qui a estimé mercredi que la politique monétaire n'était pas le principal problème du secteur bancaire.

Les calculs effectués par Reuters sur la base des données de la BCE montrent que le taux d'intérêt moyen des prêts aux ménages et aux entreprises de la zone euro a été pratiquement divisé par deux depuis le début de la crise financière en 2008, mais aussi que le taux de rémunération des dépôts a diminué davantage encore.

L'écart entre ces deux taux, qui donne une indication de la marge des banques, se situe ainsi à environ 240 points de base, soit son niveau de 2005 et de 2009. Il avait culminé à 285 points en 2003 et était tombé au plus bas à 184 points en 2012.

En janvier, le taux moyen de l'encours de prêts des banques était de 3,6% et celui des dépôts rémunérés de 1,2%.

LES RÉCRIMINATIONS DES BANQUES CONTREDITES PAR LES CHIFFRES

Ces chiffres contredisent donc les récriminations de certains dirigeants du secteur et du président de la Bundesbank, Jens Weidmann, qui a déclaré la semaine dernière que les profits des banques diminueraient si les taux restaient trop long très bas.

Mercredi, le président du directoire de Deutsche Bank, John Cryan, a quant à lui jugé que la politique monétaire de la BCE risquait d'avoir l'effet inverse de celui escompté en affaiblissant les banques et en renchérissant le coût du crédit.

"L'un des principaux facteurs de risque pour notre banque est la menace de taux d'intérêt encore plus négatifs. Cela conduirait à faire payer le crédit plus cher. Les banques (...) ne peuvent pas supporter cette perte", a-t-il dit.

Mais cet argument ne convainc pas certains économistes, comme David Mackie, de JPMorgan. "L'impression qui ressort des données de la BCE, c'est qu'il existe une marge de manoeuvre pour abaisser encore les taux avant que cela ait un effet marqué sur le revenu net d'intérêt", dit-il.

Les banques ont longtemps pu générer des revenus supplémentaires en déposant à la BCE une partie de leurs liquidités ou en achetant des obligations d'Etat. Mais aujourd'hui, le taux appliqué par la banque centrale aux dépôts la banque est à -0,30%, et les rendements des emprunts d'Etat sont quasi-nuls.

Cette situation incite les banques à se tourner vers des placements plus rémunérateurs, mais aussi plus risqués, ou à augmenter leur activité de prêt, ce qui est précisément l'un des buts recherchés par la BCE.

Mais la diminution des rendements obligataires a aussi permis aux banques de pays touchés par la crise de la dette, comme l'Italie et le Portugal, de réduire leurs coûts de financement.

La BCE a pris acte des préoccupations exprimées par le secteur bancaire mais elle s'en tient pour l'instant à sa stratégie.

Les deux principales responsables de la supervision bancaire au sein de l'institution, Sabine Lautenschläger et Danièle Nouy, ont ainsi appelé les banques à se concentrer sur les activités les plus rentables et à réduire leurs coûts.

(Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison)

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