Les marchés restent insensibles à la troisième baisse du yuan, la Chine poursuit sa stratégie

le , mis à jour à 18:36
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Les marchés européens rebondissent malgré une troisième dévaluation du yuan, précédemment interprétée comme un signal de faiblesse.
Les marchés européens rebondissent malgré une troisième dévaluation du yuan, précédemment interprétée comme un signal de faiblesse.

Pékin a réalisé jeudi matin une troisième dévaluation du yuan en trois jours. Depuis le début de la semaine, la monnaie chinoise a désormais perdu environ 4,5% de sa valeur par rapport au dollar. Contrairement à la veille, les investisseurs ne s’en sont pas inquiétés.

La psychologie des marchés peut parfois sembler difficile à saisir. Mardi et mercredi, les marchés financiers européens et américains ont pâti de la dévaluation surprise du yuan décidée par la banque centrale chinoise. Pour autant, la troisième dévaluation décidée jeudi n’a eu aucun effet négatif, les indices européens parvenant même à rebondir aujourd’hui après une séance noire. Le CAC40 a terminé en hausse de 1,25%, après  avoir perdu 3,40% la veille. L'indice parisien a bénéficié dès le début de la journée du rebond observé mercredi à Wall Street, où les principaux indices sont parvenus à rattraper la totalité du terrain perdu en fin de séance.

Ce rebond a eu lieu alors que les investisseurs semblent avoir intégré l'idée que le regain de compétitivité chinoise pourrait pousser les Etats-Unis à maintenir leur politique monétaire accomodante au-delà du mois de septembre (lire : Avec la dévaluation chinoise, la hausse des taux de la Fed pourrait être reportée).

Cette réaction inverse face à une actualité semblable à celle de la veille n’est pas pour autant totalement illogique. Comme nous l’évoquions hier, la baisse des marchés mardi et mercredi n’était pas tant due à la dévaluation du yuan en elle-même, qu’à l’interprétation qu’en ont fait les investisseurs. Ces derniers ont considéré les deux premières dévaluations, très inattendues, comme un signal de faiblesse de l’économie chinoise qui peine à préserver une croissance élevée et dont l’activité industrielle décélère plus vite que prévu.

La troisième dévaluation du yuan n’est par ailleurs plus vraiment une surprise, alors que la seconde dévaluation survenue mercredi laissait déjà entendre que la banque centrale chinoise pourrait réitérer cette mesure dans un futur proche (lire : Nouvelle chute des marchés européens, la dévaluation du yuan pourrait encore se poursuivre).

Flexibilité accrue du yuan pour en faire à terme une grande devise internationale

Sur les places chinoises, la nouvelle politique monétaire de la banque centrale rassure les investisseurs. L’indice de la bourse de Shanghai s’est apprécié de de 1,76% jeudi, après deux séances calmes.

Le FMI et la Commission Européenne ont par ailleurs publié des communiqués exprimant des avis positifs sur la nouvelle politique monétaire chinoise, ouvrant la voie à un système de parité plus flexible entre le yuan et les autres grandes monnaies mondiales, plus approprié à une logique de marché.

Le fait que le FMI apprécie ces mesures n’est pas anodin pour la Chine. Le FMI réfléchit de plus en plus à intégrer le yuan dans son panier de monnaies de réserve (droits de tirage spéciaux – DTS), à l’instar du dollar, de l’euro, de la livre sterling et du yen japonais. Or, le FMI avait publié début août un rapport dans lequel l’institution rappelait que le manque de flexibilité du yuan rendait pour l’instant inenvisageable un tel projet[1].

La Chine voit un intérêt stratégique et politique à faire du yuan, sur le plan international, une grande monnaie de référence comparable aux quatre autres citées. La devise chinoise est d’ailleurs proche de ce but, alors que le second critère d’acceptation d’une monnaie dans le panier de réserves du FMI, lié à sa fréquence d’utilisation dans les échanges internationaux, est déjà atteint pour le yuan. En se dirigeant vers un système de change plus flexible, la devise chinoise pourrait bientôt remplir tous les critères pour devenir une grande monnaie de référence comme le souhaitent les autorités chinoises.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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[1] FMI, Review of the Method of the Valuationof the SDR, 3 août 2015, page 2 (en anglais).

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