Les marchés ne baissent pas la garde après l'accord européen

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par Annika Breidthardt

BERLIN (Reuters) - Les marchés restent méfiants lundi après les avancées enregistrées la semaine dernière pour régler la crise européenne : les mesures décidées au sommet de Bruxelles sont jugées insuffisantes et leur application est une source d'incertitudes.

Après le rebond observé vendredi en clôture, les Bourses européennes sont reparties à la baisse, dans le sillage de l'euro, tombé sous 1,33 dollar. En fin de matinée, l'indice Eurostoxx 50 cédait 1,35% et, à Paris, le CAC 40 perdait 0,9%. Hors zone euro, Londres limitait ses pertes à 0,6%.

"Si tout a été entrepris afin de stabiliser les marchés sur le long terme avec la mise en place des fonds de sauvetage, presque rien n'a été fait pour le court terme. Dans les faits, cela signifie que le secteur bancaire européen, ainsi que les pays de la zone européenne, vont subir des chocs menaçant leur cohésion", estime Saxo Banque dans une note.

Au sommet de vendredi, les dirigeants européens ont entamé une vaste refondation de la zone euro qui, après signature d'un nouveau traité, doit la porter rapidement vers une plus grande intégration économique, via notamment un contrôle plus strict des budgets nationaux.

La chancelière allemande Angela Merkel a dit ne pas s'attendre à ce que les Vingt-Sept se réunissent à nouveau d'ici les fêtes de fin d'année, mais un haut responsable européen estime que la pression du marché pourrait les contraindre à se retrouver de nouveau plus tôt que prévu.

Le coût que doit supporter l'Italie pour se financer sur les marchés était en hausse en début de matinée lundi, le rendement du papier à dix ans grimpant de 22 points de base à 6,6%, signe que l'accord européen ne suffit pas à rassurer les investisseurs.

"PÉTARD MOUILLÉ" OU "BAZOOKA" ?

Cette tension renouvelée sur le marché obligataire a poussé la Banque centrale européenne à acheter à nouveau du papier italien à court terme lundi matin, selon des traders, permettant aux rendements italiens et espagnols de s'éloigner de leurs plus hauts du jour.

"Les décisions des dirigeants européens ne sont pas un pétard mouillé, mais ce ne sont pas non plus le gros 'bazooka' espéré pour apaiser vraiment durablement les tensions sur les marchés", juge Howard Acher, économiste chez IHS Global Insight.

Les agences de notation semblent plutôt de cet avis.

Moody's a annoncé lundi qu'elle réexaminerait les notes des pays de l'Union européenne au premier trimestre 2012, le sommet de vendredi n'ayant pas produit à son sens de résultat décisif et laissant la zone euro exposée à de nouveaux chocs.

L'économiste en chef de Standard and Poor's pour l'Europe a évoqué des "progrès" et une "étape importante" pour une possible résolution de la crise de la dette, mais il a prévenu qu'il fallait des mesures supplémentaire.

S&P prendra la décision d'abaisser ou non la note de 15 pays de la zone euro dans les "prochains jours" après avoir analysé la portée du pacte budgétaire de Bruxelles, avait déclaré vendredi sa présidente pour la France, Carole Sirou.

"Le schéma des précédents sommets européens semble se reproduire. Les cours montent avant le sommet, avant de s'effriter après-coup", note Markus Reinwand, analyste de Helaba.

En outre, plusieurs décisions négociées lors du Conseil européen doivent être ratifiées par les parlements nationaux, exercice toujours délicat.

"Il reste beaucoup d'incertitudes", a déclaré à ZDF le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble. "Par-dessus tout, il faut que nous appliquions rapidement ce qui a été négocié (...) Il faut que nous travaillions là-dessus de toute urgence. Nous ne pouvons pas partir en vacances de Noël pour le moment."

Dans une interview au journal Le Monde, le président Nicolas Sarkozy déclare que le contenu juridique du projet d'accord intergouvernemental, arrêté vendredi entre tous les Etats membres de l'UE à l'exception du Royaume-Uni, sera mis au point dans les 15 jours en vue d'un nouveau traité en mars.

Dans ce contexte, les premiers vrais tests pour la zone euro interviendront mardi et mercredi, avec respectivement une adjudication espagnole à 12 et 18 mois et une émission de dette italienne à échéance en 2016.

Jean Décotte pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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