Les marchés fébriles à cause d'une flambée des taux

le , mis à jour à 17:25
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Les marchés s'inquiètent de la remontée rapide des taux d'intérêt en zone euro.
Les marchés s'inquiètent de la remontée rapide des taux d'intérêt en zone euro.

Les marchés européens ont connu un accès de faiblesse jeudi 4 juin en matinée dans le contexte d’une nouvelle forte hausse des taux d’intérêts en zone euro.

Le CAC40 a perdu plus de 2% jeudi 4 juin en matinée, repassant sous les 5000 points en effaçant largement ses gains de la séance précédente. La veille, les investisseurs avaient apprécié le discours de Mario Draghi au sujet d’un maintien à l’identique du plan de relance monétaire actuellement mené (« quantitative easing ») quels qu'en soient les effets à court terme.

L’inquiétude de jeudi était notamment motivée par un fort rebond des taux sur les marchés obligataires européens. Les taux avaient déjà commencé à monter au cours de la séance de mercredi, alors que Mario Dragi a déclaré s'attendre à une accélération de l'inflation en zone euro pour les mois et années à venir.

La flambée des taux de jeudi matin s'est ensuite calmée en cours de séance, faisant dans le même temps remonter les principaux indices boursiers. L'indice parisien réduisait ainsi ses pertes en cours d'après-midi, repassant momentanément dans le vert avant de clôturer sur une baisse de 0,93%.

Remontée rapide des taux

À 10h40 jeudi 4 juin, le taux de l’OAT française à 10 ans est remonté jusqu'à 1,29% d’après les terminaux de Bloomberg, représentant un rebond notable par rapport à la séance précédente où le taux avait déjà atteint 1,15% en fin de journée. À la mi-avril, le taux d’emprunt français à 10 ans était encore à seulement 0,35% selon la même source.

Côté allemand, le taux d’emprunt souverain à 10 ans, qui se rapprochait des 0% le 17 avril dernier, revenait jeudi matin à 0,99% selon les données de Bloomberg, enregistrant un nouveau rebond dont personne n’avait anticipé la rapidité après la précédente hausse du "Bund" survenue fin avril-début mai.

Sur les échéances plus courtes (emprunts inférieurs à 10 ans), une partie des taux devenus négatifs au cours des derniers mois sont repassés en positif.

La valeur des obligations chutait en conséquence : pour rappel, lorsque les taux montent, la valeur d’échange des obligations déjà émises baisse.

Accalmie progressive en cours de séance

Dans la suite de la séance, le niveau des taux est retombé très rapidement, provoquant en sens inverse une remontée des principaux indices boursiers.

À 17h35, heure de clôture de la place parisienne, le taux à 10 ans allemand revenait à 0,82%, tandis que le taux à 10 ans français revenait à 1,13%, toujours selon Bloomberg.

Une telle volatilité intra-day est assez rare sur le marché des taux.

Incertitudes sur les conséquences de la remontée des taux

Les investisseurs s'inquiétaient jeudi matin des conséquences potentielles que cette remontée des taux pourrait engendrer dans l’économie européenne et sur les autres marchés.

Avec des taux souverains plus élevés, c’est le taux considéré comme presque « sans risque » des grands Etats européens qui augmente. Or, la plupart des taux de crédits accordés aux entreprises et aux particuliers sont indirectement liés au taux sans risque, notamment les taux du crédit immobilier (lire article d’hier à ce sujet). Avec des taux plus élevés dans un contexte de croissance toujours très molle, les agents économiques pourraient donc être plus réticents à s’endetter encore davantage pour financer des projets, ce qui pourrait ralentir le mouvement de reprise en Europe.

Par ailleurs, avec des taux obligataires plus élevés en Europe, les investisseurs pourraient revenir vers ces actifs en quittant les marchés Actions vers lesquels ils s’étaient éventuellement tournés à défaut de rendements convenables sur les actifs à taux fixe.

Mardi dernier, nous relayions une note de la BCE qui évoquait que l’un des risques pour la stabilité de l’économie européenne était la remontée rapide des taux d’intérêts obligataires et surtout des primes de risques appliquées aux emprunteurs de moins bonne qualité (lire l’article détaillé).

Malgré cela, la remontée des taux a de bons côtés, plutôt de nature à rassurer les investisseurs. Si les taux d’intérêt augmentent, c’est surtout à cause de la remontée des anticipations d’inflation dans la zone euro. L’inflation est vue comme une bonne chose lorsqu’elle est maîtrisée à un niveau ni trop haut, ni trop bas. Or, elle était devenue particulièrement basse en zone euro en fin d’année dernière, faisant craindre un risque de déflation.

Surtout, la hausse des taux permet à certains établissements financiers, comme les banques et les assureurs, d’espérer retrouver un meilleur rendement de long terme sur les fonds investis en obligations souveraines et en obligations d’entreprises européennes, tel que cela leur est indirectement imposé par la réglementation européenne.

Cherchant à trouver un équilibre entre les effets négatifs et positifs de la remontée des taux, les investisseurs exprimaient plutôt leur méfiance sur les marchés.

X. Bargue

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  • frk987 le vendredi 5 juin 2015 à 09:25

    Lorsque l'OAT 10 ans reviendra naturellement à 4%, la faillite du pays est certaine. Quand je vois que le gouvernement actuel a eu la chance incroyable d'avoir des taux à 0,5% et que ces ... ont réussi a augmenter la dette, c'est hallucinant de bêtise et d'incapacité à gouverner.

  • M4314275 le jeudi 4 juin 2015 à 17:16

    Comment dit-on ? Le Frexit ou le Francexiste.

  • nanard83 le jeudi 4 juin 2015 à 16:06

    C qu'il serait bon de savoir , c'est LA CAUSE EXACTE de la remontée de ces taux . Est-ce :la soudaine reprise de l'économie ? la baisse du chômage partout ?la remontée de l'inflation ? la hausse des salaires et prix ?A mon humble avis , la seule raison non avouée est de faire baisser la bourse , certaines valeurs étant devenues trop chères pour d'éventuelles OPA amicales ou non !!

  • nanolyon le jeudi 4 juin 2015 à 13:54

    m1234592 : relativisons : le déficit est presque moitié moindre qu'en 2010, et les taux sont 5 fois plus faibles.

  • M2286010 le jeudi 4 juin 2015 à 13:50

    Des taux à 1.29%, c'est hénaurme... Les taux ne pouvaient pas rester à 0.5% indéfiniment ! Cette remontée était plus que prévisible. Ceux qui sont restés sur les oblig. ont eu tort. Inconvénient: les intérêts de la dette vont augmenter notablement.

  • nanard83 le jeudi 4 juin 2015 à 11:47

    Les investisseurs s'inquiétaient des taux trop bas , et maintenant des taux qui remontent un peu

  • m1234592 le jeudi 4 juin 2015 à 11:35

    Panique à Bercy qui avait lâché les rênes sur le déficit ! Cela va coûté beaucoup plus cher de le financer. C'est la concrétisation du risque annoncé lié à une politique de gribouille.