Les marchés émergents, une si belle histoire

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Les investisseurs ont été comblés par les actions émergentes. Auront-ils la même chance avec les obligations?

Fin 2010, le CAC 40 est toujours très loin de son record de septembre 2000. Et les sicav «actions françaises» disponibles à l'époque sont en moyenne toujours en perte de plus de 20 , selon Europerformance. Mais les épargnants qui ont fait le choix d'investir pendant ces dix ans sur un fonds «actions émergentes» ont, eux, gagné plus de 130 . Profiter de la croissance de la Chine, du Brésil, de la Russie, de l'Europe de l'Est a été un pari plus rémunérateur.

Depuis le début de l'année, encore, les marchés émergents conservent une longueur d'avance sur des Bourses européennes vacillantes. Mais leur progression est inégale. La Russie ou le Brésil, très liés aux matières premières, ont peu monté. Mais l'Inde s'est envolée de 16, et la Turquie, de plus de 23. «La Chine (pour les actions chinoises cotées à Hongkong) est à la traîne, en recul de 3 , car les autorités s'inquiètent de la spéculation immobilière dans les grandes villes et prennent des mesures pour tenter de la calmer. Les investisseurs se demandent donc jusqu'où la croissance chinoise ralentira», observe Martial Godet, responsable de la gestion «marchés émergents» chez BNP Paribas IP. La Chine, pourtant symbole des marchés émergents, est désormais boudée par les investisseurs.

«Mais, globalement, la croissance reste forte dans les pays émergents, et leurs économies offrent plus de visibilité que celles des pays développées, confrontées à un alourdissement de la fiscalité», note Patrice Gautry, chef économiste d'UBP.

Les Bourses émergentes se paient d'ailleurs aujourd'hui plus cher que les marchés occidentaux. «Mais leurs valorisations ne sont pas excessives. Et elles vont de pair avec la hausse des bénéfices des entreprises: +26 en 2010, +17 en 2011», explique Jean-Marie Mercadal, directeur général adjoint chez Ofi AM.

Moins d'incertitude

Ce qui n'exclut pas quelques dérapages, dans les secteurs les plus convoités par les investisseurs, comme celui de la consommation domestique (censée profiter de la hausse du niveau de vie dans ces pays). «Dans ce secteur, certains titres chinois se paient autour de 30 à 40 fois les bénéfices attendus», s'inquiète Didier Bouvignies, associé gérant chez Rothschild & Cie Gestion. Des records par rapport à la moyenne du marché, qui tourne plutôt autour de 13 fois les bénéfices.

Les épargnants qui veulent tirer profit du dynamisme des pays émergents auraient-ils alors plutôt intérêt à privilégier les fonds qui investissent sur les grandes entreprises occidentales les mieux placées pour vendre leurs produits dans ces pays, et dont les prix en Bourse ont l'avantage d'être plus raisonnables ? L'un des plus emblématiques, parmi ceux créés pour exploiter cette stratégie, le fonds M & G Global Basics (du gestionnaire britannique M&G), gagne par exemple plus de 13 depuis le début de l'année. Mais pour certains experts, les grandes entreprises championnes de demain sur ces marchés seront locales. Et il est dommage de ne pas avoir en portefeuille ces futurs grands de la Bourse.

Pour aller plus loin et tenter de rejouer la même success story que celle qu'ont connue les pays émergents depuis dix ans, les sociétés de gestion sont aussi de plus en plus nombreuses à explorer des marchés encore balbutiants. «Le Cambodge, le Vietnam, l'Indonésie, mais aussi le Moyen-Orient ou l'Afrique du Nord devraient aussi offrir à l'avenir une belle histoire de croissance», explique Benoît du Mesnil du Buisson, président de Barings France. Depuis le début de l'année, d'ailleurs, les fonds spécialisés sur le Moyen-Orient font partie des fonds «marchés émergents» les plus performants. Ceux de Schroders ou de JPMorgan AM ont même progressé de plus de 28 et 30. Mais c'est un investissement à long terme, et il n'est possible d'y consacrer qu'une très petite partie d'un portefeuille.

Aujourd'hui, les investisseurs internationaux cherchent surtout un nouvel eldorado dans les obligations des grands pays émergents. «Ces dernières années, les actions émergentes ont rattrapé leur retard sur les Bourses occidentales. Et leur potentiel de hausse est désormais plus limité... Alors qu'une nouvelle histoire vient au contraire tout juste de commencer sur la dette émergente», souligne Hervé Thiard, directeur général de Pictet et Cie à Paris. La plupart des pays émergents ont des finances ­solides, comparées aux déficits abyssaux des pays développés. Et pourtant, leurs obligations sont mieux rémunérées. «Le rendement moyen d'un portefeuille d'obligations à 5 ans avoisine 6,5», rappelle Hervé Thiard. Le placement n'est pas pour autant sans risque. «Mais au moins, avec cette classe d'actifs, le risque est rémunéré», ajoute ­Martial Godet.

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