Les marchés craignent une récession, leur chute la rend possible

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LES TURBULENCES SUR LES MARCHÉS FINANCIERS RENDENT UNE RÉCESSION POSSIBLE
LES TURBULENCES SUR LES MARCHÉS FINANCIERS RENDENT UNE RÉCESSION POSSIBLE

par Mike Dolan

LONDRES (Reuters) - Les décrochages des marchés financiers n'ont pas toujours été suivis d'une récession, loin s'en faut, mais les récentes turbulences peuvent produire des effets d'auto-prophétie et exposer l'économie mondiale à de nouveaux chocs.

Malgré l'ampleur de la chute des marchés actions en début d'année, qui a fait disparaître à un moment donné jusqu'à plus de 8.000 milliards de dollars (7.200 milliards d'euros) de capitalisation boursière mondiale, peu d'économistes considèrent qu'une récession globale est au coin de la rue.

Ils sont toutefois de plus en plus nombreux à penser qu'une période prolongée de volatilité sur les marchés financiers risque de faire pencher la balance du mauvais côté.

L'inquiétude est élevée alors que les marges de manoeuvre des responsables économiques et monétaires sont limitées et que les taux négatifs en Europe comme au Japon sont de plus en plus considérés comme une partie du problème plutôt que la solution, notamment en raison de leurs effets délétères sur la solidité du système bancaire.

Il faudra sans doute quelques mois pour savoir si la dégradation de l'activité dans l'industrie, le ralentissement du commerce mondial et le manque de dynamisme de l'investissement l'emportent sur la résistance des services et des dépenses de consommation.

Dans l'attente, les investisseurs s'inquiètent de risques politiques qu'une croissance plus soutenue les aiderait à ignorer et qui peuvent être perçus comme de nouvelles menaces pour la confiance des entreprises comme des ménages.

Axa Investment Managers, qui a abaissé sa prévision de croissance mondiale pour cette année de 3,1% à 2,7%, à peine au-dessus de la fourchette de 2% à 2,5% considérée comme nécessaire pour éviter une contraction du PIB par habitant, prévient que les marchés restent confrontés à des risques systémiques comme cycliques.

"Avec une croissance mondiale aussi molle, des profits des entreprises aussi piteux et des hausses de salaires aussi faibles, il n'y a pas besoin d'un très grand choc pour déstabiliser les marchés financiers", dit Eric Chaney, économiste d'Axa IM.

Il évoque notamment la possibilité d'un changement soudain de politique économique et financière par les autorités chinoises mais aussi les défis politiques et monétaires auxquels sont confrontés les dirigeants d'une zone euro dont l'union bancaire n'est pas achevée.

Pour Axa IM, l'éventualité d'une sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne se traduit par de très fortes incertitudes pour les marchés financiers dans leur ensemble, pour la Grande-Bretagne, qui demeure l'une des cinq premières économies mondiales, et à plus long terme pour l'avenir de la construction européenne.

AU BORD DE LA RÉCESSION

"Londres est le premier centre financier. S'il y avait une quelconque déstabilisation du secteur financier au Royaume-Uni, cela se transmettrait rapidement à l'ensemble des marchés financiers", a dit Eric Chaney, ajoutant que la question dépasse la localisation des activités financières et concerne par exemple l'influence de la législation européenne sur le droit britannique, qui fait référence pour les contrats financiers.

"Londres est systémique."

Le scénario d'un basculement dans la récession n'est plus exclu désormais. Morgan Stanley, comme la Société générale, ne lui attribue toutefois qu'une probabilité de l'ordre de 20%. D'autres comme Citi estiment toutefois que ce risque ne cesse d'augmenter et Bank of America Merrill Lynch estime aussi à 20% la probabilité d'une récession aux Etats-Unis.

L'effondrement des cours du pétrole a contribué, l'an passé, à une stagnation de la production mondiale qui s'est même contractée en fin de période.

Le commerce mondial a calé avec le net ralentissement de l'activité en Chine dont les échanges extérieurs connaissent une contraction à deux chiffres en rythme annuel.

Le Baltic Dry Index, qui suit l'évolution des tarifs du transport maritime pour les produits de base en vrac et constitue un indicateur du dynamisme du commerce mondial, n'en finit pas de tester de nouveaux plus bas.

Depuis les années 70, la production industrielle a décéléré jusqu'à stagner à douze reprises mais cela n'a dégénéré en récession que dans six cas, souligne toutefois JP Morgan. Et l'activité dans les services continue de croître, même si c'est à un rythme ralenti.

Pour autant, les marchés semblent avoir pris le parti d'une récession à venir. "Les marchés actions ne corrigent qu'un peu plus énergiquement que par le passé dans l'hypothèse d'une récession mondiale, qui en l'occurrence débuterait cette année et se terminerait à la mi-2017", dit Jeremy Hale, stratège de Citi.

Une chute de Wall Street de 15% à 20% en l'espace d'un an annonce en général une récession de l'économie américaine. Mais la règle n'est pas sans exception. Alliance Bernstein rappelle ainsi que des baisses de même ampleur sur six mois en 1988 et 2002 n'avaient pas débouché sur une récession.

Le recul attendu des profits des entreprises de 7% à 10% cette année peut aussi alimenter les craintes des investisseurs. Mais, il y a eu, là encore, des périodes, durant les années 60, 80 et 90, au cours desquelles les marchés comme les profits ont atteint des plus hauts avant de retomber puis de remonter rapidement sans récession, montrent les recherches de JP Morgan.

Avec une différence de taille toutefois. Chacun de ces épisodes avait été précédé d'un net assouplissement des politiques économiques, qui semble difficilement envisageable cette fois-ci.

"Si les turbulences financières continuent de s'intensifier, elles entraîneront un ralentissement bien plus prononcé", prévient Jeremy Lawson, économiste de Standard Life Investments.

(Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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