Les marchés chinois retrouvent leur rôle directeur, à la baisse

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LA CHINE RETROUVE SON RÔLE DIRECTEUR SUR LES MARCHÉS MAIS À LA BAISSE
LA CHINE RETROUVE SON RÔLE DIRECTEUR SUR LES MARCHÉS MAIS À LA BAISSE

par Jamie McGeever

LONDRES (Reuters) - La Chine a retrouvé un rôle de moteur à la baisse pour les marchés financiers internationaux, sans commune mesure avec son poids dans la capitalisation boursière mondiale mais en phase avec son influence potentielle sur la croissance mondiale.

Les Bourses mondiales, qui ont débuté 2016 sur leur pire première séance de l'année depuis plusieurs décennies, replongent jeudi après un nouveau décrochage des actions chinoises.

Les inquiétudes sur la solidité des marchés financiers chinois, sur la capacité de Pékin à les soutenir et sur l'ampleur du ralentissement de l'économie n'ont rien de nouveau. Elles avaient déjà entraîné une correction sur les marchés l'été dernier.

"Les marchés chutent chaque fois que Pékin intervient. Les investisseurs commencent à désespérer", a dit Jack Ablin, responsable des investissements de BMO Private Bank.

Les Bourses chinoises ont dévissé de 45% entre la mi-juin et la fin août l'an dernier, et la mini-dévaluation du yuan a provoqué le 24 août une chute de 8,4% de la Bourse de Shanghai, dont l'onde de choc s'était propagée sur l'ensemble des places boursières. Wall Street avait alors accusé sa plus forte baisse en une séance en quatre ans, l'indice Dow Jones abandonnant à un moment jusqu'à 1.000 points.

Au cours de l'année écoulée, l'indice de référence de la Bourse de Shanghai a cédé à 12 reprises au moins 5% en une séance, avec des répercussions globalement négatives à Wall Street, où l'indice S&P 500 a chuté au cours de neuf de ces douze séances, dont une baisse de 3,9% le 24 août. Le recul du S&P 500 a toutefois été de moins de 0,5% à quatre reprises.

Le décrochage des Bourses chinoises et les incertitudes sur l'économie chinoise, mis en avant pendant des mois par les investisseurs pour expliquer les mouvements de marché, ont été éclipsés à partir de l'automne par la perspective d'un relèvement par la Réserve fédérale américaine de ses taux directeurs et les attentes d'un nouvel assouplissement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne.

La Fed et la BCE n'ayant pas vocation a priori à agir de nouveau avant plusieurs mois, l'attention s'est de nouveau tournée vers la Chine.

FAIRE LA PART DES CHOSES

"La boucle est bouclée et c'est le grand retour de la Chine. Le niveau de volatilité est inquiétant même s'il est encourageant de voir que les marchés américains ont clôturé lundi au-dessus de leur plus bas en séance", a dit Andrew Wilson, directeur général de Goldman Sachs Asset Management.

Sept seulement des 31 responsables de stratégies actions interrogés récemment par Reuters ont cité la Chine comme leur principal motif de préoccupation pour les actions américaines en 2016. Mais cinq autres ont cité un ralentissement voire une récession de la croissance mondiale comme l'une de leurs principales inquiétudes.

Les investisseurs vont devoir faire la part des choses entre l'évolution de l'économie chinoise et celle des marchés financiers chinois. Les deux ont certes vocation à être en phase mais cela n'a pas été le cas au cours des dernières années.

Sur les douze mois au 30 juin 2015, l'indice composite de la Bourse de Shanghai a progressé de 150% alors que l'économie chinoise ralentissait. En dépit des turbulences de l'été dernier, les actions chinoises affichaient encore une hausse de 10% sur l'ensemble de l'année 2015, alors même que l'économie continue de décélérer.

"Le poids économique de la Chine est bien plus important que son poids financier", résume Luca Paolini, responsable de la stratégie de Pictet Asset Management.

"Je ne considère pas la volatilité des marchés financiers chinois comme le principal risque pour cette année mais une contagion (du ralentissement) de l'économie chinoise aux Etats-Unis et en Europe serait un développement beaucoup plus dangereux", a-t-il ajouté.

La pondération de la Chine dans l'indice global MSCI World n'est que de 2,5% contre 53% pour les Etats-Unis. Sur le plan économique, les poids sont plus comparables. En termes nominaux, les Etats-Unis représentent environ 25% de l'économie mondiale et la Chine environ 15%. En termes de parités de pouvoir d'achat, la Chine devance légèrement les Etats-Unis, représentant 17% du PIB mondial contre 16%.

Le ralentissement de la croissance chinoise signifie que la croissance mondiale devrait aussi ralentir. Une croissance significativement inférieure à l'objectif de 6,5% des autorités chinoises ne serait pas sans répercussions négatives sur l'économie américaine, les économies émergentes, les matières premières et le pétrole, ainsi que sur le taux de change de la devise chinoise et d'autres devises émergentes.

(Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

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