Les manifestants se replient sur le centre de Kiev

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QUELQUE 2.000 OPPOSANTS MANIFESTENT À KIEV
QUELQUE 2.000 OPPOSANTS MANIFESTENT À KIEV

par Pavel Polityuk

KIEV (Reuters) - Regroupés autour de braseros pour se réchauffer du froid et de la neige, quelque 2.000 opposants au président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, se sont repliés mardi sur la place de l'Indépendance à Kiev, après avoir été chassés des abords des bâtiments gouvernementaux.

Des dizaines de membres des forces anti-émeutes ont démantelé durant la nuit les barricades construites par les protestataires qui exigent depuis près de trois semaines la démission du gouvernement et l'organisation d'élections anticipées.

Les opposants, des pro-Européens hostiles à la décision, annoncée le 21 novembre, de Viktor Ianoukovitch de renoncer à un accord d'association avec l'Union européenne et d'opter pour un rapprochement avec Moscou, ont un moment craint une intervention violente des forces de l'ordre sur la place.

Mais le gouvernement, qui alterne interventions policières et appels au dialogue, n'a apparemment pas choisi dans l'immédiat l'épreuve de force, peut-être en raison de la présence à Kiev de hauts diplomates européen et américain.

Le chef de l'Etat, qui a rencontré trois de ses prédécesseurs avant de s'entretenir avec Catherine Ashton, haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères, n'a fait aucune ouverture mardi, se contentant d'affirmer que l'avenir de l'Ukraine passait nécessairement par Moscou.

"Nous ne pouvons pas parler d'avenir sans parler de rétablissement des relations commerciales avec la Russie", a-t-il dit lors d'une intervention télévisée, entouré des trois anciens présidents.

Viktor Ianoukovitch a estimé que le pays devait tourner une "page honteuse" de son histoire, allusion à la répression violente par la police d'une manifestation ayant rassemblé des milliers de personnes il y a dix jours dans le centre de Kiev.

"Il y a eu des violations place de l'Indépendance. Elles doivent être identifiées et les coupables doivent être tenus pour responsables des deux côtés", a-t-il dit.

"TABLE RONDE"

La place de l'Indépendance, au coeur de la capitale ukrainienne, est le point central de la contestation. Les opposants y ont installé un village de tentes improvisé, complété par un podium où des musiciens se succèdent pour entretenir la flamme.

Lundi, Leonid Koutchma, premier président de l'Ukraine indépendante, a proposé la tenue d'une "table ronde nationale" pour rechercher un compromis, une offre saisie au bond par le pouvoir et que l'opposition n'a pas repoussée catégoriquement.

L'activité diplomatique autour de la crise ukrainienne s'est intensifiée mardi avec l'arrivée à Kiev en provenance de Moscou de la secrétaire d'Etat adjointe américaine Victoria Nuland, qui a immédiatement rencontré les chefs de l'opposition.

En visite à Kiev mardi et mercredi, Catherine Ashton prévoit de s'entretenir elle aussi avec les représentants de l'opposition, comme l'avait fait la semaine dernière le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle.

Soucieuse de maintenir l'Ukraine dans sa sphère d'influence, la Russie a pris ombrage de ces contacts, y voyant une ingérence dans les affaires intérieures du pays.

Dans une résolution, les députés russes ont appelé mardi les forces de l'opposition ukrainienne à "cesser leurs actions illégales" et enjoint aux Occidentaux de "cesser d'alimenter une pression extérieure sur la politique d'un pays frère".

Viktor Ianoukovitch, originaire de l'Est russophone et russophile du pays, s'est entretenu la semaine dernière à Sotchi avec son homologue russe, Vladimir Poutine.

Rien n'a filtré de la discussion, mais Moscou souhaite, en échange d'approvisionnements énergétiques à tarif préférentiel, que Kiev adhère à l'union douanière existante entre la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie, embryon d'une Union eurasienne chapeautée par Moscou et censée concurrencer l'UE sur son flanc oriental.

Avec Natalia Zinets, Alissa de Carbonnel, Elizabeth Piper et Gareth Jones, Pascal Liétout pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • M6695204 le mardi 10 déc 2013 à 12:24

    Avec Catherine Aschton il est certain qu'ils se sentent menacé comme jamais!!!