Les manifestants contrôlent la présidence ukrainienne

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LES MANIFESTANTS CONTRÔLENT LA PRÉSIDENCE UKRAINIENNE
LES MANIFESTANTS CONTRÔLENT LA PRÉSIDENCE UKRAINIENNE

par Timothy Heritage et Pavel Polityuk

KIEV (Reuters) - Le pouvoir du chef d'Etat ukrainien, Viktor Ianoukovitch, semblait s'éroder samedi, alors que le siège de la présidence était contrôlé par des manifestants antigouvernementaux et que le ministère de l'Intérieur apportait son soutien à un "changement rapide".

Au parlement, les principaux partis d'opposition ont demandé la démission de Viktor Ianoukovitch, et Oleksander Tourchinov, un proche de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko a été élu à la présidence de la chambre, à la suite de la démission de Volodimir Ribak, un soutien de Viktor Ianoukovitch.

Après avoir voté vendredi un amendement du code pénal qui ouvre la voie à une libération de l'ancienne Premier ministre, condamnée en 2011 à sept ans de prison pour abus de pouvoir, le parlement a adopté samedi une disposition qui accélère la procédure en rendant superflue sa ratification par l'exécutif.

Selon l'un des chefs de file de l'opposition, l'ancien boxeur Vitali Klitschko, Viktor Ianoukovitch a quitté Kiev au lendemain de la signature d'un accord de sortie de crise, fruit d'une médiation européenne, qui suit plusieurs jours de violences à l'origine de 77 tués.

"Des millions d'Ukrainiens ne voient qu'une seule solution - des élections présidentielle et parlementaires anticipées"', a estimé Vitali Klitschko, qui réclame la tenue des scrutins avant le 25 mai.

Le domicile de Viktor Ianoukovitch, près de Kiev, paraissait abandonné samedi. Selon un photographe de Reuters, des centaines de personnes ont été autorisées à pénétrer sur le terrain de la résidence, mais pas à l'intérieur du bâtiment.

Une source des services de sécurité a précisé que Viktor Ianoukovitch, qui devait rendre samedi une visite officielle à Kharkiv, dans le Nord-Est, se trouvait toujours en Ukraine, mais elle n'a pu confirmer sa présence à Kiev.

NOMBREUSES CONCESSIONS

Les manifestants, dont le mouvement a été déclenché en novembre par le refus de Viktor Ianoukovitch de signer un accord d'association avec l'Union européenne (UE) au profit d'un rapprochement avec la Russie, ont exprimé leur insatisfaction après l'accord conclu la veille, même si le chef d'Etat y acceptait de nombreuses concessions.

Le compromis, rapidement entériné vendredi par le parlement, prévoit une élection présidentielle anticipée, une révision de la Constitution, afin de revenir à un régime plus parlementaire contenu dans la loi fondamentale de 2004, et la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Le parlement a également destitué le ministre de l'Intérieur, Vitali Zakharchenko, et a nommé samedi à sa place Arsen Avakov, un parlementaire de l'opposition, en attendant la formation d'un gouvernement de coalition.

Le ministère de l'Intérieur a entretemps paru se ranger derrière la contestation en se disant au service "du peuple ukrainien exclusivement", tandis que les manifestants présents au siège de la présidence annonçaient qu'ils garderaient les lieux jusqu'à l'arrivée d'un nouveau chef d'Etat.

"Ianoukovitch ne reviendra jamais", a annoncé Ostap Krivdik, l'un des chefs de file des manifestants.

Sur le plan international, avant la prise de contrôle de la présidence par les opposants, le président américain Barack Obama et son homologue russe Vladimir Poutine se sont entretenus dans la nuit au téléphone et ont convenu de la nécessité de mettre "rapidement" en oeuvre le plan de paix, conclu avec la médiation des chefs des diplomaties allemande, française et polonaise.

Julien Dury pour le service français

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