Les "majors" du pétrole cèdent leurs petites raffineries

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LES GÉANTS DU PÉTROLE VENDENT LEURS RAFFINERIES À FAIBLE MARGE
LES GÉANTS DU PÉTROLE VENDENT LEURS RAFFINERIES À FAIBLE MARGE

par Jessica Resnick-Ault

NEW YORK (Reuters) - Chevron et Royal Dutch Shell mettent en vente de petites raffineries, réduisant leurs actifs à faible marge dans un contexte de remontée des cours pétroliers.

Chevron, le deuxième pétrolier américain, a dit à Reuters qu'il cédait sa raffinerie de Burnaby (Colombie britannique) ainsi que des stations service, tandis que Shell recherche un acheteur pour sa raffinerie californienne de Martinez, selon deux sources au fait du dossier. Shell s'est abstenu de tout commentaire.

Chevron, Shell, BP et Exxon Mobil ont vendu ces trois dernières années des capacités de raffinage américaines représentant plus d'un million de barils par jour (bpj), selon le consultant Stratas Advisors.

Les cinq premières "majors" mondiales disposent encore de suffisamment de capacités aux Etats-Unis pour raffiner autour de 4,7 millions bpj.

Les marges de raffinage ont culminé en 2015 mais elles se sont dégradées depuis. Avec la remontée des cours du brut, le prix de revient du pétrole va augmenter pour les raffineurs qui craignent que les prix à la pompe ne suivent pas le même rythme.

Vendre les raffineries tant que les marges restent suffisamment élevées est un moyen pour les majors de sortir la tête haute sans affaiblir leur bilan.

Chevron a également dit à Reuters qu'il avait fait appel à Rothschild pour placer sa participation de 75% dans une raffinerie sud-africaine. La cinquième major, Total, a engagé Lazard pour vendre une participation de 50% dans sa seule raffinerie aux Etats-Unis mais il n'a pu récolter le prix qu'il demandait, selon des sources.

Le raffinage est resté un segment rentable durant les deux années difficiles qu'a connu le marché pétrolier et les sites peuvent donc se vendre à un prix relativement élevé, supérieurs à ceux des actifs de prospection et de production.

Dans l'intervalle, Shell et Chevron investissent ailleurs. Shell a mis sur la table 53 milliards de dollars pour racheter BG Group cette année, tandis que Chevron investit massivement dans de grands projets de gaz naturel liquéfié (GNL).

"Une bonne partie des actifs que les poids lourds vendent sont en aval (downstream) et en milieu de parcours (midstream) parce qu'ils sont recherchés par les fonds de capital investissement et d'autres car ils procurent un cash flow plus stable", observe Lysle Brinker, d'IHS Energy.

Ces actifs pourraient être employés au mieux par des entités qui se spécialisent dans une région en particulier, par exemple la côte nord-ouest américaine, ou centrées sur le stockage et le négoce et non sur la production.

Les majors conserveront les grands sites de raffinage rentables et bien intégrés à leur activité de production et vendront les autres, estime Brinker.

La stratégie de Chevron repose ainsi sur de grandes raffineries qui peuvent servir à la fois les Etats-Unis et l'Asie et sur des sites pétrochimiques aux produits très rentables.

La raffinerie de Burnaby traite du brut léger plutôt que les hydrocarbures lourds des sables bitumineux canadiens et ses produits sont écoulés dans une région se limitant au pourtour de la Colombie britannique et s'étendant plus bas via l'Etat de Washington.

Toujours dans le secteur du raffinage, mais au Japon cette fois-ci, Idemitsu Kosan fusionnera le 1er avril 2017 avec son concurrent plus petit Showa Shell Sekiyu. Les deuxième et cinquième raffineurs nippons créeront ainsi le numéro deux japonais du secteur.

Idemitsu espère recevoir d'ici la fin juin l'autorisation de la Fair Trade Commission japonaise pour racheter à Shell sa participation d'un tiers dans Showa Shell.

Les deux raffineurs ensemble contrôlent 28% environ du raffinage au Japon, derrière JX Holdings, qui a 35% du marché et qui doit fusionner en avril 2017 également avec TonenGeneral Sekiyu.

(avec Ron Bousso et Osamu Tsukimori, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)

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  • M6111389 il y a 6 mois

    Si personne n'en veut il reste la solution de les fermer plutôt que de continuer à travailler à perte ... a moins que Martinez et ses copains sortent leurs économies.

  • rraclot il y a 6 mois

    Voilà le résultat des grèves à répétition... Bien souvent injustifiées en France...

  • M5441845 il y a 6 mois

    Ils vendent, mais y aura t'il des acheteurs? Si ces raffineries ne sont pas rentables, qui en voudra?