Les loyers ont doublé par rapport aux revenus des locataires depuis 1970

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INFOGRAPHIE - La loi Duflot entend encadrer les loyers. Les locataires se sont paupérisés par rapport à l'ensemble des ménages ces 40 dernières années. En parallèle, la modernisation du parc locatif a tiré le loyer moyen vers le haut.

Le projet de loi de Cécile Duflot sur le logement est débattu à l'Assemblée nationale à partir de ce mardi. Mesure phare du texte de la ministre du Logement, l'encadrement des loyers dans certaines zones a été validée par la commission des Affaires économiques de l'Assemblée fin juillet. Ce blocage crispe les professionnels de l'immobilier, qui font valoir qu'en dehors de Paris intra-muros les loyers ont évolué raisonnablement ces dernières années. En 2012, ils ont progressé de 2,2%, après une hausse de 1,6% en 2011. Ils ont même augmenté en moyenne un peu moins vite que les revenus des ménages de 1998 à 2010, au rythme moyen de 2,4 %, selon l'Insee.

Un constat qui ne reflète pas, en revanche, la réalité sur le long terme. «Le loyer moyen des locataires a doublé par rapport à leur revenu» en 40 ans, souligne Jacques Friggit, du Commissariat général à l'environnement et au développement durable (CGEDD), dans sa note «Loyers et revenus depuis les années 1970».

poids loyers revenus

«Les locataires se sont paupérisés par rapport à l'ensemble des ménages, de 0,8 % par an en moyenne, ce qui reflète principalement la paupérisation massive depuis 1970 des ménages jeunes, surreprésentés parmi les locataires», explique l'économiste. L'indice des loyers de l'Insee se base sur le revenu moyen de l'ensemble des ménages, et non pas des seuls locataires, ce qui change la donne. La paupérisation relative des locataires reflète aussi, «à titre complémentaire et uniquement sur la période récente, un élargissement de l'éventail des revenus».

Un «effet qualité», non pris en compte dans l'indice Insee, explique aussi ce doublement du loyer moyen. «La qualité intrinsèque des logements locatifs a fortement progressé», souligne Jacques Friggit. «Cela ne provient pas d'une augmentation de leur surface, qui est restée constante depuis 1980, au voisinage de 70 m² par logement.» La modernisation du parc, qui a amélioré le confort des logements locatifs, a été particulièrement prononcée dans le secteur privé. En parallèle, la densité d'occupation a franchement diminué. «La diminution du nombre de personnes par ménage a permis une augmentation de la surface par personne des logements locatifs de 63% entre 1970 et 2006.»

Hausse du coût des aides publiques au logement

Un point noir pèse sur la qualité globale: la localisation des logements locatifs, qui se situent de moins en moins dans des zones chères et plus loin des centres-villes. «Néanmoins, l'effet de l'amélioration des la qualité intrinsèque l'emporte sur celui de la détérioration de la localisation», conclut l'économiste.

Outre les conséquences sur l'accès au logement, le décrochage entre les loyers et les revenus n'est pas anodin pour les comptes publics. Selon Jacques Friggit, cette divergence «augmente le coût des aides personnelles au logement, qui visent à ramener le taux d'effort des locataires à un niveau considéré comme acceptable». L'an dernier, le nombre de bénéficiaires d'une aide au logement (APL, ALF ou ALS) en France métropolitaine est resté quasi stable (+0,4%) à 5,94 millions de foyers, dont 2,61 millions pour la seule APL (+1,6%). Les effectifs du secteur locatif ont augmenté en 2012 (+43.500 bénéficiaires), selon la Cnam. Au total, quelque 16 milliards d'euros d'aides ont été versées aux Francais pour abaisser le poids du loyer.

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  • loco93 le jeudi 12 sept 2013 à 13:51

    Comment ne pas acheter du made in ailleurs pour stimuler son pouvoir d'achat lorsque nous nous siphonnons de l’intérieur? Nos logements seraient à moitié vide sans le made in ailleurs...

  • tmaquet le mardi 10 sept 2013 à 13:12

    @nab1234: vous croyez vraiment que tous les propriétaires de France sont des rentiers ou des riches héritiers ? Un appartement, c'est souvent le fruit d'une dure vie de travail, faite d'efforts et de sacrifice. Il faudrait peut-être arrêter avec tous ces stéréotypes.

  • nab1234 le mardi 10 sept 2013 à 12:23

    baisse cout loyer = moins de pression sur inflation des salaire qui pese sur la competitivité cqfd.n'en deplaise aux rentiers,à qui je le conçois ne sont pas d'accord car defendent leurs interets perso. qu'ils aillent donc bosser,investir et produire pour relever notre balance commerce exterieure deficitaire. au lieu de dormir se balader et attendre paisiblement que les loyers tombent.

  • nab1234 le mardi 10 sept 2013 à 12:18

    AU BANGLADESH LOYER 13 à 25 euro par mois.ainsi en france si les loyers etait divisés par 2. les smicards se contenterait de 750-800 euro pour avoir la meme qualité de vie et les autre employes un salaire de 200-300 euro de mois. l'autre piste serait qu'en baissant les loyers les prix plus supportable ferait qu'en supprimant ou diminuant les APL. CELA COUTERAIT MOINS à l'etat donc moins de prelevement et plus de liberté.

  • supersum le mardi 10 sept 2013 à 10:59

    Ils oublient juste de dire que ceux qui donnent un toit et financent les APL et autre aides ce sont les bailleurs pour une bonne part au travers de la CSG. On ne peut pas casser le chainon et espérer que cela fonctionne toujours.

  • ttini le mardi 10 sept 2013 à 10:19

    A voir également l'explosion de la fiscalité locale sur la même période.

  • c.chamb le mardi 10 sept 2013 à 10:10

    Loyer x2 en 40ans c'est peu. Les coûts de construction ont doublé de 1970 à 2000 puis à nouveau doublé depuis le passage à l'euro ! soit 4x . Il suffit de comparer le prix du m2 du neuf en 1970 puis en 2013. le loyer annuel représente 2,5 à 4,5 % de la valeur du bien immobilier et il doit en être ainsi sinon plus d'investisseur ni d'accédant à la propriété.

  • faites_c le mardi 10 sept 2013 à 09:47

    «Le loyer moyen des locataires a doublé par rapport à leur revenu» en 40 ans, souligne Jacques Friggit Ce monsieur donne ensuite une grande partie de l'explication de ce "doublement" théorique des loyers! «La diminution du nombre de personnes par ménage a permis une augmentation de la surface par personne des logements locatifs de 63% entre 1970 et 2006.»En clair les loyers par individu sont restés inchangés voir ont baissé!!!