Les livres de luxe sont avant tout des objets de collection

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Bertrand Morisset, commissaire général du Salon du Livre de Paris Marcos Poidebard
Bertrand Morisset, commissaire général du Salon du Livre de Paris Marcos Poidebard

(Relaxnews) - Livre ancien ou neuf, cher ou abordable, ce qui fait le luxe d'un livre c'est surtout sa dimension d'objet de collection, révèle Bertrand Morisset, commissaire général du Salon du Livre de Paris.

Relaxnews : Qu'est-ce qui est le plus luxueux en termes de beaux livres aujourd'hui ?

Bertrand Morisset : Ceux qui restent les plus inaccessibles, donc les plus luxueux, sont sans doute les livres anciens et les livres modernes de collection. Les livres anciens n'ont pas de prix fixe : tel des ?uvres d'art, ils ont une cote qui dépend de leur rareté et de leur demande. Ceux-ci sont achetés par des collectionneurs, plus que par des lecteurs. Les livres modernes de collection sont en quelque sorte les livres que les collectionneurs s'arracheront demain : ce sont des livres à tirage très limité et qui font l'objet d'un véritable artisanat d'art. J'ai déjà vu de magnifiques Bibles enluminées coûtant jusqu'à 3.000 euros !

R. : Un livre doit-il être rare pour être considéré comme luxueux ?

B. M. : Non, dans le segment des beaux livres on retrouve d'autres types de publications qui ont tout pour faire partie de la catégorie des livres de luxe. Tout d'abord il y a les beaux livres illustrés, que les anglophones appellent "coffee table books", abordant des thématiques bien précises liées à l'art de vivre de luxe (cigares, piscines...). Le texte n'est là que pour supporter les images. Dans cette catégorie, qui a de plus en plus de succès, les éditeurs sont en constante recherche de nouvelles niches.

On retrouve ensuite les livres d'art, publiés le plus souvent par des musées ou bien par des éditions spécialisées. Ce sont des ouvrages très pointus, rédigés par des "lumières", autrement dit des auteurs savants. Là-aussi l'iconographie est forte, si bien que le prix de certains de ces ouvrages peut atteindre jusqu'à 300 euros.

A côté de cela on remarque que de plus en plus de marques de luxe s'adressent à des maisons d'édition pour créer des ouvrages sur-mesure, qui sont alors très prisés. LVMH l'a fait pour ses fameux carnets de voyage. Ces collaborations avec les grandes marques sont d'ailleurs bénéfiques pour l'édition, qui a perdu une partie de son espace de distribution avec la fermeture des petites librairies, mais aussi de grandes enseignes comme Virgin.

R. : Quelles sont les nouvelles tendances en matière de beaux livres ?

B. M. : Ce qui change ce sont surtout les thématiques, et là-dessus les éditeurs suivent les tendances. On a vu par exemple ressurgir un intérêt pour la gastronomie, les maisons d'édition ont alors produit des livres de cuisines agrémentés de superbes photos. Il appartient à chaque éditeur de saisir l'air du temps et d'adapter son offre.

R. : Quels sont pour vous les meilleurs éditeurs de beaux livres ?

B. M. : Ce ne sont pas forcément ceux qui éditent des livres chers. Bien sûr, ceux-ci trouveront toujours preneurs mais, selon moi, les meilleurs éditeurs sont ceux qui parviennent à produire des beaux livres tout en restant dans un segment de prix abordable. Avoir un beau livre entre les mains est quelque chose d'extraordinaire : il sent bon, il est lourd, on peut le regarder en famille, il se transmet... C'est un plaisir que chacun devrait pouvoir s'offrir.

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