Les Lituaniens sanctionnent la coalition de centre droit

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LE PARTI TRAVAILLISTE LITUANIEN EN TÊTE DU 1ER TOUR DES LÉGISLATIVES
LE PARTI TRAVAILLISTE LITUANIEN EN TÊTE DU 1ER TOUR DES LÉGISLATIVES

par Andrius Sytas et Christian Lowe

VILNIUS (Reuters) - Les Lituaniens, lassés de la politique d'austérité de leur gouvernement, ont apparemment sanctionné dimanche la coalition de centre droit au pouvoir à Vilnius, selon une projection publiée après la clôture du scrutin.

Si cette estimation de l'institut RAIT/BNS pour la télévision nationale se confirme, ce résultat devra être médité par d'autres dirigeants de pays européens obligés par la crise financière de mettre en oeuvre des mesures d'austérité impopulaires.

L'Etat balte ex-soviétique, qui compte trois millions d'habitants environ, a été durement frappé par la crise il y a quatre ans. Le budget a subi en conséquence des coupes draconiennes et l'économie commence à redevenir saine, trop tard toutefois pour un électorat très éprouvé par les tours de vis successifs.

D'après la projection diffusée dans la soirée, les électeurs ont rejeté le gouvernement de centre droit du Premier ministre, Andrius Kubilius au profit d'une coalition de formations de gauche de l'opposition qui promettaient d'adoucir l'austérité.

Le Parti travailliste arriverait ainsi en tête avec 19,8% des suffrages exprimés, juste devant les sociaux-démocrates (17,8%) avec ils devraient, selon toute logique, gouverner au sein d'une nouvelle coalition.

L'Union patriotique (centre droit) du chef du gouvernement sortant termine à la troisième place (16,7%).

Le scrutin en Lituanie, considérée par les pays de la zone euro comme un modèle pour sa façon de réagir à la crise, sera scruté à la loupe par les gouvernements de nations en difficulté comme la Grèce, l'Espagne et l'Irlande qui ont dû pratiquer des coupes sévères.

La forme définitive que prendra le futur gouvernement de Vilnius ne sera connue qu'après les consultations qui vont s'engager sur la mise en place d'une coalition. Un second tour sera peut-être nécessaire dans deux semaines.

Mais d'après les projections publiées dimanche soir, il paraît très improbable que l'actuel Premier ministre, tenu par beaucoup d'électeurs pour responsable de la cure d'austérité, puisse se maintenir.

Les élections législatives se déroulent en deux temps : la première moitié des sièges est renouvelée ce dimanche au scrutin proportionnel, la seconde deux semaines plus tard par circonscriptions.

LES RELATIONS AVEC LE GRAND VOISIN RUSSE

Le nouveau gouvernement n'aura probablement pas d'autre choix que de poursuivre sur la voie de l'austérité, la Lituanie ne pouvant pas se permettre d'être tenue à l'écart des marchés de la dette.

La Lituanie a été jusqu'à présent montrée en exemple pour sa politique d'austérité mise en place après la crise de 2008, mais des salaires et un niveau de vie en baisse, ainsi qu'une chute de 15% de la production en 2009, constituent le revers de la médaille.

Si le pays a retrouvé le chemin de la croissance, il reste l'un des plus pauvres de l'UE, des milliers de travailleurs ont émigré et le taux de chômage atteint les 13%.

Du résultat des élections pourrait d'ailleurs dépendre la date d'adhésion à l'union monétaire européenne: à partir de 2014 si l'on en croit Andrius Kubilius, l'année suivante selon le programme des sociaux-démocrates.

Andrius Kubilius a défendu son bilan, axé notamment autour du maintien d'une monnaie nationale indexée sur l'euro.

"En 2009, le déficit aurait dû atteindre les 15% (du PIB), mais il s'est finalement inscrit à 9%. Cette année, il sera de 3%", a-t-il déclaré.

Le dirigeant social-démocrate Algirdas Butklevicius, qui formerait de préférence une coalition avec le Parti travailliste et avec le parti de l'ancien président destitué Rolandas Paksas, soutient, lui, une hausse du salaire minimum et un impôt sur le revenu progressif, favorable aux faibles salaires.

"Si le marché du travail n'évolue pas, il pourrait y avoir des conflits sociaux cet hiver, les prix du chauffage augmentant", a-t-il dit à Reuters.

Les sociaux-démocrates entretiennent par ailleurs des relations plus constructives avec Moscou que le Premier ministre actuel.

En cherchant à baisser les prix du gaz et à restructurer cette industrie, Kubilius s'était mis à dos le Kremlin, alors que les deux pays entretiennent des relations fragiles depuis l'indépendance du petit Etat balte en 1991.

Il reviendra à la présidente Dalia Grybauskaite, favorable à une politique de rigueur, de nommer le nouveau Premier ministre.

Agathe Machecourt et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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