Les Libyens ont voté dans un climat tendu

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Les Libyens ont voté dans un climat tendu
Les Libyens ont voté dans un climat tendu

par Marie-Louise Gumuchian et Mark John

TRIPOLI (Reuters) - Au lendemain d'élections historiques, les Libyens, qui ont voté à près de 60%, attendaient dimanche que se dégagent les premières tendances de l'assemblée qui sera chargée de désigner les nouvelles autorités de leur pays et ouvrir la voie à une nouvelle Constitution.

Après quatre décennies de régime autocratique de Mouammar Kadhafi, 1,6 million d'électeurs sur 2,8 millions d'inscrits ont participé avec de la joie et parfois des larmes d'émotion aux premières élections libres de l'histoire de leur pays.

A la fermeture des bureaux de vote, samedi à 20h00 (18h00 GMT), et malgré les troubles qui continuent de secouer la Libye près d'un an après la chute de Kadhafi, les autorités libyennes ont annoncé que 98% des bureaux de vote avaient fonctionné correctement.

Si deux décès ont été signalés, le Conseil national de transition (CNT) et les pays occidentaux impliqués dans la guerre civile de 2011 ont salué le déroulement général du scrutin, présenté comme une première étape vers l'avènement de la démocratie en Libye.

"Le premier vainqueur, c'est le peuple libyen", s'est réjoui Nouri al Abbar, président de la Commission électorale, lors d'une conférence de presse organisée dans la nuit de samedi à dimanche.

Les 200 membres de la future assemblée désigneront à leur tour un gouvernement et un Premier ministre et ouvriront la voie à la rédaction d'une nouvelle Constitution afin de permettre l'organisation d'élections législatives en 2013.

Aucun résultat clair n'est attendu avant la journée de lundi et les interrogations demeurent sur la capacité des partis issus de l'islam politique de rééditer en Libye leurs victoires enregistrés en Tunisie et en Egypte.

L'Alliance des forces nationales, une coalition formée autour de Mahmoud Djibril, qui fut Premier ministre du CNT lors de la guerre civile, et regroupant 65 formations libérales, a affirmé être en tête des premiers dépouillements.

Mais la Commission électorale a déclaré qu'il était prématuré de fournir la moindre tendance. "Nous n'avons aucune indication sur l'avance de tel ou tel parti (...) Tout ceci n'est que spéculation", a dit Nouri al Abbar dimanche à Tripoli.

FRUSTRATIONS À BENGHAZI

Tandis que l'humeur était plutôt à l'allégresse à Tripoli, le vote a été perturbé en Cyrénaïque, province orientale du pays et berceau du soulèvement contre Kadhafi en février 2011.

A Benghazi, la capitale provinciale, et dans sa région, s'est développée une hostilité à l'égard des autorités intérimaires installées à Tripoli, dans l'ouest. La répartition des sièges à l'assemblée - 102 élus pour l'Ouest contre 60 seulement pour la Cyrénaïque - nourrit le ressentiment dans cette région qui se voit comme le précurseur du soulèvement de l'an dernier.

Samedi, un manifestant hostile aux élections a été abattu à Ajdabiya, à environ 160 km au sud de Benghazi, alors qu'il tentait de dérober une urne dans un bureau de vote, a annoncé un responsable local de la sécurité.

Au moins quatre bureaux de vote ont également fait l'objet d'une attaque, selon des témoins. Des manifestants ont mis à sac l'un d'entre eux. Cherchant à jeter le discrédit sur les élections, ils ont mis le feu aux registres électoraux.

Un homme a par ailleurs été touché d'une balle dans le bras et transporté à l'hôpital après un affrontement entre partisans du boycott et partisans des élections.

Mais ces troubles n'invalident pas pour autant les élections aux yeux des Occidentaux. "Je pense que nous pouvons déjà constater que les problèmes rencontrés se sont produits dans un nombre suffisamment restreint de bureaux de vote qu'ils ne vont pas remettre en cause la crédibilité générale de l'élection", a déclaré Ian Martin, émissaire de l'Onu en Libye.

Barack Obama a salué pour sa part une élection qui, écrit le président américain dans un communiqué, "montre que l'avenir de la Libye est désormais entre les mains des Libyens".

La Grande-Bretagne, qui fut en pointe dans l'adoption de la résolution 1973 au Conseil de sécurité et la mise sur pied d'une coalition militaire, s'est elle aussi félicitée de ce vote. "Il y a un an, les Libyens combattaient la tyrannie. Les élections d'aujourd'hui sont une étape décisive vers une Libye en paix, stable, prospère et démocratique", a déclaré William Hague, secrétaire au Foreign Office William Hague.

Après la Tunisie et l'Egypte, la Libye pourrait à son tour porter des islamistes à sa tête dans la foulée du "printemps arabe". Beaucoup parmi les plus de 3.700 candidats à la députation défendent en effet des programmes d'inspiration religieuse.

Le Parti de la Justice et de la Reconstruction, aile libyenne des Frères musulmans, et Al Watan, de l'islamiste Abdel Hakim Belhadj, pourraient recueillir de nombreux suffrages.

Un certain nombre de sièges sont réservés aux femmes, ce qui suscite des tensions, comme l'illustrent les gribouillages sur les affiches électorales des candidates à Tripoli.

LE Avec Hadeel al Shalchi à Benghazi et Taha Zargoun à Syrte; Bertrand Boucey, Baptiste Bouthier, Hélène Duvigneau, Benjamin Massot et Henri-Pierre André pour le service français

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