Les Kurdes pressent pour une fédération dans le nord de la Syrie

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    par Tom Perry 
    BEYROUTH, 16 juin (Reuters) - Alors que l'Onu ne parvient 
pas à trouver un terrain d'entente entre rebelles et pouvoir 
syriens, les organisations kurdes qui occupent le nord de la 
Syrie progressent rapidement dans la création d'un système 
fédéral de nature à redessiner la carte du pays au grand dam de 
la Turquie. 
    Les trois zones autonomes tenues par les Kurdes, le long de 
la frontière turque, avaient approuvé en mars la création d'un 
"système fédéral démocratique du Rojava", nom kurde désignant la 
partie septentrionale de la Syrie. 
    Un responsable kurde a expliqué que la rédaction d'une 
constitution, baptisée "contrat social", était presque achevée 
et que son adoption par une assemblée de 151 membres pourrait 
être suivie dans un délai de trois mois par l'élection d'une 
instance législative, la Conférence du peuple, puis par celle 
d'assemblées régionales. 
    L'ensemble du processus pourrait prendre six mois, voire 
moins, selon les dirigeants kurdes. 
    Les Kurdes affirment ne pas nourrir d'ambitions séparatistes 
mais rappellent que les efforts de l'Onu pour trouver une 
solution à un conflit qui dure depuis plus de cinq ans se 
trouvent dans l'impasse et qu'aucune solution ne semble devoir 
se dégager à court terme. 
    A l'appui de leur démarche, les Kurdes font valoir que leurs 
milices YPG (Unités de protection du peuple) jouent un rôle 
moteur au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS), 
alliance de groupes combattants kurdes et arabes engagés dans la 
lutte contre l'organisation Etat islamique (EI). 
    Sur le terrain, les progrès sont notables et les rebelles 
sont parvenus à isoler totalement la ville de Manbij, dernier 
bastion des djihadistes près de la frontière avec la Turquie. 
    La semaine passée, a été discutée avec les membres des FDS 
le projet d'intégrer chaque nouveau territoire libéré au sein du 
système fédéral du Rojava. 
    "Nous leur avons expliqué l'idée du projet sur lequel nous 
travaillons et nous leur avons fait part de notre désir que 
Manbij fasse partie de la zone fédérale démocratique après sa 
libération", a déclaré Hadiya Youssef, coprésidente de 
l'assemblée qui pilote le projet. 
     
    CONTINUITÉ TERRITORIALE 
    Selon elle, la proposition a été bien accueillie mais toute 
décision définitive devra être entérinée par un organe 
représentatif pérenne et non par l'actuelle structure 
transitoire. 
    Un membre du conseil municipal de Manbij a dit à Reuters 
s'attendre à se voir présenter le projet de système fédéral, 
tout en reconnaissant que son approbation ne relevait pas de sa 
compétence. 
    La fédération politique réclamée par les Kurdes s'étendrait 
sur les trois régions autonomes sur lesquelles l'YPG ont établi 
leur contrôle depuis le début de la guerre civile en Syrie. Les 
miliciens kurdes soutenus par les Etats-Unis ont peu à peu 
étendu ce territoire, réussissant à reprendre la ville de Tal 
Abyad à l'EI en octobre. 
    Les Kurdes syriens ne cachent pas leur volonté de créer une 
continuité territoriale en réunissant les régions de Kobané et 
Djézireh contiguës dans le nord-est de la Syrie avec celle 
d'Afrine située au nord-ouest. 
    Pour ce faire, ils doivent prendre le contrôle d'une bande 
de territoire de 80 km de long englobant Manbij le long de la 
frontière turque et dans laquelle opèrent des rebelles soutenus 
par la Turquie hostiles aux YPG. Ankara considère ces milices 
comme des émanations du Parti des travailleurs du Kurdistan 
(PKK), interdit en Turquie pour terrorisme. 
    Les Kurdes doivent également composer avec l'hostilité des 
Etats-Unis, du gouvernement syrien de Bachar al Assad et même de 
l'opposition syrienne qui soutiennent l'idée d'une Syrie unifiée 
et non religieuse. 
    Des rencontres ont été organisées avec les Etats-Unis, la 
Russie et les Européens pour leur expliquer que les Kurdes ne 
souhaitaient pas constituer un Etat indépendant, a précisé 
Haidya Youssef. 
    Les Kurdes ont aussi écrit à Barack Obama et à Staffan de 
Mistura, le négociateur de l'Onu pour la Syrie, qui n'a pas 
convié le Parti de l'Union démocratique (PYD), principale 
formation politique kurde de Syrie, aux négociations indirectes 
de paix à Genève. 
    "Nous espérons faire accepter ce plan et nous travaillons à 
obtenir un soutien international, national et régional", a 
précisé Haidya Youssef. 
     
 
 (Pierre Sérisier pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
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