Les Kurdes de Turquie appellent à aller combattre l'EI en Syrie

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(actualisé avec HCR) par Daren Butler et Jonny Hogg ANKARA/SURUC, Turquie, 21 septembre (Reuters) - La Turquie doit faire face à l'un des plus importants afflux de réfugiés à ses frontières depuis le début du conflit en Syrie en 2011, a déclaré dimanche le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). L'arrivée d'au moins 70.000 personnes en Turquie en moins de deux jours a été confirmée, mais le chiffre réel pourrait être supérieur à 100.000, a dit à Reuters Carol Batchelor, représentante du HCR en Turquie. Les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) se sont emparés de 64 villages proches de la frontière depuis le début de leur offensive mardi, et leurs combattants, au nombre de plusieurs milliers, se rapprochent de la ville-frontière d'Aïn al Arabe, appelée Kobani en kurde. Samedi, ils ont exécuté au moins 11 civils, dont deux garçons, a déclaré dimanche l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). "Je ne crois pas qu'en trois ans et demi nous ayons déjà vu 100.000 personnes franchir la frontière en deux jours", a dit Batchelor dans une interview à Ankara, la capitale turque. Après avoir tout d'abord refoulé les réfugiés, les autorités turques ont ouvert vendredi certains tronçons de la frontière pour permettre aux civils, essentiellement des femmes, des enfants et des personnes âgées, de retrouver la sécurité en terre turque. Les rebelles kurdes de Turquie ont renouvelé leur appel à aller combattre dans le nord de la Syrie pour contrer l'offensive du groupe Etat islamique. Un député kurde de Turquie s'étant rendu à Kobani samedi rapporte que les habitants lui ont déclaré que les combattants de l'EI décapitaient des gens en progressant de villages en villages. "Plus qu'une guerre, c'est une opération de génocide (...) Ils vont dans les villages et coupent la tête d'une ou deux personnes et les brandissent devant les villageois", a déclaré Ibrahim Binici, élu du parti turc pro-kurde HDP, à Reuters. "C'est vraiment une situation honteuse pour l'humanité", a-t-il ajouté, en réclamant une réaction de la communauté internationale. Cinq de ses collègues députés prévoient d'entamer une grève de la faim devant les locaux de l'Onu à Genève pour inciter les gouvernements à agir, a-t-il dit. UN OBJECTIF STRATEGIQUE Selon l'OSDH, qui tente de rendre compte du conflit civil en Syrie, des combats se sont poursuivis dans la nuit de samedi à dimanche autour de Kobani. Dix combattants de l'Etat islamique ont péri, ce qui porte le bilan dans leurs rangs à au moins 39 morts dans cette offensive. Au moins 27 combattants kurdes ont été tués. Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), mouvement séparatiste ayant pris les armes en 1984 contre l'Etat turc, a renouvelé son appel aux jeunes kurdes du sud-est de la Turquie à aller combattre pour la défense de Kobani. "Soutenir cette résistance héroïque n'est pas seulement une dette d'honneur des Kurdes mais de tous les habitants du Proche-Orient. Simplement apporter son soutien n'est pas suffisant, le critère doit être de prendre part à la résistance", écrit le PKK sur son site internet. "Le fascisme de (l'Etat islamique) doit se noyer dans le sang qu'il répand (...) La jeunesse du Nord-Kurdistan (le sud de la Turquie-NDLR) doit affluer par vagues à Kobani", ajoute-t-il. Une station de radio émettant de Kobani a diffusé des chants patriotiques kurdes évoquant des martyrs et des combattants héroïques, que des auditeurs écoutaient dans leurs voitures en Turquie. Des messages du chef militaire kurde Murat Karayilan ont aussi été diffusés pour tenter de mobiliser des combattants. Le HCR et les autorités turques disent se préparer à l'arrivée possible de centaines de milliers de personnes supplémentaires dans les prochains jours. Kobani avait jusqu'à présent été relativement épargnée par le conflit en Syrie, ce qui fait que 200.000 déplacés y avaient trouvé refuge avant l'offensive de l'EI, selon les estimations du HCR. Pour les djihadistes, cette ville revêt une importance stratégique en raison de sa proximité avec la frontière. Sa prise leur permettrait de consolider leurs territoires dans le nord de la Syrie. (avec Sylvia Westall à Beyrouth et Stephanie Nebehay à Genève; Bertrand Boucey et Eric Faye pour le service français)

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