Les islamistes manifestent en Egypte pour la Constitution

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par Tamim Elyan

ALEXANDRIE, Egypte (Reuters) - Des milliers d'islamistes se sont rassemblés vendredi à Alexandrie, la deuxième ville d'Egypte, pour soutenir le projet de nouvelle Constitution violemment contesté par les laïques, les partis de gauche et les libéraux.

Cette démonstration de force se déroule à la veille du deuxième et dernier jour du référendum sur ce texte jugé par l'opposition comme trop marqué par la religion.

Une première journée de vote, notamment dans les grandes villes du pays, a donné samedi dernier 57% de "oui" à cette nouvelle Constitution, rédigée par une assemblée dominée par les islamistes. Le scrutin de samedi, principalement dans des zones rurales où les Frères musulmans et les salafistes sont fortement implantés, devrait confirmer ce résultat.

Les Frères musulmans, mouvement dont est issu le président Mohamed Morsi, ont choisi Alexandrie pour le grand rassemblement de vendredi car la ville a été il y a une semaine le théâtre de violents heurts entre islamistes et militants de l'opposition.

Les affrontements avaient longuement opposé des manifestants armés de bâtons, de couteaux et de sabres. Un prédicateur musulman s'était retrouvé assiégé pendant quatorze heures dans sa mosquée.

Les violences des dernières semaines entre partisans et adversaires de la Constitution ont fait huit morts, notamment lors de batailles rangées devant le palais présidentiel d'Héliopolis au Caire.

A Alexandrie vendredi matin, des groupes de militants islamistes contrôlaient les fidèles arrivant pour la grande prière à la mosquée Al Qaïd Ibrahim, scène des violences de la semaine dernière.

L'édifice religieux, devant lequel des militants scandaient des slogans islamistes, était entouré d'importantes forces de police. Un peu plus loin, un groupe d'opposants criait sa colère contre le président Morsi.

"Le peuple veut la charia", la loi islamique, répondaient les sympathisants du chef de l'Etat. "Notre âme, notre sang, nous les sacrifions à l'islam!", criaient-ils.

"NON À LA DOMINATION DES FRÈRES MUSULMANS"

Signe de la tension, un militant islamiste qui filmait les opposants anti-Morsi a été passé à tabac par les manifestants laïques, tandis que ses camarades tentaient de forcer un barrage de police pour lui venir en aide.

Séparés par les forces de l'ordre, les partisans des deux camps se sont lancé des pierres et les policiers ont tiré des grenades lacrymogènes pour tenter de les calmer.

Le président Morsi présente le projet de Constitution comme une étape essentielle de la transition du pays vers la démocratie, près de deux ans après la révolution qui a chassé du pouvoir Hosni Moubarak.

Les principales formations laïques et chrétiennes coptes jugent quant à elles que le texte est trop influencé par l'islam et ne protège pas assez les droits des femmes et des minorités.

Le Front de salut national (FSN), coalition des principaux mouvements d'opposition, explique que voter 'non' revient à s'opposer à la tentative des Frères musulmans de dominer le pays.

"Pour l'avenir de l'Egypte, les gens devraient dire fortement et fermement 'non' à l'injustice et 'non' à la domination des Frères musulmans", indique le FSN dans un communiqué.

Si la Constitution obtient les 50% des suffrages exprimés nécessaires à son adoption, des élections législatives auront lieu dans un délai de quelques semaines, une échéance qui pourrait cependant inciter à retarder la mise en oeuvre de mesures requises par le Fonds monétaire international en échange d'une aide de 4,8 milliards de dollars (3,6 milliards d'euros).

Ajoutant de l'incertitude à une situation politique déjà tendue, le procureur général d'Egypte Talaat Ibrahim, qui avait démissionné lundi sous la pression des manifestants et de la colère de magistrats, est revenu jeudi sur sa décision.

Le magistrat a expliqué qu'il avait présenté sa démission sous la contrainte et qu'il appartenait désormais au ministre de la Justice d'accepter ou non sa démission.

Talaat Ibrahim avait été nommé en novembre par le chef de l'Etat en remplacement du procureur déjà en place sous l'ère Moubarak, Abdel Maguid Mahmoud.

Sa nomination avait provoqué une levée de boucliers et une grève dans la magistrature, qui y avait vu une atteinte au principe de l'indépendance du pouvoir judiciaire.

Marine Pennetier et Guy Kerivel pour le service français

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