Les Irlandais votent sur le Pacte budgétaire européen

le
0
Les Irlandais votent sur le Pacte budgétaire européen
Les Irlandais votent sur le Pacte budgétaire européen

par Padraic Halpin et Conor Humphries

DUBLIN (Reuters) - Les Irlandais se prononcent ce jeudi par référendum sur le pacte budgétaire européen et, à en croire les sondages, le "oui" devrait l'emporter même si un électeur sur cinq se déclare encore indécis.

Parmi les 25 Etats membres de l'Union européenne ayant signé fin janvier ce texte visant à instaurer une plus grande discipline en matière de finances publiques, l'Irlande est le seul à avoir opté pour une ratification par référendum.

Cette consultation populaire, la troisième que l'Irlande consacre à l'Europe en quatre ans, remet l'ex-Tigre celtique qui a bénéficié en 2010 d'une aide financière de 85 milliards d'euros, sous le feu des projecteurs.

Les opérations de vote seront terminées à 21h00 GMT mais le dépouillement ne commencera que vendredi matin à 08h00 GMT, et aucun résultat n'est attendu dans l'intervalle.

La totalité des sondages publiés depuis l'annonce du référendum, en février, ont prédit une assez large victoire du "oui" - 42 à 46% des intentions de vote, selon les derniers sondages publiés ce week-end, contre 28 à 35% pour le "non".

Mais avec 20% environ d'indécis et compte tenu de la mauvaise santé économique du pays, où le chômage se maintient à 14%, le gouvernement s'est prudemment gardé de tout triomphalisme, n'excluant pas le risque d'un vote-sanction.

Dublin et ses partenaires européens gardent aussi à l'esprit que les électeurs irlandais ont rejeté dans un passé récent le traité européen de Nice, en 2001 - avant de l'approuver finalement l'année suivante - puis le traité de Lisbonne en 2008 - avant de revenir là encore sur leur vote l'année suivante.

Même si le "non" devait l'emporter, le traité ne serait cependant pas remis en cause puisqu'il suffit que douze des dix-sept Etat de la zone euro le ratifient pour qu'ils entrent en vigueur.

Mais une telle issue pourrait réduire la portée du Pacte budgétaire, l'une des principales initiatives prises par les Européens face à la crise de la dette souveraine repartie de plus belle en Grèce et en Espagne.

Le Fine Gael, parti de centre droit du Premier ministre Enda Kenny, a appelé jeudi ses adhérents à battre le rappel en faveur du Pacte budgétaire. "Contactez vos amis, vos collègues de travail, les membres de votre famille."

LE TRAITÉ OU LE CHAOS ?

"Ce qui est en jeu, c'est l'avenir du pays", a prévenu pour sa part Maire Geoghegan-Quinn, commissaire européenne chargée de la recherche, de l'innovation et de la science et principale représentante de l'Irlande à Bruxelles.

"C'est probablement le référendum le plus important que nous n'ayons jamais vécu dans notre pays. Il s'agit de faire en sorte que notre industrie bénéficie d'un contexte de certitude", a-t-elle dit à Reuters. "Le 'oui', c'est la certitude, le 'non', c'est un no man's land."

Salaires non payés, distributeurs de billets de banque vidés, arrêt brutal de l'investissement étranger: le camp du "oui", emmené par le gouvernement, a mis en garde contre les conséquences d'un rejet du traité.

"La certitude est du côté du 'oui' (...) Le plongeon dans le noir, le saut dans l'inconnu sont tous du côté du 'non'", a insisté le ministre irlandais des Finances, Michael Noonan.

L'Irish Independent, le quotidien le plus populaire d'Irlande, a pris fait et cause pour le traité. "Si nous votons 'non', notre réputation internationale plongera au niveau de la Grèce", écrit le journal dans son édition de jeudi.

A l'inverse, les partisans du "non", conduits par les nationalistes du Sinn Féin et des syndicats, voient dans le Pacte l'incarnation de la politique d'austérité qui, disent-ils, conduisent l'Europe à l'échec.

"Il est de plus en plus évident que l'austérité ne marche pas. La politique de droite de la chancelière Angela Merkel peut faire sens en Allemagne mais c'est une condamnation à mort pour notre économie et notre peuple", a martelé Eamon Devoy, secrétaire général du syndicat TEEU, qui revendique 400.000 adhérents.

Les "nonistes" affirment également que l'Europe n'osera jamais suspendre son aide à l'Irlande si, comme c'est probable, elle devait de nouveau faire appel à la solidarité communautaire lorsqu'expirera l'année prochaine l'actuel plan de renflouement.

Le débat électorat a porté essentiellement sur une clause du traité prévoyant que seules les parties contractantes pourront prétendre à l'avenir à une aide financière européenne du Mécanisme européen de stabilité (MES).

Avec Lorraine Turner et Stephan Mangan à Dublin et John O'Donnell à Bruxelles; Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant