Les investisseurs responsables de plus en plus conscients de leur rôle moteur

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(NEWSManagers.com) -

Pourquoi s'échiner à militer pour le développement durable et le financement de la transition climatique alors que les politiques se manifestent surtout pas leur indécision chronique sur toutes ces problématiques ? Pourquoi poursuivre dans cette voie alors que les projets verts n'ont pas toujours donné les gages de la réussite attendue ?

Sans prétendre apporter de réponses définitives sur des sujets aussi mouvants, la dernière conférence annuelle de Novethic, le 3 décembre à Paris, a évoqué un certain nombre de pistes riches de promesses.

C'est ainsi que sur le chapitre des déceptions réelles observées notamment sur les fonds de green tech, Pierre Ducret, président directeur général de CGC Climat, a souligné que les cycles des green tech sont plus longs que ceux des technologies de l'information qui, à tort, ont souvent servi de modèle pour les technologies vertes. Par ailleurs, les rendements sont plutôt bons dans les énergies renouvelables, en tout cas généralement conformes aux attentes.

Il est donc essentiel de nuancer et la récente émission d'une obligation verte par EDF est une nouvelle illustration de l'intérêt des investisseurs institutionnels pour de nouveaux marchés durables susceptibles de leur apporter de la diversification. " L'activité est plutôt tirée par la demande des institutionnels que par l'offre des émetteurs" , a souligné Pascal Coret, responsable de la gestion obligataire pour compte propre à la Caisse des dépôts.

Les placements privés de green bonds tiraient les prix vers le bas. " Mais avec les placements publics, les émissions sont pricées comme les émissions obligataires standard" , a remarqué pour sa part Tanguy Claquin, directeur général Sustainable Banking au Crédit Agricole CIB. Le marché est encore très petit si bien que la diversification reste un argument, notamment pour les institutionnels qui ne s'intéressent pas spécialement à une approche verte mais qui ne veulent pas non plus rater une opportunité d'investissement intéressante.

Reste néanmoins un immense chantier et d'immenses défis à relever. Comment mobiliser davantage d'investisseurs, notamment retail, et comment produire l'accélération vers la transition énergétique ? Pour Pierre Ducret, les ingrédients sont là mais il manque encore quelques éléments pour faire monter en puissance l'activité. Compte tenu de la taille encore modeste des actifs verts, il faut envisager d'utiliser des techniques de titrisation. Les montants envisagés pour financer la transition énergétique peuvent faire peur mais il faut bien comprendre qu'il s'agit de substitution et pas d'addition, a insisté Pierre Ducret qui estime en outre qu'il faut aussi envisager d'augmenter l'effet de levier des capitaux publics. Enfin, il y a l'atout de plus en plus présent de la communauté ISR, une communauté de compétences qui a développé un savoir-faire reconnu.

Et justement face à l'inertie des politiques, les acteurs du développement durable montrent que leur influence, pour marginale qu'elle puisse sembler, peut être réelle, surtout s'ils pratiquent une véritable politique d'engagement. C'est le cas de l'ICCR (Interfaith center on Corporate Responsability), une organisation américaine qui milite depuis une quarantaine d'années pour l'instauration d'une entreprise responsable. Sa directrice exécutive, Laura Berry, relevait que l'an dernier, pour la première fois de son histoire, les engagements émanant des entreprises ont dépassé les initiatives des actionnaires.

Zoe Knight, directrice de recherche sur la stratégie changement climatique chez HSBC, reconnaît qu'il n'y a certes pas de signaux clairs du côté des politiques mais l'Europe n'est pas, n'est plus seule et la Chine, par exemple, commence vraiment à se pencher sur le problème. Plus généralement, estime Zoe Knight, c'est la juxtaposition de plusieurs facteurs, des éléments de réglementation, l'engagement des acteurs du développement durable qui devraient favoriser le changement. Signe encourageant, les entreprises, sans forcément le dire ouvertement, sont de plus en plus nombreuses à prendre en compte la variable du développement durable pour en faire un facteur de différentiation compétitive.

Mais l'engagement des acteurs du développement durable restera probablement le moteur du changement au cours des prochaines années. A l'instar de l'IIGCC -Institutionnal Investors Group on Climate Change- un groupement d'investisseurs institutionnels européens mobilisés autour du risque climatique et dont l'influence semble peu à peu grandir. Erik Jan Stork, membre du comité exécutif de l'IIGCC, a souligné l'évolution fructueuse du dialogue engagé avec la Commission européenne et le Parlement. Avec une ouverture de plus en plus patente et des échanges qui devraient à terme déboucher sur des actions concrètes. Même si les développements restent trop lents...

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