" Les investisseurs doivent suivre la politique du " go West" de Pékin"

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(NEWSManagers.com) - Christina Chung, qui dirige la gestion de portefeuille sur les actions chinoises de RCM, le spécialiste de la gestion active actions du groupe Allianz Global Investors (AGI), fait le point sur les grandes tendances des trois à cinq prochaines années. Newsmanagers : Quels sont les grandes tendances sur lesquelles s'appuie la stratégie de RCM pour la Chine ?
Christina Chung : Bien que nous réfléchissions sur un horizon à trois-cinq ans, mon premier message serait plutôt de court terme, concernant cette année 2010. La Chine a besoin de revenir à une politique normale après une très forte croissance en 2009 marquée par un assouplissement quantitatif de la politique monétaire de la Banque centrale. Et, de fait, les banques chinoises sont en très bonne forme. La croissance du crédit bancaire a atteint 30 % dans un environnement où celle du PIB atteignait 8 %. Il ne devrait pas y avoir à proprement parler de durcissement mais un simple ralentissement inévitable, disons à 17 % d'expansion du crédit pour une hausse de 9 % du PIB.

NM : Pensez-vous qu'il faille s'attendre à une majoration des taux directeurs, après les relèvements successifs du quotient de réserves obligatoires ?

C. C. : Non, je pense que la Banque de Chine ne va pas relever de façon importante les taux directeurs pour ne pas compromettre la reprise qui vient tout juste de toucher les PME chinoises de son aile. Cela dit, il y a effectivement un risque politique, parce que c'est la meilleure fenêtre d'opportunité pour corriger le tir, à savoir tant que la croissance est encore là. Mais il faut éviter tout effet d'overkill. S'il y avait dérapage inflationniste, le pouvoir se montrerait plus sévère, mais jusqu'à présent, il n'y a pas eu d'inflation sur les produits alimentaires. Il n'y a pas d'urgence à réévaluer le yuan fortement, mais cela se fera progressivement.

NM : Quelles sont les options qui s'ouvrent à Pékin en matière de politique structurelle ?
C. C. Nous touchons là le long terme. En fait, le pouvoir chinois est obligé de chercher un nouveau modèle de croissance par rapport à celui qui a pu prévaloir jusqu'à présent, celui d'une expansion tirée par l'exportation. Il lui faut trouver une croissance plus soutenable, ce qui passe par le fait de promouvoir la consommation. Il y a certes déjà eu une reprise de l'exportation, mais est-elle soutenable ? Les grandes marques internationales seraient bien inspirées à mon avis de s'intéresser dès à présent aux villes de troisième importance et non plus à celles de première et deuxième magnitudes.

NM : Pour qu'il y ait consommation, ne faut-il pas qu'il y ait au préalable des revenus ?
C. C. : Tout à fait. Or la classe moyenne chinoise n'est pas encore assez importante pour alimenter cette consommation. Il faut donc à la fois augmenter les dépenses sociales et induire une diminution de l'épargne. Cela va passer par la construction de logements économiques, par la dissémination des appareils électroménagers, etc. Mais il ne faut pas se faire d'illusion : la consommation peut augmenter, mais elle ne va pas faire un bond en avant soudain, ce sera long. Les ménages n'ont pas eu jusqu'à présent une part équitable de la croissance.

NM : N'y a-t-il pas aussi un redéploiement de l'aménagement du territoire ?

C. C. Bien sûr, l'une des tendances de fond pour ces prochaines années sera la mise en ?uvre d'une politique de développement qui s'étend aux régions de l'intérieur, sachant qu'actuellement les régions côtières représentent un gros tiers de la population mais génèrent la moitié du PIB. Cette politique du " go West" au profit des régions centrales et occidentales du pays a commencé en 2000. La crise de 2008 a donné une impulsion supplémentaire au programme, sans compter que la partie orientale du pays a été davantage " impactée" parce qu'elle est plus exportatrice, ce qui a provoqué un retour des chômeurs vers le centre et l'ouest du pays. Il a donc fallu créer des emplois pour ces gens qui ont perdu le leur, ne serait-ce que pour éviter des troubles politiques.

NM : On dit souvent que les investisseurs voient surtout dans la Chine une thématique " infrastructures" ?
C. C. Les investissements vont aussi augmenter fortement parce que les infrastructures sont sous-développées et n'ont pas soutenu le rythme de l'urbanisation. On estime que 15 % de la population citadine habite des logements collectifs inadéquats, ce sont des " ménages de célibataires" .
NM : Justement, on parle beaucoup d'une bulle dans l'immobilier en Chine?
C. C. Il n'y a pas de véritable bulle dans l'immobilier, sauf peut-être dans les grandes villes comme Shanghai ou Pékin. Cela va se calmer. Il y aura consolidation sans bulle. D'autant que les revenus augmentent parce qu'il a fallu attirer en ville les paysans, avec des salaires plus élevés. Et la hausse du yuan augmentera le pouvoir d'achat.
NM : Quels secteurs privilégiez-vous ?
C. C. : Nous surpondérons les biens de consommation, discrétionnaire comme courante. Aux industrielles, nous favorisons la mécanique et les équipementiers susceptibles de " capturer" la croissance intérieure comme la reprise à l'étranger. Nous nous intéressons aux valeurs de l'environnement ainsi que du traitement de l'eau et des déchets. Nous sommes également positifs sur l'informatique, qui est le prolongement de la consommation, ce qui couvre à la fois l'Internet et les services informatiques, d'autant que le taux de pénétration est encore faible dans les villes de moindre importance.
NM : Que sous-pondérez-vous ?
C. C. : Dans les grandes capitalisations, les valeurs énergétiques liées au pétrole, parce que la hausse des prix du brut n'est pas une bonne chose pour la Chine, mais nous sommes positifs sur le charbon pour les centrales thermiques, une ressource abondante. D'autre part, nous sous-pondérons les financières, donc les banques, et les immobilières. Mais nous aimons les assurances, qui sont le moins confrontées au risque de politique monétaire et qui représentent environ 9-10 % du portefeuille, China Life étant d'ailleurs notre ligne de titres la plus lourde. Cela dit, nous avons réduit notre sous-pondération des banques ces trois à six derniers mois.

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