Les insurgés lancent la bataille de Damas, Annan à Moscou

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L'ARMÉE SYRIENNE LIBRE VA DÉCLENCHER L'OPÉRATION DE "LIBÉRATION DE DAMAS"
L'ARMÉE SYRIENNE LIBRE VA DÉCLENCHER L'OPÉRATION DE "LIBÉRATION DE DAMAS"

par Erika Solomon et Mariam Karouny

BEYROUTH (Reuters) - Les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) ont annoncé mardi avoir déclenché la "bataille de Damas" où les affrontements entre l'armée syrienne et des combattants insurgés ont fait rage pour la troisième journée consécutive.

"La bataille de Damas est notre priorité. Nous avons lancé une opération pour libérer Damas", a expliqué par Skype le colonel Kassem Saadeddine, porte-parole du commandement de l'ASL en Syrie, à Reuters.

"Nous ne nous arrêterons pas, c'est une opération sans retour", a-t-il ajouté.

L'intensification des combats dans la capitale syrienne survient alors que les puissances occidentales tentent de convaincre la Russie, soutien indéfectible de Damas, d'accentuer la pression sur le président Bachar al Assad, qui reste sourd aux appels à cesser la répression des manifestations antigouvernementales.

En visite à Moscou, l'émissaire international Kofi Annan a espéré, à l'issue d'une rencontre avec le président Vladimir Poutine, que le Conseil de sécurité de l'Onu arriverait à surmonter ses désaccords sur le dossier syrien.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a pour sa part indiqué qu'il n'y avait aucune raison de ne pas parvenir à un accord sur un projet de résolution.

Moscou, qui a opposé son veto à deux reprises au Conseil de sécurité par le passé à des résolutions condamnant la répression, reste pour l'heure hostile aux sanctions prônées par les puissances occidentales et contenues dans un projet de résolution britannique.

L'ambassadeur britannique à l'Onu Mark Lyall Grant a annoncé que le projet de résolution serait mis aux voix ce mercredi, malgré l'hostilité de la Russie.

A Jérusalem, le chef des services de renseignements israéliens a estimé mardi que le régime syrien avait perdu le contrôle de Damas.

"L'armée syrienne agit de façon brutale, ce qui montre que le régime est désespéré. Son contrôle de Damas diminue", a déclaré le major-général Aviv Kochavi, lors d'une commission parlementaire, selon un porte-parole de la Knesset.

"Assad a déplacé une grande partie des ses troupes qui étaient sur le plateau du Golan dans les zones de conflit."

SELON LE GOUVERNEMENT, LES REBELLES SONT ENCERCLÉS

Sur le terrain, les hélicoptères des forces gouvernementales ont bombardé les quartiers damascènes de Midan et de Tadamon contrôlés par les combattants rebelles. A Midan, quartier sunnite, des habitants ont signalé la présence de tireurs d'élite sur les toits. Les insurgés ont annoncé avoir tué 70 soldats et miliciens (Chabiha) ces dernières 24 heures et avoir abattu un hélicoptère de combat de l'armée syrienne au-dessus du quartier de Kaboun, dans le nord-est de la capitale.

"Des hélicoptères nous survolent à basse altitude. Il est facile de leur tirer dessus avec des armes antiaériennes", a déclaré à Reuters un responsable des insurgés.

Un officier de l'ASL a affirmé à Reuters que tout se passait bien dans cette "bataille de Damas". "Je ne peux pas vous donner de détails mais globalement, la situation est bonne, le régime a engagé cette bataille et nous allons la terminer."

Les autorités ont relativement peu communiqué sur les combats dans Damas. La télévision publique a cependant parlé d'une opération militaire en cours contre les "derniers éléments de groupes terroristes armés" à Midan et a dit également que dans un quartier voisin, Nahr Aïcha, des affrontements avaient là eu lieu avec des "terroristes" tentant de bloquer des rues.

Quelques heures plus tard, le ministre de l'Information, Omran Zoabi, a parlé d'affrontements avec des combattants qui s'étaient infiltrés dans la capitale. Certains, a-t-il dit, se sont rendus et un grand nombre d'autres ont été mis en déroute et contraints de prendre la fuite.

"Ce qui se passe, c'est que des éléments armés s'étaient infiltrés dans Damas et tentaient de progresser dans un des quartiers. Mais les forces de sécurité les ont encerclés et affrontés, et les combats se poursuivent", a-t-il dit à Reuters. "Certains combattants se sont rendus et d'autres ont pris la fuite à pied ou à bord de véhicule, tirant en l'air à l'aveuglette pour effrayer la population", a dit Zoabi.

"ÉTAT D'ALERTE GÉNÉRALE"

La capitale était jusqu'ici considérée comme un bastion imprenable du pouvoir. "Quand vous pointez vos armes vers le coeur de Damas, vers Midan, vous avez perdu la ville. Les rebelles de la rue ont le soutien des familles de Damas", a assuré l'opposant Imad Moaz.

Alors que les combats faisaient rage à Damas, un général et plusieurs autres officiers de l'armée syrienne ont fui dans la nuit de lundi à mardi en Turquie avec quelque 1.280 Syriens, a-t-on appris auprès d'un responsable turc.

Selon ce responsable, les dernières défections qui ont affecté l'armée syrienne portent à 18 le nombre de généraux syriens ayant trouvé refuge en Turquie.

La France a confirmé parallèlement par la voix de François Hollande que le général Manaf Tlass, qui était un proche de Bachar al Assad, se trouvait bien en France.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), les violences politiques ont fait depuis mars 2011 plus de 17.000 morts en Syrie. La Croix-Rouge qualifie désormais les combats de "conflit armé intérieur" autrement dit de guerre civile.

Jean-Philippe Lefief, Marine Pennetier et Eric Faye pour le service français

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